L’Arrangement de Wassenaar
sur le contrôle des exportations des armes conventionnelles et des biens et technologies à double usage
(1ère partie)


Plusieurs régimes internationaux sont chargés du contrôle des exportations de produits sensibles. Les principaux sont l’Arrangement de Wassenaar, le Groupe de l’Australie (Australia Group), le Groupe des fournisseurs nucléaires (Nuclear Suppliers Group), le Régime de contrôle de la technologie des missiles (Missile Technology Control Regime) et le Traité de non-prolifération nucléaire. Nous avons choisi, dans ce numéro, de nous attarder sur l’Arrangement de Wassenaar. Par Delphine Evmoon.


Après la fin de la guerre froide, les membres de l’ex-COCOM, (Comité de coordination des contrôles multilatéraux sur les exportations) ont réalisé que les relations Ouest-Est, sur lesquelles celui-ci s’était focalisé, n’étaient plus une base appropriée pour le contrôle des exportations. Un nouvel accord, ayant pour objectif de contrôler les risques liés à la prolifération des armes conventionnelles et des biens et technologies à double usage, était devenu nécessaire pour assurer la sécurité et la stabilité régionale et internationale. Le 16 novembre 1993, les dix-sept États membres du COCOM (Allemagne, Australie, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, France, Grèce, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Turquie), lors d’une réunion à La Haye, ont décidé d’arrêter le COCOM et d’établir, en remplacement, un nouvel accord multilatéral, connu provisoirement sous le nom de « Nouveau forum ».
Cette décision a été confirmée à Wassenaar (Pays-Bas) les 29 et 30 mars 1994 et le COCOM a définitivement cessé d’exister le 31 mars 1994. Le Nouveau forum a rassemblé les anciens Étatsmembres du COCOM, l’Autriche, la Finlande, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, la Suède et la Suisse, rejoints par la Fédération de Russie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie entre le 11 et le 25 septembre 1995.
La décision d’établir « l’Arrangement de Wassenaar » a été prise d’un commun accord par les États participants le 19 décembre 1995 et il a été confirmé que son Secrétariat siègerait à Vienne, en Autriche.
La réunion plénière inaugurale de l’Arrangement de Wassenaar s’est déroulée les 2 et 3 avril 1996 à Vienne. L’Argentine, la République de Corée et la Roumanie y ont également été accueillies en tant que membres fondateurs, rejointes par la Bulgarie et l’Ukraine les 11 et 12 juillet 1996, amenant ainsi le nombre de participants à 33.
Un consensus final sur les « Éléments initiaux », document fondateur de l’Arrangement de Wassenaar, a été trouvé et il a été décidé que les nouvelles listes de contrôle ainsi que la procédure d’échanges d’informations entreraient en vigueur à compter du 1er novembre 1996. La première réunion plénière de l’Arrangement de Wassenaar s’est tenue à Vienne les 12 et 13 décembre 1996.
L’Arrangement de Wassenaar est le premier arrangement mondial unilatéral de contrôle des exportations d’armes conventionnelles et de produits et technologies à double usage. Il est destiné à promouvoir la transparence, l’échange d’opinions et d’informations et une responsabilité accrue dans le domaine des transferts d’armes conventionnelles et des produits et technologies à double usage afin d’éviter les accumulations déstabilisantes. Il complète et renforce, sans être identique, les régimes existants de non-proliférations d’armes de destruction massive et de leurs systèmes de livraisons. Il se concentre sur les menaces régionales ou internationales pouvant mettre en péril la paix suite aux transferts de ces produits ou technologies. Cet arrangement est également destiné à renforcer la coopération pour éviter l’acquisition d’armements ou de produits à double usage à des fins militaires si la situation dans une région ou le comportement d’un État cause, ou vient à causer, de l’inquiétude aux États participants.
L’Arrangement de Wassenaar n’empêche aucunement des transactions individuelles et n’est pas dirigé contre un État ou un groupe d’États en particulier. Toutes les mesures prises en relation avec l’Arrangement de Wassenaar sont compatibles avec les législations et politiques nationales des pays participants et leur application est laissée à la discrétion de chacun.
Les pays participants exercent un contrôle efficace des articles figurant sur les listes déterminées. Ces dernières sont révisées périodiquement (sur une base annuelle) pour prendre en compte les progrès technologiques et l’expérience acquise. Les fournisseurs d’armes et de produits à double usage peuvent ainsi, ensemble, mieux comprendre les risques associés à leurs transferts, évaluer et coordonner leurs politiques nationales de contrôle pour combattre ces risques.
L’Arrangement de Wassenaar est ouvert sur une base mondiale et non-discriminatoire aux adhérents potentiels qui correspondent aux critères adoptés. Pour être admis, un État doit être producteur/importateur d’armes ou d’équipements industriels. Il doit également maintenir une politique nationale de non-prolifération, ce qui comprend son adhésion aux régimes et traités correspondants, et appliquer des contrôles efficaces à l’exportation.

