LArrangement
de Wassenaar
sur le contrôle des exportations des armes conventionnelles
et des biens et technologies à double usage
(1ère
partie)
Plusieurs régimes internationaux sont chargés
du contrôle des exportations de produits sensibles. Les principaux
sont lArrangement de Wassenaar, le Groupe de lAustralie
(Australia Group), le Groupe des fournisseurs nucléaires (Nuclear
Suppliers Group), le Régime de contrôle de la technologie
des missiles (Missile Technology Control Regime) et le Traité
de non-prolifération nucléaire. Nous avons choisi, dans
ce numéro, de nous attarder sur lArrangement de Wassenaar.
Par Delphine Evmoon.
Après la fin de la guerre froide, les membres de lex-COCOM,
(Comité de coordination des contrôles multilatéraux
sur les exportations) ont réalisé que les relations
Ouest-Est, sur lesquelles celui-ci sétait focalisé,
nétaient plus une base appropriée pour le contrôle
des exportations. Un nouvel accord, ayant pour objectif de contrôler
les risques liés à la prolifération des armes
conventionnelles et des biens et technologies à double usage,
était devenu nécessaire pour assurer la sécurité
et la stabilité régionale et internationale. Le 16 novembre
1993, les dix-sept États membres du COCOM (Allemagne, Australie,
Belgique, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, France, Grèce,
Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni,
Turquie), lors dune réunion à La Haye, ont décidé
darrêter le COCOM et détablir, en remplacement,
un nouvel accord multilatéral, connu provisoirement sous le
nom de « Nouveau forum ».
Cette décision a été confirmée à
Wassenaar (Pays-Bas) les 29 et 30 mars 1994 et le COCOM a définitivement
cessé dexister le 31 mars 1994. Le Nouveau forum a rassemblé
les anciens Étatsmembres du COCOM, lAutriche, la Finlande,
lIrlande, la Nouvelle-Zélande, la Suède et la
Suisse, rejoints par la Fédération de Russie, la Hongrie,
la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie entre
le 11 et le 25 septembre 1995.
La décision détablir « lArrangement
de Wassenaar » a été prise dun commun accord
par les États participants le 19 décembre 1995 et il
a été confirmé que son Secrétariat siègerait
à Vienne, en Autriche.
La réunion plénière inaugurale de lArrangement
de Wassenaar sest déroulée les 2 et 3 avril 1996
à Vienne. LArgentine, la République de Corée
et la Roumanie y ont également été accueillies
en tant que membres fondateurs, rejointes par la Bulgarie et lUkraine
les 11 et 12 juillet 1996, amenant ainsi le nombre de participants
à 33.
Un consensus final sur les « Éléments initiaux
», document fondateur de lArrangement de Wassenaar, a
été trouvé et il a été décidé
que les nouvelles listes de contrôle ainsi que la procédure
déchanges dinformations entreraient en vigueur
à compter du 1er novembre 1996. La première réunion
plénière de lArrangement de Wassenaar sest
tenue à Vienne les 12 et 13 décembre 1996.
LArrangement de Wassenaar est le premier arrangement mondial
unilatéral de contrôle des exportations darmes
conventionnelles et de produits et technologies à double usage.
Il est destiné à promouvoir la transparence, léchange
dopinions et dinformations et une responsabilité
accrue dans le domaine des transferts darmes conventionnelles
et des produits et technologies à double usage afin déviter
les accumulations déstabilisantes. Il complète et renforce,
sans être identique, les régimes existants de non-proliférations
darmes de destruction massive et de leurs systèmes de
livraisons. Il se concentre sur les menaces régionales ou internationales
pouvant mettre en péril la paix suite aux transferts de ces
produits ou technologies. Cet arrangement est également destiné
à renforcer la coopération pour éviter lacquisition
darmements ou de produits à double usage à des
fins militaires si la situation dans une région ou le comportement
dun État cause, ou vient à causer, de linquiétude
aux États participants.
LArrangement de Wassenaar nempêche aucunement des
transactions individuelles et nest pas dirigé contre
un État ou un groupe dÉtats en particulier. Toutes
les mesures prises en relation avec lArrangement de Wassenaar
sont compatibles avec les législations et politiques nationales
des pays participants et leur application est laissée à
la discrétion de chacun.
