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Petites
histoires tcherkessses Le
mariage Tcherkesse ou « dequoiçe » (partir
en secret) Chez
les Tcherkesses, les filles et les garçons ont toute la liberté
de choisir leur futur conjoint, dont ils gardent souvent le secret.
Ils ne sont pas obligés d’en parler à leurs parents
qui respectent ce choix. Ils décident donc seuls qui ils veulent
aimer et avec qui ils veulent se marier. Par ailleurs, n’importe
quel garçon peut courtiser, en tout bien tout honneur, n’importe
quelle fille jusqu’au mariage, car les fiançailles n’existent
pas. Lorsque
deux personnes décident de s’unir, le mariage peut se faire
de manière traditionnelle : les deux familles se contactent alors
uniquement pour l’organisation. Par contre, le mariage, selon
la coutume tcherkesse « dequoiçe », est
soumis à des règles bien précises. Le garçon
et la fille se donnent rendez vous en secret. Dans le passé,
le garçon arrivait à cheval, en descendait avec galanterie
pour y faire monter sa dulcinée et ils repartaient tous les deux.
Maintenant, le garçon arrive en voiture avec un ami et une amie
au lieu du rendez vous ; il en descend, prend la jeune fille par
la main et la fait monter avec lui et ses deux amis. Ces deux derniers,
garants de l’honneur du couple, accompagnent la future mariée
chez l’amie et le futur marié va chez son ami. Ce dernier
est chargé d’aller voir les parents du futur marié
pour les informer que leur fils a « enlevé »
une jeune fille et que celle-ci réside chez une amie de leur
fils. Cet ami demande alors aux parents du futur marié s’il
peut faire quelque chose pour eux (au cas où ils n’auraient
personne à envoyer comme « ambassadeur »
dans la famille de la future mariée). En général,
les parents du futur marié répondent qu’ils enverront
tout de suite une personne de la famille chargée de prévenir
les parents de la future mariée du lieu où se trouve leur
fille et de leur demander une date pour le mariage (environ une semaine
après). Dès que celle-ci est fixée, la future mariée,
les deux amis du futur marié et d’autres proches partent
dans des voitures en formant un cortège, avec des joueurs d’accordéon,
vers la maison des parents du futur marié. Et c’est le
commencement des danses et de la musique avec les invités qui
sont arrivés de partout. Dans le même temps, la fête
a lieu également avec le futur marié, chez son ami. En
ce qui concerne la signature de l’acte de mariage, trois ou quatre
hommes (oncles, cousins…) viennent dans la maison du futur marié.
L’une de ces personnes demande à voir la future épouse
pour savoir si elle est venue de son plein gré et si elle est
toujours d’accord pour se marier avec ce garçon (si elle
répond qu’elle a changé d’avis, mais cette
situation est rarissime, elle retournera de suite dans sa famille). Si
elle est toujours consentante, elle doit désigner la personne
qui la représentera lors de la signature de l’acte. De
son côté, le futur marié, resté dans la maison
de son ami, aura également désigné son représentant. L’officier d’État civil, dans la maison
du futur marié, fait alors signer les deux représentants
après s’être assuré auprès de ceux-ci
que les futurs époux sont bien d’accord. Les
Tcherkesses étant aujourd’hui majoritairement de confession
musulmane, l’officier d’État civil et les deux représentants
lisent un « al-fatiha », l’un des surates
du Coran, et terminent en disant « amen ». À
ce moment-là, les parents du marié, ou leur représentant,
donnent une somme d’argent symbolique à la famille de la
mariée. Souvent, celle-ci sera restituée à la mariée
sous forme de cadeaux. Une
autre somme d’argent, beaucoup plus importante que la première,
sera écrite sur l’acte de mariage et conservée dans
la famille du marié. En
cas de divorce, le marié devra alors payer cette somme à
sa femme. Le mariage officiel est alors terminé. Dans la tradition
tcherkesse antéislamique, le cadeau offert à la famille
de la mariée était souvent une épée précieuse
ou une cotte de mailles. Les
grandes fêtes du mariage peuvent alors commencer dans la maison
du marié et durent de trois et sept jours pendant lesquels chaque
soir, des garçons et des filles viennent de tous les villages
pour danser. Le dernier jour rassemble tous les invités qui donnent
leurs cadeaux. Il est de tradition que la mariée, comme le marié,
soient absents de ces festivités par pudeur pour les aînés.
