Charles-Henri
dAragon
Ambassadeur de France en Arabie saoudite
«
Les entreprises françaises ne peuvent que sintéresser
davantage à ce marché très prometteur »
Depuis plus de dix ans, par un travail solide, précis et
documenté, le magazine Faits & Projets a apporté
sa contribution au développement des relations économiques
et culturelles entre la France et plusieurs pays dAfrique,
dEurope et dAmérique. Le présent numéro
est consacré au royaume dArabie saoudite, un acteur
de premier plan, qui sera de plus en plus au centre de la scène
régionale et internationale dans les années à
venir. Je suis heureux de pouvoir saluer à cette occasion
la qualité de la revue et linitiative quelle
a prise de sintéresser à ce pays.
Lexpansion économique exceptionnelle que va connaître
le royaume suscitera - nen doutons pas - de plus en plus lintérêt
des agents économiques, des investisseurs et des industriels
pour ce pays qui sera de plus en plus visité dans un esprit
de compétition sur un marché porteur et solvable.
Les revenus pétroliers du royaume, avec la combinaison dun
effet-volume - la capacité de production ayant désormais
dépassé les 9,5 millions de barils par jour - et un
effet-prix avec un baril saoudien qui se situe autour de 70 dollars,
vont augmenter de manière spectaculaire, permettant le lancement
de nombreux projets nécessaires pour faire face aux défis
posés par la forte croissance démographique du pays.
Laccession de lArabie saoudite à lOMC en
décembre 2005 ne peut que renforcer la dynamique de libéralisation
du marché intérieur et encourager le processus de
privatisation déjà engagé : ouverture aux opérateurs
privés de lamont gazier, des secteurs de leau,
de lélectricité, des télécommunications,
privatisations dans les télécommunications, autorisation
dexercer donnée aux filiales de grands groupes dassurances,
création dun marché financier et dune
autorité de régulation, licences accordées
à de nouvelles banques
Dans ce contexte, les entreprises françaises ne peuvent que
sintéresser davantage à ce marché très
prometteur. Une soixantaine dentre elles sont déjà
présentes, parfois depuis longtemps. Il sagit non seulement
de grandes entreprises françaises souvent fleurons de notre
lindustrie, mais aussi de nombreuses PME pour lesquelles le
marché saoudien est accessible. Ces dernières représentent
la grande majorité des entreprises exportatrices françaises
qui exportent en Arabie, et plus du tiers du montant des ventes
françaises vers ce pays. Ces sociétés - est-il
besoin de rappeler - trouvent sur place, à Riyad comme à
Djeddah, lappui de Mission économique française,
mais aussi du Conseil daffaires franco-saoudien et du Cercle
daffaires franco-saoudien de Djeddah.
Dans une région troublée et où les tensions
saccumulent, lArabie saoudite, qui a été
confrontée en 2003 et 2004 à la violence terroriste,
nest malheureusement pas à labri, comme beaucoup
de pays de la planète, dune action denvergure,
comme aurait pu lêtre le double attentat déjoué
fin février 2006 contre le site pétrolier essentiel
d'Abqaiq. Mais des succès indéniables en matière
de sécurité ont été remportés
depuis des mois, et le royaume apparaît comme un facteur de
stabilité et de paix, sous la direction dun souverain
sage et expérimenté.
Les relations entre la France et lArabie saoudite, qui ont
toujours été bonnes, sont aujourdhui excellentes,
fondées sur le respect mutuel et le souci commun de promouvoir
des solutions justes et équilibrées. La visite dÉtat
en Arabie du président Chirac en mars 2006, faisant suite
à la visite du roi Abdallah Bin Abdulaziz, gardien des deux
Lieux saints de lislam, en avril 2005 alors quil était
prince héritier, la confiance et la chaleur qui dominent
leurs échanges, tout cela facilite les rapports étroits
entre les deux pays.
Mais lArabie sera aussi de plus en plus visitée dans
les prochaines années, dune manière tout à
fait inédite. En effet, le royaume, dans lequel se sont rendus
ces derniers mois de nombreux journalistes, sapprête,
en mai 2006, à ouvrir ses portes, pour la première
fois de son histoire, au tourisme. Les autorités, et notamment
la Haute Commission saoudienne pour le tourisme, conscientes de
la richesse et de la diversité dun pays très
étendu qui contient d'importants sites archéologiques,
ont annoncé lémission prochaine de visas de
tourisme, via des agences de voyage agréées, et donc
la possibilité de découvrir ce pays dune façon
différente, notamment pour les non-musulmans, cest
à dire tous ceux qui nont pas jusquici envisagé
de se rendre dans ce pays qui abrite les principaux Lieux saints
de l'islam, et vers lequel convergent chaque année des millions
de pèlerins.
Car lArabie saoudite, qui réfléchit à
son identité et qui a instauré, il y a quelques années,
un « dialogue national » ne ressemble pas aux jugements
souvent expéditifs et aux commentaires parfois très
convenus. Le royaume cherche à développer des liens
à tous les niveaux avec de nombreux pays de tous les continents.
De notre côté, sur le plan culturel, nous promouvons
loffre française en matière denseignement
supérieur, que ce soit dans le domaine scientifique, dans
celui de la médecine, des sciences de lingénieur
et dans celui des sciences politiques. La visite du président
de la République française en 2006 a été
loccasion dinaugurer au Musée de Riyad lexposition,
exceptionnelle par son ampleur et sa valeur, des collections dart
islamique du Louvre. Préalablement, le Musée du Louvre
de Paris et le Haut Comité du tourisme en Arabie saoudite
avaient signé, en 2004, un mémorandum avec pour objectif
de bâtir un programme pluriannuel déchanges culturels,
scientifiques et éducatifs, dorganiser des prêts
et des expositions.
Les quelque 4 000 Français qui résident aujourdhui
dans le royaume, et qui y vivent heureux, bénéficient
de deux consulats à Riyad et à Djeddah, de trois écoles
françaises à Riyad, à Djeddah et à Al
Khobar, dune « Maison des Français » à
Riyad et Djeddah et, dans ces mêmes villes, dassociations
locales dexpatriés, de liaisons aériennes directes
quasi-quotidiennes avec la France. Nos compatriotes témoignent
de la solidité de nos liens et de la nécessité
de les renforcer.
Encore tous mes vux à Faits & Projets Magazine
et bonne chance aux lecteurs de la revue qui sintéresseront
à lArabie.