L’Arrangement de Wassenaar ne prévoit pas de catégories d’observateurs. Cependant, il envisage d’informer les pays non-membres de ses objectifs et de ses activités pour les encourager à adopter des politiques nationales compatibles avec ceux-ci, effectuer des contrôles efficaces et adhérer aux traités et régimes de non-prolifération appropriés .

Entretien
Rencontre avec l’ambassadeur Sune Danielsson, chef du Secrétariat de l’Arrangement de Wassenaar (*).


F&P : L’Arrangement de Wassenaar a été signé par 33 pays en juillet 1996. Tous les membres actuels de l’Union européenne sont-ils inclus ?
Sune Danielsson :

Oui.

Le 1er mai 2004, dix pays supplémentaires deviendront membres à part entière de l’Union européenne. Six des nouveaux pays (Chypre, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, Malte et la Slovénie) ne sont pas membres de l’Arrangement. Quels sont vos projets à leur égard ?
Pour que les pays mentionnés qui vont intégrer l’Union européenne deviennent membres de l’Arrangement de Wassenaar, il serait nécessaire que leurs gouvernements mettent en application les termes de l’accord. Il faudrait également que leur candidature soit acceptée à l’unanimité lors d’une session plénière. La question des nouveaux participants a été abordée quelques fois, mais, pour l’instant, aucune décision d’inviter d’autres pays à devenir membres n’a été prise.

Est-il possible pour d’autres pays remplissant les conditions exigées d’être membres de l’Arrangement de Wassenaar ? Êtes-vous prêts à les accepter ?
D’après les Éléments initiaux, le texte fondateur de l’Arrangement de Wassenaar, il est dit que : « Le nouvel Arrangement sera ouvert sur une base mondiale et non-discriminatoire à des adhérents potentiels se conformant aux critères définis dans l’annexe 4. L’admission de nouveaux participants se fait par consensus ».
L’annexe 4 déclare :
« Lorsqu’il s’agit de décider de l’éligibilité d’un État à participer à l’Arrangement les facteurs suivants, entre autres, seront pris en considération en tant qu’indicateurs de sa capacité à contribuer au dessein du nouvel arrangement :
- le fait qu’il soit, ou non, un producteur /importateur d’armes ou d’équipement industriel,
- sa politique en matière de non-prolifération et sa politique nationale en ce domaine, y compris son adhésion à la politique de non-prolifération, des listes de contrôle, et si nécessaire les recommandations du Groupe des fournisseurs nucléaires, du Régime de contrôle de la technologie des missiles, et du Groupe Australie et à travers l’adhésion au Traité de non-prolifération nucléaire, à la convention sur les armes biologiques, la Convention sur les armes chimiques, et, si besoin est, à START 1, y compris le protocole de Lisbonne,
- son adhésion complète aux contrôles à l’exportation ».
Lors des assemblées plénières, les États participants ont régulièrement confirmé que l’Arrangement de Wassenaar était ouvert à des adhérents potentiels se conformant aux critères définis pour la participation. Lors de la plus récente, en décembre 2002, les États participants ont « réaffirmé que l’Arrangement de Wassenaar était ouvert aux adhérents potentiels sur une base mondiale et non-discriminatoire, à condition qu’ils remplissent les critères de participation établis et acceptent d’avoir des contacts supplémentaires avec les Nations unies, les autres organisations internationales concernées et les autres régimes de non-prolifération afin d’éviter la duplication du travail et de faciliter la complémentarité ».
J’ajouterai également que le sujet du développement des contacts avec des pays extérieurs à l’Arrangement sera examiné plus en détail cette année. Il sera aussi peut-être abordé lors de l’évaluation générale du fonctionnement de l’Arrangement qui aura lieu en 2003.