Les pays participants exercent un contrôle efficace des articles
figurant sur les listes déterminées. Ces dernières
sont révisées périodiquement (sur une base annuelle)
pour prendre en compte les progrès technologiques et lexpérience
acquise. Les fournisseurs darmes et de produits à double
usage peuvent ainsi, ensemble, mieux comprendre les risques associés
à leurs transferts, évaluer et coordonner leurs politiques
nationales de contrôle pour combattre ces risques.
LArrangement de Wassenaar est ouvert sur une base mondiale et
non-discriminatoire aux adhérents potentiels qui correspondent
aux critères adoptés. Pour être admis, un État
doit être producteur/importateur darmes ou déquipements
industriels. Il doit également maintenir une politique nationale
de non-prolifération, ce qui comprend son adhésion aux
régimes et traités correspondants, et appliquer des
contrôles efficaces à lexportation.
LArrangement
de Wassenaar ne prévoit pas de catégories dobservateurs.
Cependant, il envisage dinformer les pays non-membres de ses
objectifs et de ses activités pour les encourager à
adopter des politiques nationales compatibles avec ceux-ci, effectuer
des contrôles efficaces et adhérer aux traités
et régimes de non-prolifération appropriés .
Entretien
Rencontre avec lambassadeur Sune Danielsson, chef du Secrétariat
de lArrangement de Wassenaar (*).
F&P : LArrangement de Wassenaar a été signé
par 33 pays en juillet 1996. Tous les membres actuels de lUnion
européenne sont-ils inclus ?
Sune Danielsson :
Oui.
Le
1er mai 2004, dix pays supplémentaires deviendront membres
à part entière de lUnion européenne. Six
des nouveaux pays (Chypre, lEstonie, la Lettonie, la Lituanie,
Malte et la Slovénie) ne sont pas membres de lArrangement.
Quels sont vos projets à leur égard ?
Pour que les pays mentionnés qui vont intégrer lUnion
européenne deviennent membres de lArrangement de Wassenaar,
il serait nécessaire que leurs gouvernements mettent en application
les termes de laccord. Il faudrait également que leur
candidature soit acceptée à lunanimité
lors dune session plénière. La question des nouveaux
participants a été abordée quelques fois, mais,
pour linstant, aucune décision dinviter dautres
pays à devenir membres na été prise.
Est-il possible pour dautres pays remplissant les conditions
exigées dêtre membres de lArrangement de
Wassenaar ? Êtes-vous prêts à les accepter ?
Daprès les Éléments initiaux, le texte
fondateur de lArrangement de Wassenaar, il est dit que : «
Le nouvel Arrangement sera ouvert sur une base mondiale et non-discriminatoire
à des adhérents potentiels se conformant aux critères
définis dans lannexe 4. Ladmission de nouveaux
participants se fait par consensus ».
Lannexe 4 déclare :
« Lorsquil sagit de décider de léligibilité
dun État à participer à lArrangement
les facteurs suivants, entre autres, seront pris en considération
en tant quindicateurs de sa capacité à contribuer
au dessein du nouvel arrangement :
- le fait quil soit, ou non, un producteur /importateur darmes
ou déquipement industriel,
- sa politique en matière de non-prolifération et sa
politique nationale en ce domaine, y compris son adhésion à
la politique de non-prolifération, des listes de contrôle,
et si nécessaire les recommandations du Groupe des fournisseurs
nucléaires, du Régime de contrôle de la technologie
des missiles, et du Groupe Australie et à travers ladhésion
au Traité de non-prolifération nucléaire, à
la convention sur les armes biologiques, la Convention sur les armes
chimiques, et, si besoin est, à START 1, y compris le protocole
de Lisbonne,
- son adhésion complète aux contrôles à
lexportation ».
Lors des assemblées plénières, les États
participants ont régulièrement confirmé que lArrangement
de Wassenaar était ouvert à des adhérents potentiels
se conformant aux critères définis pour la participation.
Lors de la plus récente, en décembre 2002, les États
participants ont « réaffirmé que lArrangement
de Wassenaar était ouvert aux adhérents potentiels sur
une base mondiale et non-discriminatoire, à condition quils
remplissent les critères de participation établis et
acceptent davoir des contacts supplémentaires avec les
Nations unies, les autres organisations internationales concernées
et les autres régimes de non-prolifération afin déviter
la duplication du travail et de faciliter la complémentarité
».
