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ÉDITORIAL
La
Croatie, à la croisée des chemins ?
Les rêves de la Croatie de devenir membre de
l’Union européenne d’ici à 2007 se sont, a
priori, envolés le 16 mars dernier, lorsque, pour la première
fois dans l’histoire, les pays européens ont décidé
de reporter, sans fixer de date ultérieure, les négociations
d’adhésion, initialement prévues le 17 mars 2005.
La Croatie a déposé sa candidature
en février 2003. La Commission européenne présente
un avis positif en avril 2004 et le Conseil européen lui accorde,
en juin de la même année, le statut de candidat officiel.
Le gouvernement croate et la population avaient tous les droits d’y
croire.
Motif du report : la coopération
de la Croatie avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie
(TPIY) jugée insuffisante aux yeux de Carla del Ponte, procureure
du TPIY, et de la majorité des chefs d’États européens
(à l’exception des pays voisins de la Croatie) au sujet
du général croate Ante Gotovina, toujours en fuite et
inculpé en 2001, par le TPIY, pour « crimes de guerre »
commis lors du conflit entre la Croatie et la Serbie entre 1991 et 1995
(l’accusation porte sur le meurtre de 150 Serbes et sur l’expulsion
de quelque 200 000 autres de la Krajina, territoires reconquis en août
1995, lors de l’opération Tempête). À Zagreb,
on souligne que la Croatie a répondu positivement à 625
des 626 demandes du TPIY.
Un avertissement pour les autres pays,
notamment ceux des Balkans, dont la Serbie (la Commission européenne
a recommandé en avril dernier l’ouverture de négociations
sur un Accord d’association, première étape vers
une éventuelle adhésion à l’Union européenne)
et la Turquie (qui a le statut de candidat et dont les négociations
d’adhésion avec l’Union européenne devraient
démarrer fin 2005) aspirant à rejoindre l’Union
européenne ? « La porte de l’Union européenne
reste cependant ouverte pour la Croatie », a affirmé Jean
Asselborn, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères
(le Luxembourg assure actuellement la présidence tournante de
l’Union européenne jusqu’au 30 juin 2005). «
Seule Zagreb est responsable de la situation actuelle. La clé
de la coopération avec le Tribunal est dans les mains de la Croatie
», a-t-il ajouté. Cependant, le Conseil européen
s’est prononcé, en mars dernier, pour la création
d’un groupe de travail, une « task force », chargé
de faire un rapport sur les progrès accomplis par la Croatie
pour remplir les conditions d’ouverture des négociations
d’adhésion avec l’Union européenne et, notamment,
sur l’évaluation de sa coopération avec le TPIY,
jugée, jusque-là, insuffisante.
La Croatie, indépendante depuis
1991, reconnue internationalement depuis janvier 1992 (à l’exception
de l’Allemagne fin 1991), a fait du chemin depuis. Les progrès
ont été très importants, essentiellement dans le
domaine économique (3,8 % de croissance en 2004), les réformes
institutionnelles, le respect des droits de l’homme, la démocratie
et bien d’autres encore. Le tourisme est un secteur en pleine
expansion et quelque 8 millions d’étrangers ont visité
le pays en 2004.
La Croatie s’est relevée d’une
guerre laissant, malgré tout, de nombreuses meurtrissures aussi
bien morales qu’humaines et dont certaines sont encore visibles.
La Croatie, encore méconnue et parfois
incomprise, est un pays européen de par son histoire, ses traditions
et sa culture, à l’avenir prometteur. Elle a de nombreux
atouts de son côté, notamment sa beauté naturelle
et sa richesse culturelle diversifiée, influencée par
son histoire, et reste à découvrir ou à redécouvrir.
La Croatie, membre de l’OMC depuis
2000 et membre observateur de l’Organisation internationale de
la Francophonie depuis novembre 2004, veut intégrer l’Union
européenne et l’OTAN.
La Croatie
est-elle à nouveau à la croisée des chemins de
son histoire ?
Delphine Evmoon
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