L’Arrangement de Wassenaar a été signé par 33 États. Pourtant, les industries nationales de ces États sont les premières concernées. Comment ont-elles connaissance des résultats décidés lors des séances plénières ?
Lors de réunions, l’importance d’une communication efficace entre les gouvernements et les industriels est soulignée. Il faut que les industriels qui exportent des biens sensibles comprennent leurs obligations légales en matière de contrôle des exportations. Les gouvernements membres organisent à cette intention des actions pour tenir les entreprises au courant des modifications des listes de contrôle ayant généralement lieu une fois par an. Ces dernières concernent les listes de produits soumis à une licence d’exportation du gouvernement national. Ces listes révisées se trouvent également sur notre site Internet.
De plus, le Secrétariat, avec l’accord du président de l’assemblée plénière, participe à des conférences et séminaires sur l’exportation auxquels assistent souvent des représentants de l’industrie et d’autres organisations non-gouvernementales afin de mieux connaître et comprendre l’arrangement de Wassenaar et son fonctionnement.
Voyons maintenant plus précisément comment les sociétés exportatrices des pays membres de l’Arrangement peuvent s’informer sur les conséquences qu’il a pour eux. L’une des tâches cruciales accomplies lors de nos réunions ici, à Vienne, consiste à décider quels seront les articles soumis aux contrôles à l’exportation. En général, il s’agit de dresser des listes d’articles pour lesquels un exportateur aura besoin de demander une licence d’exportation. Quand les États participants décident à la suite d’une session plénière d’imposer des contrôles nationaux d’exportations pour certains articles, les entreprises en sont informées par leurs gouvernements, habituellement par le biais de réglementations rendues publiques.
Les listes des produits à double usage et la liste des armes conventionnelles, comme les États participant à l’arrangement les ont dressées sont intégrées, sous une forme ou sous une autre, dans les réglementations nationales.
Les États participants demandent de façon explicite une autorisation préalable pour l’exportation d’articles contrôlés couverts par leurs réglementations nationales. L’objectif dans chaque cas est clairement expliqué dans les Éléments initiaux : il s’agit d’empêcher des transferts ou re-transferts non-autorisés qui pourraient nuire à la vocation de cet Arrangement.
( Voir la section III.I : « Contrôles » des Eléments initiaux. La section I, « Objectifs », des Éléments initiaux déclare : l’Arrangement de Wassenaar a été établi dans le but de contribuer à la sécurité et à la stabilité régionales et internationales en favorisant la transparence et une responsabilité accrue en matière de transferts d'armes conventionnelles et de biens et technologies à double usage, afin de prévenir les accumulations déstabilisantes. Les États participants chercheront, à travers leurs politiques nationales à faire en sorte que les transferts de ces biens et produits ne contribuent pas au développement ou au renforcement de capacités militaires qui saperaient ces objectifs, ou ne soient pas détournés de leur usage pour contribuer à ces capacités.)