Jajouterai également que le sujet du développement
des contacts avec des pays extérieurs à lArrangement
sera examiné plus en détail cette année. Il sera
aussi peut-être abordé lors de lévaluation
générale du fonctionnement de lArrangement qui
aura lieu en 2003.
LArrangement de Wassenaar a été signé
par 33 États. Pourtant, les industries nationales de ces États
sont les premières concernées. Comment ont-elles connaissance
des résultats décidés lors des séances
plénières ?
Lors de réunions, limportance dune communication
efficace entre les gouvernements et les industriels est soulignée.
Il faut que les industriels qui exportent des biens sensibles comprennent
leurs obligations légales en matière de contrôle
des exportations. Les gouvernements membres organisent à cette
intention des actions pour tenir les entreprises au courant des modifications
des listes de contrôle ayant généralement lieu
une fois par an. Ces dernières concernent les listes de produits
soumis à une licence dexportation du gouvernement national.
Ces listes révisées se trouvent également sur
notre site Internet.
De plus, le Secrétariat, avec laccord du président
de lassemblée plénière, participe à
des conférences et séminaires sur lexportation
auxquels assistent souvent des représentants de lindustrie
et dautres organisations non-gouvernementales afin de mieux
connaître et comprendre larrangement de Wassenaar et son
fonctionnement.
Voyons maintenant plus précisément comment les sociétés
exportatrices des pays membres de lArrangement peuvent sinformer
sur les conséquences quil a pour eux. Lune des
tâches cruciales accomplies lors de nos réunions ici,
à Vienne, consiste à décider quels seront les
articles soumis aux contrôles à lexportation. En
général, il sagit de dresser des listes darticles
pour lesquels un exportateur aura besoin de demander une licence dexportation.
Quand les États participants décident à la suite
dune session plénière dimposer des contrôles
nationaux dexportations pour certains articles, les entreprises
en sont informées par leurs gouvernements, habituellement par
le biais de réglementations rendues publiques.
Les listes des produits à double usage et la liste des armes
conventionnelles, comme les États participant à larrangement
les ont dressées sont intégrées, sous une forme
ou sous une autre, dans les réglementations nationales.
Les États participants demandent de façon explicite
une autorisation préalable pour lexportation darticles
contrôlés couverts par leurs réglementations nationales.
Lobjectif dans chaque cas est clairement expliqué dans
les Éléments initiaux : il sagit dempêcher
des transferts ou re-transferts non-autorisés qui pourraient
nuire à la vocation de cet Arrangement.
( Voir la section III.I : « Contrôles » des Eléments
initiaux. La section I, « Objectifs », des Éléments
initiaux déclare : lArrangement de Wassenaar a été
établi dans le but de contribuer à la sécurité
et à la stabilité régionales et internationales
en favorisant la transparence et une responsabilité accrue
en matière de transferts d'armes conventionnelles et de biens
et technologies à double usage, afin de prévenir les
accumulations déstabilisantes. Les États participants
chercheront, à travers leurs politiques nationales à
faire en sorte que les transferts de ces biens et produits ne contribuent
pas au développement ou au renforcement de capacités
militaires qui saperaient ces objectifs, ou ne soient pas détournés
de leur usage pour contribuer à ces capacités.)
Travaillez-vous
en partenariat avec dautres groupes comme le Groupe de lAustralie,
le Groupe des fournisseurs nucléaires, le Régime de
contrôle de la technologie des missiles ou le Traité
de non-prolifération ?
Larrangement de Wassenaar et les forums que vous mentionnez
recouvrent des domaines très similaires. De plus, la coordination
se passe souvent au niveau national entre chacun des gouvernements
concernés. Il y a eu en outre, au fil des années, des
contacts informels, mais aucune coopération officielle. Les
représentants de lArrangement de Wassenaar et des organisations
que vous mentionnez assistent souvent aux mêmes conférences
et séminaires sur le contrôle des exportations. Nous
y échangeons des points de vue et des expériences. Néanmoins,
noublions pas que ces autres forums se concentrent sur leurs
tâches spécifiques et que leurs membres respectifs ne
sont pas exactement les mêmes que ceux de lArrangement
de Wassenaar.
