Faire découvrir ou redécouvrir
la Serbie-et-Monténégro d’aujourd’hui, tel
est l’objectif de Faits & Projets Magazine.
La
Communauté d’États, proclamée le 4 février
2003, réunissant la Serbie et le Monténégro,
mérite une attention particulière, que ce soit dans
son ensemble ou séparément. Car même si certains
objectifs sont communs aux deux pays, ils ont chacun leurs défis
et leur personnalité.
Une priorité commune
: intégrer l’Union européenne
En octobre 2005, une étape décisive
a été franchie avec la
signature entre l’Union européenne et la Serbie-et-Monténégro
d’un Accord de stabilisation et d’association, le premier
pas vers un statut de membre à part entière. Le système
des voies jumelles, soit des négociations à trois têtes
entre Bruxelles, Belgrade et Podgorica, a été choisi
en partie car le Monténégro souhaite organiser, en 2006,
un référendum pour son indépendance (selon l’Accord
de Belgrade signé en 2002, le gouvernement en a le droit au
terme de trois ans et il le revendique déjà depuis 1997
au travers d’une économie et d’une diplomatie propres),
ce que l’Union européenne ne voit pas forcément
d’un bon œil préférant intégrer la
Communauté d’États dans son ensemble. L’intégration
de la Serbie-et-Monténégro à l’Union européenne
et, à terme, à l’OTAN, représenterait cependant,
et certainement, un facteur de stabilité et de sécurité
globale dans cette région du monde, fragilisée par plusieurs
années de guerres.
Les défis majeurs
de la Serbie en 2006
Consolider son partenariat avec l’Union
européenne, régler le statut du Kosovo, coopérer
pleinement avec le TPIY, attirer davantage d’investisseurs étrangers
et créer des emplois, tels sont les défis les plus importants
de la Serbie pour 2006, une année charnière.
Longtemps associée à la
guerre et à Milosevic seulement, et même si personne
n’oublie les conflits balkaniques de la dernière décennie
du XXème siècle, la Serbie, méritant que l’on
s’y intéresse de près, a du travail.
L’Union européenne fait
partie des priorités. Les réformes économiques
se poursuivent ainsi que l’apprentissage de la démocratie,
mais Javier Solana, Haut-représentant de l’Union européenne
pour la politique étrangère, reste ferme en annonçant
que l’extradition de Ratko Mladic et de Radovan Karadzic, deux
Serbes de Bosnie inculpés en 1995 par le Tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et toujours en fuite,
est l’une des conditions pour la poursuite des négociations.
Condition renforcée par l’arrestation, en décembre
2005, d’Ante Gotovina, un général croate faisant
partie des inculpés les plus recherchés par La Haye.
Vient ensuite le problème du chômage,
qui touche particulièrement les jeunes et dont le taux est
très élevé (de 30 à 35 %). Les salaires
mensuels moyens sont de 200 euros, un budget ne permettant pas de
vivre, par exemple, dans une capitale comme Belgrade. De plus, une
politique très stricte de Bruxelles en matière de délivrance
de visas, concernant les citoyens serbes et monténégrins,
incluant les étudiants, les chercheurs et les professeurs,
empêchent le contact avec l’extérieur pourtant
indispensable. Ces deux facteurs entraînent une morosité
générale et la jeunesse ne voit pas forcément
une lumière au bout du tunnel.
Le 24 octobre dernier, le Conseil de
sécurité des Nations unies a approuvé le principe
de l’ouverture des négociations sur le statut futur du
Kosovo, comme l’envisageait la résolution 1244 du Conseil
de 1999. Le Kosovo est sous administration de l’ONU depuis juin
1999, date de la fin de la guerre de l’OTAN (24 mars-10 juin
1999) pour mettre fin aux affrontements entre les forces serbes et
les séparatistes albanais. Les Albanais, représentant
quelque 90 % de la population du Kosovo, réclament leur indépendance,
ce que les Serbes refusent jusqu’à présent, considérant
cette région comme le berceau du patrimoine historique, culturel
et religieux de leur peuple, même s’ils sont d’accord
pour laisser au Kosovo une très large autonomie. En novembre
2005, les négociations se sont ouvertes. Le Kosovo représenterait
un foyer de tension inquiétant que la communauté internationale
tient à apaiser. Tout se décide selon l’axe Belgrade-Pristina-ONU,
car Podgorica estime qu’elle n’est pas concernée
et, par conséquent, ne veut pas s’impliquer dans ces
négociations. Le Conseil de sécurité a appelé
les dirigeants du Kosovo a redoublé d’efforts pour assurer
la protection des minorités, la création de conditions
permettant le retour, la préservation de l’héritage
culturel et religieux, et la promotion de la réconciliation.