Travaillez-vous en partenariat avec d’autres groupes comme le Groupe de l’Australie, le Groupe des fournisseurs nucléaires, le Régime de contrôle de la technologie des missiles ou le Traité de non-prolifération ?
L’arrangement de Wassenaar et les forums que vous mentionnez recouvrent des domaines très similaires. De plus, la coordination se passe souvent au niveau national entre chacun des gouvernements concernés. Il y a eu en outre, au fil des années, des contacts informels, mais aucune coopération officielle. Les représentants de l’Arrangement de Wassenaar et des organisations que vous mentionnez assistent souvent aux mêmes conférences et séminaires sur le contrôle des exportations. Nous y échangeons des points de vue et des expériences. Néanmoins, n’oublions pas que ces autres forums se concentrent sur leurs tâches spécifiques et que leurs membres respectifs ne sont pas exactement les mêmes que ceux de l’Arrangement de Wassenaar.
En ce qui concerne les contacts directs avec le genre d’organisations dont vous parlez, en l’an 2000, l’assemblée plénière a décidé « qu’un échange d’informations au niveau politique et/ou institutionnel avec les forums internationaux traitant de questions similaires à l’arrangement de Wassenaar peut être développé, non seulement en ce qui concerne les domaines et la nature de nos activités respectives pour éviter de dupliquer le travail que nous accomplissons ou pour faciliter la complémentarité, mais aussi en ce qui concerne des actions parallèles ou même communes, après une coordination et une préparation complète. » En décembre 2002, les États participants ont une nouvelle fois affirmé qu’il était désirable de renforcer nos contacts avec les Nations unies, les autres organisations internationales concernées et les autres régimes de non-prolifération. Ils ont décidé de se mettre en contact avec des États non-membres de l’Arrangement de Wassenaar, y compris les principaux États fabricants d’armes.

Comment expliquez-vous que vous ne soyez pas davantage connu ?

L’important pour nous n’est pas que notre nom soit connu du public en général. Ce qui compte c’est plutôt que ceux qui connaissent notre travail en connaissent les résultats. Autrement dit, est-ce que ceux dont les responsabilités ou les activités commerciales incluent les contrôles à l’exportation savent ce qu’ils doivent faire pour que ces contrôles soient efficaces ? Il est tout à fait concevable qu’une compagnie donnée dans un État membre de l’Arrangement de Wassenaar, ou même certains fonctionnaires, ne connaissent pas bien l’Arrangement en tant que tel. Ce qui est important, par contre, c’est qu’ils sachent quelles sont leurs responsabilités, celles-ci découlant des décisions de contrôle des exportations prises à Wassenaar par leur gouvernement et les autres participants. De plus, nous avons l’impression que notre nom est bien connu de ceux qui s’occupent de contrôle des exportations, même si nous ne faisons pas souvent les gros titres des journaux.

En ce moment, à l’heure où certains pays ont en leur possession des armes de destruction massive, en particulier des armes chimiques et biologiques, ne pensez-vous pas que tous les pays du monde devraient signer un arrangement semblable afin de favoriser la transparence et d’éviter des accumulations déstabilisantes ?
Votre question est d’autant plus pertinente qu’en 2003 les États participants vont effectuer une évaluation complète du fonctionnement de l’Arrangement de Wassenaar. L’Arrangement existe depuis sept ans et ce sera sa deuxième évaluation. Nous pensons y aborder un certain nombre de problèmes influençant notre développement. Il est trop tôt pour prédire ce que sera le résultat de ce processus qui se terminera à la fin de l’année avec notre session plénière.
Laissez-moi vous donner un exemple des questions qui pourraient être abordées.
Lors de la dernière session plénière, les États participants se sont mis d’accord sur une nouvelle initiative importante concernant les armes légères et de petits calibres, matériel préféré des terroristes. Des directives détaillées de « Pratiques d’excellence » et des critères d’exportation d’armes légères et de petits calibres ont été adoptées (disponibles sur le site Internet). Cette décision sera probablement renforcée lors de l’évaluation. Dans ce contexte, les États participants pourraient étudier la possibilité de communiquer aux autres membres les transferts d’armes légères et examiner les moyens de mettre une telle mesure en pratique.
Une attention particulière continuera d’être accordée au terrorisme en 2003. Les États participants ont décidé de revoir les lignes directrices existantes de l’Arrangement de Wassenaar concernant les systèmes de missiles anti-aériens portables (MANPADS) afin d’en évaluer précisément leur efficacité et éviter ainsi l’utilisation de ce type de matériel par les terroristes.
Les États participants, qui reconnaissent l’importance du contrôle du commerce d’armes, ont adopté une déclaration (Statement of Understanding on Brokering), disponible sur notre site Internet. Pour 2003, ils ont décidé de continuer à élaborer et à peaufiner les critères nécessaires à une législation efficace sur le commerce d’armes. L’objectif recherché par l’Arrangement de Wassenaar est le transfert responsable. Le travail d’évaluation de 2003 devrait offrir aux États participants la possibilité de s’améliorer encore dans ce domaine.