En ce qui concerne les contacts directs avec le genre dorganisations
dont vous parlez, en lan 2000, lassemblée plénière
a décidé « quun échange dinformations
au niveau politique et/ou institutionnel avec les forums internationaux
traitant de questions similaires à larrangement de Wassenaar
peut être développé, non seulement en ce qui concerne
les domaines et la nature de nos activités respectives pour
éviter de dupliquer le travail que nous accomplissons ou pour
faciliter la complémentarité, mais aussi en ce qui concerne
des actions parallèles ou même communes, après
une coordination et une préparation complète. »
En décembre 2002, les États participants ont une nouvelle
fois affirmé quil était désirable de renforcer
nos contacts avec les Nations unies, les autres organisations internationales
concernées et les autres régimes de non-prolifération.
Ils ont décidé de se mettre en contact avec des États
non-membres de lArrangement de Wassenaar, y compris les principaux
États fabricants darmes.
Comment expliquez-vous que vous ne soyez pas davantage connu ?
Limportant pour nous nest pas que notre nom soit connu
du public en général. Ce qui compte cest plutôt
que ceux qui connaissent notre travail en connaissent les résultats.
Autrement dit, est-ce que ceux dont les responsabilités ou
les activités commerciales incluent les contrôles à
lexportation savent ce quils doivent faire pour que ces
contrôles soient efficaces ? Il est tout à fait concevable
quune compagnie donnée dans un État membre de
lArrangement de Wassenaar, ou même certains fonctionnaires,
ne connaissent pas bien lArrangement en tant que tel. Ce qui
est important, par contre, cest quils sachent quelles
sont leurs responsabilités, celles-ci découlant des
décisions de contrôle des exportations prises à
Wassenaar par leur gouvernement et les autres participants. De plus,
nous avons limpression que notre nom est bien connu de ceux
qui soccupent de contrôle des exportations, même
si nous ne faisons pas souvent les gros titres des journaux.
En ce moment, à lheure où certains pays ont
en leur possession des armes de destruction massive, en particulier
des armes chimiques et biologiques, ne pensez-vous pas que tous les
pays du monde devraient signer un arrangement semblable afin de favoriser
la transparence et déviter des accumulations déstabilisantes
?
Votre question est dautant plus pertinente quen 2003 les
États participants vont effectuer une évaluation complète
du fonctionnement de lArrangement de Wassenaar. LArrangement
existe depuis sept ans et ce sera sa deuxième évaluation.
Nous pensons y aborder un certain nombre de problèmes influençant
notre développement. Il est trop tôt pour prédire
ce que sera le résultat de ce processus qui se terminera à
la fin de lannée avec notre session plénière.
Laissez-moi vous donner un exemple des questions qui pourraient être
abordées.
Lors de la dernière session plénière, les États
participants se sont mis daccord sur une nouvelle initiative
importante concernant les armes légères et de petits
calibres, matériel préféré des terroristes.
Des directives détaillées de « Pratiques dexcellence
» et des critères dexportation darmes légères
et de petits calibres ont été adoptées (disponibles
sur le site Internet). Cette décision sera probablement renforcée
lors de lévaluation. Dans ce contexte, les États
participants pourraient étudier la possibilité de communiquer
aux autres membres les transferts darmes légères
et examiner les moyens de mettre une telle mesure en pratique.
Une attention particulière continuera dêtre accordée
au terrorisme en 2003. Les États participants ont décidé
de revoir les lignes directrices existantes de lArrangement
de Wassenaar concernant les systèmes de missiles anti-aériens
portables (MANPADS) afin den évaluer précisément
leur efficacité et éviter ainsi lutilisation de
ce type de matériel par les terroristes.
Les États participants, qui reconnaissent limportance
du contrôle du commerce darmes, ont adopté une
déclaration (Statement of Understanding on Brokering), disponible
sur notre site Internet. Pour 2003, ils ont décidé de
continuer à élaborer et à peaufiner les critères
nécessaires à une législation efficace sur le
commerce darmes. Lobjectif recherché par lArrangement
de Wassenaar est le transfert responsable. Le travail dévaluation
de 2003 devrait offrir aux États participants la possibilité
de saméliorer encore dans ce domaine.