Une solution sur cette question aura un impact positif sur la région,
dont la Serbie, en termes de stabilisation politique et de croissance
économique. La visite de Philippe Douste-Blazy, ministre français
des Affaires étrangères, à Belgrade et à
Pristina, les 9 et 10 décembre 2005, a quasiment coïncidé
avec le lancement des négociations sur le statut du Kosovo,
ce qui montre l’intérêt que porte la France à
cette question et, au-delà, à la région dans
son ensemble. L’engagement de la France y reste important, tant
du fait de nos bonnes relations avec tous les acteurs politiques qu’en
raison de la contribution significative de la France à la présence
internationale au Kosovo (sur les 16 500 soldats de la KFOR, 2 400
sont Français).
La Serbie se doit de lutter contre la
montée du nationalisme, car le Parti radical serbe est représenté
par 82 députés sur 250. La démocratie doit s’ancrer
dans le paysage politique, bien que de nombreux progrès aient
été réalisés dans ce domaine depuis 2000.
La Serbie représente un potentiel
indéniable pour les investisseurs étrangers et une croissance
économique de quelque 5 % est assurée dans les années
à venir. Tous les secteurs sont ouverts, les réformes
continuent, les privatisations suivent leur cours et les besoins du
pays sont immenses, et les institutions internationales, comme le
FMI, la BERD et la Banque mondiale, sont de retour. Le tourisme se
développe et la Serbie recèle de trésors cachés
à découvrir. Une main-d’œuvre qualifiée,
un bon niveau d’éducation et des coûts encore compétitifs,
font partie des atouts. Intégrer l’OMC est également
l’un des objectifs de la Serbie. Un avenir prometteur pour ce
pays où il est grand temps de venir, selon les investisseurs
déjà présents.
Six
ans après les bombardements de l’OTAN (1999), cinq ans
après la chute de Slobodan Milosevic (2000), deux ans après
l’assassinat du Premier ministre Zoran Djindjic (2003), la Serbie
continue son chemin. Il reste, certes, du travail à faire,
mais un autre regard sur ce pays que celui qui existe depuis ces 15
dernières années pourrait être positif non seulement
pour les Serbes, mais également pour les Européens et
les Français.
Une priorité pour
le Monténégro en 2006 : l’indépendance
Le Monténégro, rongé par
le crime organisé et la corruption il y a une dizaine d’années,
semble se débarrasser de ce fardeau petit à petit. La
Commission européenne reconnaît que les efforts économiques
de Podgorica, les privatisations, la maîtrise de l’inflation,
la baisse du chômage (bien que les statistiques soient incertaines)
et les réformes financières, portent leurs fruits. Le
tourisme, priorité du gouvernement, se développe et
a augmenté de 17 % en 2005 par rapport à l’année
précédente.
Pourtant, malgré
ces points positifs, une partie des Monténégrins voient
l’avenir de manière incertaine, notamment concernant
l’indépendance du pays, une priorité pour le Premier
ministre, Milo Djukanovic. Une forte opposition, issue en majorité
d’une tranche de la population qui se déclare Serbe,
menace de boycotter le référendum. Cette dernière
est soutenue par l’Église, traditionnellement isolationniste
et anti-occidentale, ainsi que par une importante fraction de l’armée
formée par l’ex-Yougoslavie. La bataille pour le futur
statut d’État indépendant du Monténégro
s’annonce difficile. Néanmoins, le gouvernement, sûr
d’être soutenu par une majorité des habitants,
pense mener le pays dans cette voie.
Delphine Evmoon
SOMMAIRE
L’UNION
DE SERBIE-ET-MONTÉNÉGRO
Préface
Entretien
avec Svetozar Marovic, président de l’Union de Serbie-et-Monténégro
Relations
internationales
Rencontre
avec Vuk Draskovic, ministre des Affaires étrangères
En
savoir plus sur la Serbie-et-Monténégro
Union
européenne/Serbie-et-Monténégro : un rapprochement
à l’avenir prometteur
Diplomatie
Entretiens
avec Hugues Pernet, ambassadeur de France à Belgrade,
et
Predrag Simic, ambassadeur de Serbie-et-Monténégro
à Paris
Économie
Rencontre
avec Predrag Ivanovic, ministre des Relations économiques
internationales
Témoignages
d’entreprises françaises
Investir
en Serbie-et-Monténégro
Culture
et patrimoine
LA SERBIE
En
savoir plus sur la Serbie
L’entretien
Rencontre
avec Vojislav Kostunica, Premier ministre
Économie
une transition
Éducation,
sports et francophonie
Tourisme
Culture
Femme
d’aujourd’hui
Ana
Ivanovic
Histoire
Historique
des relations franco-serbes
LE MONTÉNÉGRO
En
savoir plus sur le Monténégro
L’entretien
Rencontre
avec Milo Djukanovic, Premier ministre
Économie
un appel aux investisseurs étrangers
Découvrir
le Monténégro
Femme
d’aujourd’hui
Radmila
Vojvodic
Culture