(* Le Secrétariat n’a pas le droit de s’exprimer au nom des États membres ou de divulguer des informations autres que celles dont la communication au public a été approuvée par l’assemblée plénière. Les discussions ayant eu lieu durant les réunions sont tenues par les États participants comme étant confidentielles. Toutes les décisions prises lors des séances plénières ou des réunions le sont à l’unanimité par consensus)

Qu’en pense le milieu des industriels ?

France

Point de vue de… Dominique Lamoureux,

président du Syndicat des industries exportatrices de produits stratégiques (SIEPS) depuis 1989, président de la Commission de contrôle des exportations de l’Union des confédérations de l’industrie et des employeurs d’Europe (UNICE) et président de la Commission « Réglementations du commerce international » du Conseil des industries de défense françaises (CIDEF), dont il est membre depuis sa fondation en 1995. Il participe également au groupe de travail « Exportation d’Armement » de l’ « European Defense Industry Group » (EDIG) et du « Transatlantic Business Dialogue » (TABD), dont il est l’expert européen pour plusieurs questions stratégiques. Dominique Lamoureux est, par ailleurs, secrétaire général de Thalès International.

F&P : Que pensez-vous de l’Arrangement de Wassenaar et de son utilité ?
Dominique Lamoureux : Tout d’abord, par sa dénomination même qui est très mystérieuse – personne ne connaît la petite ville hollandaise de Wassenaar - il montre son caractère confidentiel, réservé à quelques « élus ».
Or la menace que présentent les armes de destruction massive justifie un vaste partage avec tous les acteurs économiques et politiques.
De plus, nous sommes entrés aujourd’hui dans une nouvelle ère des contrôles des exportations. Or l’Arrangement de Wassenaar est fondamentalement « l’enfant naturel » du COCOM, qui avait pour mission d’établir des listes de produits et de technologies soumis à contrôle par les nations occidentales. Il était parfaitement adapté à l’époque où l’on avait comme adversaires l’Union soviétique et les signataires du Pacte de Varsovie. Le COCOM, qui n’existe plus, appartenait au monde bipolaire et, en étant remplacé par l’Arrangement de Wassenaar en 1996, ses concepts ne sont plus adaptés aux enjeux d’aujourd’hui marqués par la fin de la guerre froide.
Il est clair que des produits sensibles et de très haute technologie doivent être contrôlés par des nations responsables. Mais sommes-nous en train de traiter la véritable problématique à travers l’Arrangement de Wassenaar ? Ne devons-nous pas réfléchir à des mécanismes de contrôles plus globaux permettant de lutter contre le crime organisé et des problèmes de sécurité plus larges incluant, par exemple, les technologies informatiques. Les systèmes de contrôle d’aujourd’hui ne concernent plus seulement les produits en rapport avec leurs performances, mais également l’utilisateur ou l’utilisation finale de ces produits même s’ils sont de technologie primaire.