(* Le Secrétariat na pas le droit de sexprimer
au nom des États membres ou de divulguer des informations autres
que celles dont la communication au public a été approuvée
par lassemblée plénière. Les discussions
ayant eu lieu durant les réunions sont tenues par les États
participants comme étant confidentielles. Toutes les décisions
prises lors des séances plénières ou des réunions
le sont à lunanimité par consensus)
Quen
pense le milieu des industriels ?
France
Point de vue de
Dominique Lamoureux,
président
du Syndicat des industries exportatrices de produits stratégiques
(SIEPS) depuis 1989, président de la Commission de contrôle
des exportations de lUnion des confédérations
de lindustrie et des employeurs dEurope (UNICE) et président
de la Commission « Réglementations du commerce international
» du Conseil des industries de défense françaises
(CIDEF), dont il est membre depuis sa fondation en 1995. Il participe
également au groupe de travail « Exportation dArmement
» de l « European Defense Industry Group »
(EDIG) et du « Transatlantic Business Dialogue » (TABD),
dont il est lexpert européen pour plusieurs questions
stratégiques. Dominique Lamoureux est, par ailleurs, secrétaire
général de Thalès International.
F&P
: Que pensez-vous de lArrangement de Wassenaar et de son utilité
?
Dominique Lamoureux : Tout dabord, par sa dénomination
même qui est très mystérieuse personne
ne connaît la petite ville hollandaise de Wassenaar - il montre
son caractère confidentiel, réservé à
quelques « élus ».
Or la menace que présentent les armes de destruction massive
justifie un vaste partage avec tous les acteurs économiques
et politiques.
De plus, nous sommes entrés aujourdhui dans une nouvelle
ère des contrôles des exportations. Or lArrangement
de Wassenaar est fondamentalement « lenfant naturel
» du COCOM, qui avait pour mission détablir des
listes de produits et de technologies soumis à contrôle
par les nations occidentales. Il était parfaitement adapté
à lépoque où lon avait comme adversaires
lUnion soviétique et les signataires du Pacte de Varsovie.
Le COCOM, qui nexiste plus, appartenait au monde bipolaire
et, en étant remplacé par lArrangement de Wassenaar
en 1996, ses concepts ne sont plus adaptés aux enjeux daujourdhui
marqués par la fin de la guerre froide.
Il est clair que des produits sensibles et de très haute
technologie doivent être contrôlés par des nations
responsables. Mais sommes-nous en train de traiter la véritable
problématique à travers lArrangement de Wassenaar
? Ne devons-nous pas réfléchir à des mécanismes
de contrôles plus globaux permettant de lutter contre le crime
organisé et des problèmes de sécurité
plus larges incluant, par exemple, les technologies informatiques.
Les systèmes de contrôle daujourdhui ne
concernent plus seulement les produits en rapport avec leurs performances,
mais également lutilisateur ou lutilisation finale
de ces produits même sils sont de technologie primaire.
Pensez-vous que les entreprises sont suffisamment impliquées
dans lélaboration des listes des produits considérés
à double usage lors des réunions de Wassenaar ?
Les industriels ne sont que très indirectement associés
aux travaux de Wassenaar, alors quils devraient au moins lêtre
dans le processus de réflexion et de mise en uvre de
létablissement des listes de contrôle des biens
à double usage. Leurs points de vue sont indispensables.
Il faut être sûr de contrôler ce qui est contrôlable
et ne pas contrôler ce qui na plus lieu dêtre.
Leurs avis sont importants ainsi que leurs expériences et
leurs connaissances des produits. Dans le monde de la globalisation,
les entreprises concernées devraient y être associées
de manière plus étroite. Elles sont souvent interrogées
par les administrations nationales et certaines délégations
se font accompagner par des experts industriels, mais cela pourrait
se faire de manière plus formelle ou institutionnelle entre
les pays participants. Ne demande t-on pas encore à des sociétés
de faire des contrôles sur des sujets qui nont plus
véritablement de sens ou de réelle légitimité
?
Par ailleurs, une fois que les listes de contrôles des produits
considérés à double usage ont fait lobjet
dun accord entre les 33 pays, est-il normal que les États-Unis,
pour favoriser leur propre industrie, décident, quelques
jours plus tard, de redéfinir de nouveaux seuils pour certains
produits (calculateurs et semi-conducteurs, par exemples) ?
