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« La France et le Pakistan entretiennent des relations fortes et nous avons beaucoup de respect pour les Français » Rencontre avec Shaukat Aziz, Premier ministre de la République islamique du Pakistan, depuis août 2004. Entretien réalisé par Delphine Evmoon.
Faits& Projets : Quels sont les atouts du Pakistan et comptez-vous promouvoir son potentiel touristique ? Shaukat Aziz : Le Pakistan possède un héritage culturel et historique important. La Route de la soie, en partance de Chine, passait par le nord du Pakistan, devenu par ailleurs un paradis pour les montagnards car six des plus hauts pics mondiaux se situent sur notre territoire. La civilisation de l’Indus est l’une des plus anciennes du monde. Nous avons également un héritage bouddhiste, celui du Gandhara. Le Pakistan a des liens avec la Grèce via Alexandre le Grand qui est passé par nos terres. Les Moghols sont arrivés d’Asie centrale et d’Afghanistan, et ont laissé leur empreinte architecturale, notamment à Lahore. Tout cet héritage a eu un impact sur notre culture, notre cuisine, nos tenues vestimentaires, notre musique et notre art. Le Pakistan est un riche amalgame de ces différentes cultures ce qui en fait un pays passionnant. L’histoire, la beauté naturelle et la chaleur de sa population en font sa force. Pour toutes ces raisons, le Pakistan pourrait être un paradis touristique, mais nous devons le promouvoir, ce que nous n’avons pas fait jusqu’à maintenant. Mais nous y travaillons. Nous pouvons offrir un tourisme de « niche » à ceux qui souhaitent respirer le parfum local, sur des thèmes comme le bouddhisme, la beauté naturelle et la montagne, l’héritage des Moghols, la culture, la cuisine et la vallée de l’Indus. Nous devons également augmenter le nombre de vols sur le Pakistan pour faciliter l’arrivée des touristes ainsi que développer davantage les moyens de transport intérieurs. De nouveaux hôtels sont en construction, notamment dans les grandes villes comme Islamabad, Lahore et Karachi, où il est parfois difficile de se loger. L’économie étant en pleine croissance, de nombreux hommes d’affaires du monde entier viennent déjà au Pakistan. Islamabad, une capitale très agréable, est le centre d’accès naturel au Pakistan d’où les touristes peuvent rayonner dans tout le pays. Le Pakistan est un pays sécuritaire bien que la perception d’insécurité plane dans les esprits des étrangers. Nous avons beaucoup à faire. Quels sont les besoins du Pakistan en termes d’investissements étrangers ?Le Pakistan est ouvert à tous les secteurs. De plus, selon nos lois, il est possible d’investir sans restrictions et de posséder, si on le souhaite, 100 % du capital. Quelque 600 compagnies étrangères sont déjà implantées au Pakistan, dont les plus importantes multinationales comme Total, Danone, Lu, Shell, Unilever, Alcatel, Siemens…, car les opportunités sont réelles. Le rôle du gouvernement est de leur ouvrir la porte. L’économie est en pleine croissance et la classe moyenne augmente avec un pouvoir d’achat de plus en plus important, ce qui est un bon indicatif économique. Les besoins principaux en matière d’investissements étrangers vont des secteurs de l’agroalimentaire (comme Nestlé) à la production industrielle (comme Honda, Toyota et Susuki qui fabriquent pour le marché local et maintenant pour l’exportation), incluant la production d’électricité (la demande augmente et nous encourageons le secteur privé à venir installer des centrales électriques), le textile où le Pakistan est mondialement très bien positionné (vêtements et tissus d’ameublement), les technologies de l’information et les télécommunications (comme Alcatel), et l’immobilier et la construction (hôtels, ponts, barrages, routes, immeubles…). Quel est le rôle de la Banque mondiale au Pakistan ? Le Pakistan est en relation avec de nombreuses institutions internationales, dont la Banque mondiale. Elle est un partenaire stratégique de développement pour le Pakistan. Elle nous aide, notamment, dans les domaines des infrastructures, de l’électricité, de l’éducation, de la santé ainsi que dans les réformes financières, agricoles et nous aide à mettre en place des programmes pour éradiquer la pauvreté. La Banque mondiale nous apporte un support financier et technique. Mais tous les programmes que nous réalisons ensemble sont pilotés et dirigés par le gouvernement pakistanais. Avez-vous mis en place un (ou plusieurs) programme pour réduire la pauvreté et augmenter le niveau d’éducation de la population ? Le gouvernement du Pakistan se focalise sur le secteur social. Nous voulons donner à la population une éducation, des soins de santé et l’opportunité d’une meilleure vie, surtout dans les zones rurales où la majorité des habitants habite et où le niveau de pauvreté est le plus élevé. D’ici à 2007, tous les villages pakistanais auront l’électricité, l’eau potable et des routes. Nous nous focalisons également sur les femmes qui représentent la moitié de la population et qu’aucun pays au monde ne devrait négliger. Nous essayons, à travers les lois, de leur donner des droits égaux à ceux des hommes. Elles doivent avoir du pouvoir dans la société où elles ont toute leur place. De nos jours, elles ne sont plus seulement en charge d’élever les enfants et de tenir la maison. Maintenant, elles travaillent de plus en plus et deviennent une source de revenus pour le foyer. Par exemple, dans nos gouvernements locaux, 33 % des élus sont des femmes et ceci selon un décret de la loi. C’est davantage que dans certains pays du monde. Nous avons également une banque pour les femmes qui peut leur allouer des micro-crédits. Nous avons des traditions au Pakistan sur lesquelles nous devons travailler afin de faire accepter à tous que les femmes ont un rôle majeur à jouer dans la société et cela passera, notamment, par le biais de l’éducation.Un message pour les Français ? Le Pakistan est un pays modéré et grand, avec quelque 150 millions d’habitants, au riche héritage culturel et historique. Les Pakistanais sont chaleureux, grands travailleurs et vivant paisiblement. Le Pakistan a un rôle majeur à jouer dans cette partie du monde. Nous avons plusieurs défis : lutter contre le terrorisme, aider à la paix dans la région, augmenter le niveau de vie de notre population et accroître la croissance économique. La France et le Pakistan entretiennent des relations fortes et nous avons beaucoup de respect pour les Français. Le président Jacques Chirac est admiré par de nombreux Pakistanais comme un chef de file international. La position de la France concernant les plus importantes décisions de politique internationale est respectée par les Pakistanais. Nous admirons également la richesse de l’art, la culture, l’histoire, la cuisine et la mode françaises. Nous pensons que la France et le Pakistan peuvent faire davantage ensemble, et que plus de Français devraient venir au Pakistan. Nous avons déjà une bonne coopération dans différents domaines comme dans celui de la défense et de l’économie. La haute-technologie française est également admirée dans mon pays et les produits français, de qualité, sont les bienvenus. Nos deux pays devraient échanger davantage. Je dirais au Français de venir et de voir par eux-mêmes ce qu’est le Pakistan, c’est-à-dire un pays chaleureux et tranquille. La perception du Pakistan, de ses habitants et de leur foi islamique existant aujourd’hui dans l’esprit des Français est totalement injustifiée. Nous essayons de corriger cette perception. L’islam est une religion de paix et harmonieuse. L’image créée n’est pas la réalité. Mais nous en sommes conscients et nous ne sommes pas sur la défensive par rapport à cela. La meilleure manière de s’en rendre compte est de venir au Pakistan. |