Pensez-vous que les entreprises sont suffisamment impliquées dans l’élaboration des listes des produits considérés à double usage lors des réunions de Wassenaar ?

Les industriels ne sont que très indirectement associés aux travaux de Wassenaar, alors qu’ils devraient au moins l’être dans le processus de réflexion et de mise en œuvre de l’établissement des listes de contrôle des biens à double usage. Leurs points de vue sont indispensables. Il faut être sûr de contrôler ce qui est contrôlable et ne pas contrôler ce qui n’a plus lieu d’être. Leurs avis sont importants ainsi que leurs expériences et leurs connaissances des produits. Dans le monde de la globalisation, les entreprises concernées devraient y être associées de manière plus étroite. Elles sont souvent interrogées par les administrations nationales et certaines délégations se font accompagner par des experts industriels, mais cela pourrait se faire de manière plus formelle ou institutionnelle entre les pays participants. Ne demande t-on pas encore à des sociétés de faire des contrôles sur des sujets qui n’ont plus véritablement de sens ou de réelle légitimité ?
Par ailleurs, une fois que les listes de contrôles des produits considérés à double usage ont fait l’objet d’un accord entre les 33 pays, est-il normal que les États-Unis, pour favoriser leur propre industrie, décident, quelques jours plus tard, de redéfinir de nouveaux seuils pour certains produits (calculateurs et semi-conducteurs, par exemples) ?



Royaume-Uni
Point de vue de… Brinley Salzmann,
directeur des exportations de la Defence Manufacturers Association of Great Britain (DMA), créée en 1976 et regroupant 370 sociétés membres.

F&P : Que pensez-vous de l’Arrangement de Wassenaar et de son utilité ?
Brinley Salzmann :
La création de l’Arrangement de Wassenaar, en remplacement du COCOM, était une étape essentielle dans la lutte contre la prolifération. Je dois avouer que nous ne sommes pas sûrs de sa réelle efficacité et de sa compétence, mais rien que le fait qu’il existe est important. Peut-être n’est-il pas aussi actif que le COCOM, mais il paraît travailler utilement avec les principaux autres régimes internationaux de contrôle des exportations.

Pensez-vous que les industriels soient suffisamment impliqués dans l’élaboration des listes des produits considérés à double usage lors des réunions de Wassenaar ?

Je suis certain qu’une implication des industriels plus importante dans l’Arrangement de Wassenaar et qu’une vue plus dégagée sur ses activités seraient bénéfiques pour tout le monde. Pour l’industrie britannique (certainement pour les entreprises françaises et les autres également), le Système de contrôle sur le double-usage de l’Union européenne a un effet plus immédiat et direct. Après le 11 septembre 2001, les contrôles sur les exportations ont été revus et renforcés, surtout ceux concernant la prolifération des technologies stratégiques, et des efforts pour limiter cette dernière ont été instaurés.
L’Arrangement de Wassenaar joue un rôle essentiel en apportant une dimension multilatérale à la maîtrise de la prolifération et il doit être soutenu.

 

Les principaux organismes de contrôle des exportations dans le monde

• Australia Group (AG – Le Groupe de l’Australie). Créé en 1985 suite à la guerre Iran-Irak, son objectif est d’empêcher la prolifération des armes chimiques et biologiques. 32 pays en sont membres ainsi que la Commission européenne.
(Pour en savoir plus : www.australiagroup.net)

• Nuclear Suppliers Group (NSG - Groupe des fournisseurs nucléaires). Les États-Unis sont à l’initiative de sa création, suite aux essais nucléaires indiens en 1974. Créé en 1978, son objectif est de contrôler les exportations de tout matériel, équipement, technologie et biens à double usage dans le domaine du nucléaire. Il comprend aujourd’hui 34 pays. La Commission européenne a un statut de membre observateur.
(Pour en savoir plus : www.nuclearsuppliersgroup.org)