Royaume-Uni
Point de vue de
Brinley
Salzmann,
directeur des exportations de la Defence Manufacturers Association
of Great Britain (DMA), créée en 1976 et regroupant
370 sociétés membres.
F&P
: Que pensez-vous de lArrangement de Wassenaar et de son utilité
?
Brinley Salzmann : La
création de lArrangement de Wassenaar, en remplacement
du COCOM, était une étape essentielle dans la lutte
contre la prolifération. Je dois avouer que nous ne sommes
pas sûrs de sa réelle efficacité et de sa compétence,
mais rien que le fait quil existe est important. Peut-être
nest-il pas aussi actif que le COCOM, mais il paraît
travailler utilement avec les principaux autres régimes internationaux
de contrôle des exportations.
Pensez-vous que les industriels soient suffisamment impliqués
dans lélaboration des listes des produits considérés
à double usage lors des réunions de Wassenaar ?
Je suis certain quune implication des industriels plus importante
dans lArrangement de Wassenaar et quune vue plus dégagée
sur ses activités seraient bénéfiques pour
tout le monde. Pour lindustrie britannique (certainement pour
les entreprises françaises et les autres également),
le Système de contrôle sur le double-usage de lUnion
européenne a un effet plus immédiat et direct. Après
le 11 septembre 2001, les contrôles sur les exportations ont
été revus et renforcés, surtout ceux concernant
la prolifération des technologies stratégiques, et
des efforts pour limiter cette dernière ont été
instaurés.
LArrangement de Wassenaar joue un rôle essentiel en
apportant une dimension multilatérale à la maîtrise
de la prolifération et il doit être soutenu.
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Les
principaux organismes de contrôle des exportations dans
le monde
Australia Group (AG Le Groupe de lAustralie).
Créé en 1985 suite à la guerre Iran-Irak,
son objectif est dempêcher la prolifération
des armes chimiques et biologiques. 32 pays en sont membres ainsi
que la Commission européenne.
(Pour en savoir plus : www.australiagroup.net)
Nuclear Suppliers Group (NSG - Groupe des fournisseurs
nucléaires). Les États-Unis sont à linitiative
de sa création, suite aux essais nucléaires indiens
en 1974. Créé en 1978, son objectif est de contrôler
les exportations de tout matériel, équipement, technologie
et biens à double usage dans le domaine du nucléaire.
Il comprend aujourdhui 34 pays. La Commission européenne
a un statut de membre observateur.
(Pour en savoir plus : www.nuclearsuppliersgroup.org)
Missile Technology Control Regime (MTCR - Régime
de contrôle de la technologie des missiles). Créé
en 1987, son objectif est de freiner la prolifération des
missiles, des drônes et la technologie connexe pour les
vecteurs dune charge utile de 500 kg sur une distance dau
moins 300 km, ainsi que pour les vecteurs darmes de destruction
massive. 33 États en sont partenaires.
(Pour en savoir plus : www.mtcr.info)
Non-Proliferation Treaty (TNP - Traité de
non-prolifération nucléaire). Signé en 1968,
il est entré en vigueur en 1970. 186 pays sont signataires
de ce traité (la Corée du Nord sétant
retirée en janvier dernier). Quatre pays ne le sont pas
: lInde, le Pakistan, Israël et Cuba. Les pays signataires
sengagent à ne pas céder à des pays
qui en sont dépourvus des armes nucléaires, des
composants ou des matières premières (uranium 235
et plutonium, en particulier), ni même à les faire
bénéficier de leurs connaissances en ce domaine.
LAgence internationale de lénergie atomique
(AIEA) contrôle, en principe, lapplication du traité.
Les cinq pays reconnus comme puissances nucléaires (selon
les termes de larticle IX du TNP : un État doté
de larme nucléaire est un État qui a fabriqué
ou fait exploser une arme nucléaire ou tout autre engin
nucléaire avant le 1er janvier 1967) sont les cinq membres
permanents du Conseil de sécurité des Nations unies
: la Chine, les États-Unis, la Fédération
de Russie, la France et le Royaume-Uni.
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