Durant
ce dernier jour, la coutume est toujours présente : Durant plusieurs
mois, la jeune mariée est considérée comme une
invitée par sa belle famille. Les parents de la future mariée
ne sont pas présents au mariage de leur fille car la coutume
veut que la mariée s’habitue à vivre loin de sa
famille et cela commence dès le jour du mariage. À la
naissance du premier enfant, la jeune femme revient dans sa famille
avec son bébé et peut y rester un ou deux mois. Dans
un passé très lointain, les jeunes filles tcherkesses,
vers 15 ans (avant que leur poitrine ne se développe), portaient
un corset en bois très serré habillé d’un
tissu épais enserrant continuellement leur poitrine et empêchant
le développement des seins, dont l’expression était
honteuse et le développement peu compatible avec l’équitation
que les femmes pratiquaient traditionnellement. Cette compression du
thorax entraînait beaucoup de problèmes médicaux
et cette coutume n’existe plus depuis au moins 200 ans. Lors du
mariage, le marié devait en couper les attaches. Si le marié
blessait sa jeune épouse, cela était jugé honteux
traduisant qu’il n’avait pas maîtrisé son geste.
Bien
que les Tcherkesses soient musulmans et que l’islam permette à
l’homme de prendre plus d’une femme, ils sont monogames
et le divorce est très rare, la coutume des rencontres permettant
de connaître son épouse (ou son époux) parfaitement. Depuis la perte progressive des coutumes,
le divorce progresse. Dans
le passé, les mariages consanguins n’existaient pas. Actuellement,
de par leur implantation dans le Moyen-Orient, certains Tcherkesses
se marient avec des cousins, ou cousines, malgré les connaissances
médicales actuelles concernant la transmission des maladies génétiques.
Dans
les villages, les épouses habitaient toujours chez leurs beaux-parents.
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Le rôle
et la place de la femme dans la société tcherkesse Dans
le monde entier, la femme tcherkesse était demandée pour
sa beauté, sa féminité et son éducation
(cf. le roman « Aziadé » qui relate l’amour
de Pierre Loti pour une femme tcherkesse, en Turquie). Napoléon a
toujours compris l’importance du rôle des femmes et des
mères : « Une femme qui berce un enfant avec la main
droite, berce le monde entier avec sa main gauche ». Cette
maxime s’applique parfaitement à la pensée tcherkesse.
Par
rapport au rôle et à la place de la femme dans les sociétés
occidentale et orientale, la femme tcherkesse a eu, de tout temps, une
place prépondérante dans son groupe ethnique. Mais il
est difficile de parler d’égalité entre hommes et
femmes dans la mesure où chaque groupe avait sa spécificité
et ses responsabilités : l’homme travaillait en dehors
de la maison, il était autrefois guerrier, il est aujourd’hui
fonctionnaire, travaille dans des entreprises, ou dans les champs, sa
préoccupation première étant de ramener de quoi
faire vivre sa famille. Quant à la femme, trois rôles principaux,
et non des moindres, lui incombaient : On
remarque ainsi que l’homme était uniquement le soutien
économique de la famille. Il n’intervenait dans la vie
de famille qu’en cas de litige très important. Le
dialogue et le respect mutuel ont toujours existé entre la femme
et l’homme, et les enfants suivaient l’exemple de leurs
parents. Le respect s’imposait naturellement : la femme respectait
son mari devant ses enfants et les enfants apprenaient ainsi à
respecter leur père. Les adultes respectaient également
les enfants qui à leur tour, devaient respecter les adultes.
Les châtiments corporels vis-à-vis des enfants n’existaient
pas chez les Tcherkesses. La règle voulait que le dialogue et
l’exemple remplacent la force. La notion de responsabilité
aidait les enfants à éviter les conduites qui risquaient
d’entraîner un sentiment de honte chez eux et au sein de
la communauté, surtout lorsqu’ils ne respectaient pas les
coutumes. L’éducation
se fait librement, mais en privilégiant toujours les sentiments
« nobles » sensés représenter les
Tcherkesses (honneur, courage, franchise, fidélité…).