• Missile Technology Control Regime (MTCR - Régime de contrôle de la technologie des missiles). Créé en 1987, son objectif est de freiner la prolifération des missiles, des drônes et la technologie connexe pour les vecteurs d’une charge utile de 500 kg sur une distance d’au moins 300 km, ainsi que pour les vecteurs d’armes de destruction massive. 33 États en sont partenaires.
(Pour en savoir plus : www.mtcr.info)

• Non-Proliferation Treaty (TNP - Traité de non-prolifération nucléaire). Signé en 1968, il est entré en vigueur en 1970. 186 pays sont signataires de ce traité (la Corée du Nord s’étant retirée en janvier dernier). Quatre pays ne le sont pas : l’Inde, le Pakistan, Israël et Cuba. Les pays signataires s’engagent à ne pas céder à des pays qui en sont dépourvus des armes nucléaires, des composants ou des matières premières (uranium 235 et plutonium, en particulier), ni même à les faire bénéficier de leurs connaissances en ce domaine. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) contrôle, en principe, l’application du traité. Les cinq pays reconnus comme puissances nucléaires (selon les termes de l’article IX du TNP : un État doté de l’arme nucléaire est un État qui a fabriqué ou fait exploser une arme nucléaire ou tout autre engin nucléaire avant le 1er janvier 1967) sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies : la Chine, les États-Unis, la Fédération de Russie, la France et le Royaume-Uni.

 

 

Sur Internet
. www.wassenaar.org
(site officiel de l’Arrangement de
Wassenaar)

 

 

Listes de contrôle de l’Arrangement de Wassenaar

• Biens et technologies
à double usage
. Matériaux avancés
. Traitement des matériaux
. Électronique
. Informatique
. Télécommunications
. Sécurité de l’information
. Capteurs et lasers
. Navigation et aviation
. Marine
. Propulsion

• Armes conventionnelles/
liste militaire

 

 

La Hongrie : futur membre de l’Union européenne et membre de l’Arrangement de Wassenaar

Au début des années 90, la Hongrie a déclaré son intention d’introduire un système de contrôle de ses échanges commerciaux internationaux concernant les produits et les technologies réglementés ainsi que de leurs utilisations domestiques. Ce système avait pour objectif d’empêcher que ces produits ou technologies ne partent dans des pays où ils pourraient être utilisés pour la production d’armes de destruction massive ou nuire aux droits de l’homme.
L’extension des contrôles d’exportations hongrois aux produits domestiques et le contrôle des exportations et des importations de produits nucléaires et d’armements ainsi que la parfaite mise en oeuvre de ce système, reconnu internationalement, ont permis que la Hongrie :
- puisse rejoindre en 1994 en qualité de membre fondateur l’Arrangement de Wassenaar,
- soit admise en 1992 au sein du Nuclear Suppliers Group,
- soit admise en 1992 au sein du Groupe Australie,
- soit admise en 1993 au sein du Régime de contrôle de technologies des missiles.

(Source : ministère de l’Économie et des Transports de Hongrie)

 

 

La Slovénie : futur État membre de l’Union européenne et non participant à l’Arrangement de Wassenaar. Le point de vue de Tea Petrin, ministre slovène des Affaires économiques

F&P : Pourquoi la Slovénie n'a-t-elle pas signé l'Arrangement de Wassenaar ?
Nous avons, comme les autres pays européens, une législation précise qui oblige les compagnies d'exportations d'armements à posséder une licence. D'autre part, nous contrôlons la production des armes par l'intermédiaire du ministère de la Défense. Il est vrai que nous n'avons pas signé l'Arrangement de Wassenaar, alors que la Bulgarie, la Hongrie et d'autre pays de la région l'ont paraphé. Nous en étudions les avantages. D’un autre côté, il faut regarder quelles seront les possibilités après notre adhésion à l’Union européenne.

 


(décembre 2005
)