Ce respect se retrouve dans la coutume qui obligeait le cavalier qui
croisait une femme à descendre de cheval pour l’accompagner
jusqu’à sa maison ou qui ne devait remonter sur sa monture
que lorsqu’il l’avait dépassée. Enfin,
certaines femmes, plutôt âgées et avec une grande
expérience, occupaient des postes de gestionnaires de villages
(maires), mais aussi, plus simplement, pouvaient gérer une famille
complète (enfants, petits-enfants, cousins…). La femme
avait habituellement la capacité de résoudre des problèmes
avec diplomatie et justesse, sachant critiquer avec douceur, alors que
la force et la brutalité correspondaient plus au comportement
masculin (en référence au guerrier tcherkesse). La tradition
de galanterie tcherkesse impliquait que lors d’une querelle, si
violente soit-elle, entre deux hommes, si une femme laissait tomber
son mouchoir entre deux combattants, ils cessaient immédiatement
les hostilités. On
retrouve chez la majorité des Tcherkesses un caractère
dominateur de leader. Ils réussissent leur vie individuellement,
mais peuvent difficilement suivre un chef, chacun se trouvant capable
d’occuper cette place. La mère inculque à ses enfants
la notion de respect et d’honneur, mais aussi celle de liberté
de pensée et d’indépendance. Cette caractéristique
se retrouve dans l’histoire : la seule fois où des
Tcherkesses ont créé un État durable et solide,
c’était au temps des Mamelouks d’Égypte. Les
leaders tcherkesses dirigeaient alors des peuples non tcherkesses. Ceci
tendrait à prouver qu’ils ne pouvaient pas se diriger eux
mêmes : soit ils étaient sous une domination (ottomans
en Turquie), tout en accédant à de nombreux postes de
hauts dignitaires, soit ils dirigeaient d’autres peuples que des
Tcherkesses (Mamelouks en Égypte et en Syrie). De ce fait, dans
le passé, le facteur essentiel qui divisait les Tcherkesses était
une forte rivalité entre les différents clans. Chacun
pensait en effet avoir une origine noble avec le sentiment de supériorité
qui en découlait. Cette utopie a heureusement disparu. Malgré
tout, jusqu’à ce jour, aucune langue commune n’a
pu être adoptée pour rassembler tous les Tcherkesses (comme
les Français et les Arabes) (*). (* Une légende
raconte que Dieu, en distribuant les langues dans le monde, après
avoir donné une langue à chaque pays, était arrivé
au-dessus des montagnes du Caucase. L’accès difficile de
ces montagnes avait entraîné la chute de toutes les langues
qui restaient dans les sacoches de son cheval. C’est ainsi que
le Caucase recense une si grande multitude de langues) |
Par
Yachar Saillet
Dans les villages tcherkesses,
la vie sociale était organisée de telle manière qu’un
contrôle permanent était institué par tous les membres
de la communauté, du fait que tout le monde se connaissait et qu’un
manquement aux coutumes était immédiatement jugé comme
honteux (manque de respect et déshonneur, par exemples). Malgré
tout, litiges, conflits et querelles sont réglés au sein de
la famille, entre le père, la mère et les enfants, sans intervention
extérieure. Cette coutume de respect et d’honneur était
fixée dans l’esprit de chacun sans qu’aucune violence ne
soit indispensable entre hommes, femmes et enfants. « Si on aime,
on respecte », « si on respecte, on aime et on est fidèle ».
Cette idée est essentielle dans l’éducation tcherkesse.
Ces notions de respect, de confiance et de fidélité, véhiculées
par les femmes tcherkesses construisaient une société solide,
droite et honorable, où la parole devait être respectée,
la confiance non bafouée. La jeune fille a le droit de recevoir ou
de sortir seule avec un garçon. En effet, ce dernier doit toujours
la respecter et la protéger. Elle sait qu’elle peut avoir confiance
lorsqu’elle se fait raccompagner, sinon la honte serait terrible pour
le garçon qui ne l’aurait pas respectée. Ce sont ces notions
qui ont été les plus préservées jusqu’à
présent au niveau de la diaspora tcherkesse.
Quand Napoléon a fait prisonnier Mourad Bek, en Égypte, après
avoir appris qu’elle était montée sur une colline pour
voir la prison où était son mari, il a proposé à
cette femme, d’une beauté exceptionnelle, de libérer son
époux durant 24 heures pour qu’ils se voient tranquillement,
mais elle a refusé. En effet, une femme tcherkesse ne montrera jamais
sa faiblesse et ne ternira jamais la réputation de son mari en acceptant
un « cadeau » de son ennemi, même si elle doit
en souffrir. Dans la tradition tcherkesse, la femme est l’égale
de l’homme, en honneur, en bravoure, comme d’ailleurs, il faut
le reconnaître, en beauté.
L’histoire proche et lointaine des Tcherkesses en a fait un peuple fier,
qui a su survivre à des siècles de guerre et d’exil par
le courage d’une intégration volontaire sans perdre ses traditions
séculaires.