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Les
femmes pakistanaises contemporaines : Par Annie Krieger - Krynicki
Bégum et Bibi du Pakistan Bégum, un titre de noblesse dans l’Inde des Grands Moghols au XVIIème siècle, a fini par devenir un titre de courtoisie, alors que Bibi signifie simplement « madame » dans le Pakistan moderne où la situation des femmes oppose deux images chocs et antagonistes : celle de la jeune fille moderne et émancipée, issue parfois d’une lignée de féodaux, devenue Top Model par caprice et posant ou défilant dans des costumes fastueux et suggestifs, et celle de la victime du kari–karo, fille, femme ou sœur, immolée pour venger l’honneur mal compris du clan ou de la famille. Quant à la burqa, elle n’a jamais été portée dans le pays comme en Afghanistan ou dans les aires tribales avoisinantes. Ce fut, à l’origine, un vêtement de la cour moghole : celle-ci étant itinérante, les princesses et les dames, pour se détendre des longs cheminements à dos d’éléphant, revêtaient cette housse, grillagée à hauteur des yeux, pour monter à cheval en se protégeant des atteintes de la boue ou de la poussière. Cette mode fut adoptée par des femmes moins illustres et ce mouvement de snobisme vestimentaire transforma la housse en geôle ambulante. La réalité est entre ces deux extrêmes : la présence discrète et constante de la femme dans la vie sociale, politique et artistique. Cette position acquise patiemment doit encore plus à l’évolution sociale et économique qu’à l’arsenal des textes qui ont tantôt protégé son statut contre la coutume et tantôt aggravé dans la décennie 80. Le cadre légal Dans une société fortement patriarcale, l’Ordonnance sur la famille, adoptée sous le maréchal-président Ayoub Khan en 1961 et toujours en vigueur, a préservé les droits de la femme, n’autorisant le mariage qu’à 16 ans pour les filles. À leur majorité, elles ont le libre choix personnel de leur futur époux ; ce qui a été confirmé par la Haute-Cour de Peshawar en 2004. Il interdit la polygamie, sauf autorisation expresse de la première épouse. Cette situation est très rare : moins de 4 % des hommes sont polygames et la création d’un état civil en 1970 a officialisé mariages et divorces ainsi que les changements d’état et la filiation. Le divorce est régi par l’acte sur la dissolution du mariage de 1939, adapté à la loi religieuse ou charia. Son taux actuel dans la société est de 21 % des unions. Facilité de divorce, mais protection de la femme grâce au reversement de la dot. En vertu d’un acte de 1976, le montant de la dot et des cadeaux versés aux futurs époux a été considérablement réduit pour faciliter les mariages et éviter que le mari ne se refuse à ce reversement en cas de demande de divorce de son épouse. Celle-ci, par le mariage, ne perd pas ses droits inaliénables en vertu de la Constitution, dont celui d’aller et de venir où bon lui semble et de choisir sa résidence, ce qu’a confirmé un arrêt de la Haute-Cour de Justice de Lahore en décembre 2004. En cas de divorce, la garde des enfants a été réglée dans un sens favorable à la mère jusqu’en 1962 par les cours spécialisées en matière familiale. De 1981 à 1988, une évolution est amorcée en faveur des pères, attribuée au général Zia ul Haq, mais le même mouvement s’était dessiné en ce sens dans les pays occidentaux. Mais, il est certain que la loi sur le mode de preuve (ou évidence) de 1983 a été ressentie comme vexatoire par les femmes devant être désormais deux pour contrebalancer le témoignage d’un seul homme. La loi sur le Hadood (punition extrême) a mené des femmes innocentes en détention provisoire, faute d’éléments suffisants de preuve pour les faire condamner pour adultère (quatre témoins de visu et de bonne moralité). Femmes et enfants sont protégés par l’adoption de textes ou de conventions portant sur le travail forcé ou le travail avant l’âge de 14 ans. Mais, là encore, les conditions économiques difficiles l’emportent sur le respect des textes. Femmes et enfants sont associés aux travaux des champs dans un pays qui reste rural à 45 % en dépit des progrès de son industrialisation et de son avancée dans le domaine du textile. La condition rurale a d’ailleurs évolué du fait de la télévision, des films et des séries, qui fascinent les femmes, avec la création du « Parlour beauty », où s’élaborent coiffures, parures et vêtements de mariage inspirés des héroïnes de films historiques sur l’époque moghole. Une « Marriage Ordinance » a même dû imposer des restrictions (pas plus de trois plats) pour que les familles ne se ruinent pas en banquets et festivités. Les difficultés économiques, la crise de l’exportation du coton, les difficultés d’immigration rendant nécessaire un deuxième salaire ont paradoxalement servi les femmes dans un mouvement d’émancipation irréversible. Ces activités féminines dans les secteurs administratif ou tertiaire se sont aussi développées sous la pression des associations féminines. Solidarité et féminisme Les gardes, uniformes rouges et turbans blancs, d’où jaillit l’aigrette de mousseline, se figent sous les lustres étincelants. Une femme s’avance, petite, replète dans son sari couleur de pensée. Des yeux noirs immenses, presque globuleux, au regard las, puis soudain une étincelle vive lorsqu’elle prend la parole devant un auditoire très attentif de hauts-fonctionnaires en tuniques noires, de femmes en sari multicolore, qui attendent la première prestation de celle qui est le nouveau gouverneur de la province du Sind et nommée en 1972 par Zulfikar Ali Bhutto, Premier ministre. Soudain, glisse sur cette vision chatoyante, l’écran gris et noir d’une vieille photo des années 30 : la même femme dans un parc anglais, le cheveu court en manteau de soie à col de renard ; derrière son visage carré au regard énergique, les lunettes en hublot de son mari, le fidèle des fidèles, Liaquat Ali Khan. À sa gauche, timide et élancée, Dina, et, à l’arrière-plan, triste et méditatif, son père, Mohammed Ali Jinnah, avec son élégance raffinée. La bégum Liaquat Ali Khan et son mari sont venus l’adjurer de revenir, car il avait pris le parti d’un exil doré au sein du Conseil de la Couronne, faute d’avoir pu obtenir du parti du Congrès un statut politique égal pour les musulmans dans un futur État unitaire. À la partition, brigadier général des Forces féminines, elle fit appel aux femmes du nouveau Pakistan : celles-ci quittèrent le purdah pour aider, soigner et nourrir les réfugiés des camps. Époque cruelle, dont témoigne, à Basira, dans un district du Penjab, une tombe élevée en 1987 à la mémoire d’une très vieille femme qui avait perdu ses cinq enfants assassinés dans l’exode. Devenue à moitié folle, elle ne trouva de soulagement qu’en aidant plusieurs générations d’autres enfants du village qui l’avait recueillie. Le lieu attire les pèlerinages de femmes et d’enfants malades de la province. Veuve du Premier ministre, fondatrice de l’« All Women Pakistan association », elle poursuivit son œuvre, envoyant des aides sociales, des infirmières et des sage-femmes, dans les régions rurales les plus éloignées, favorisant aussi le développement d’un artisanat domestique, revendu dans des coopératives. En 1992, dans le mausolée de Mohammed Ali Jinnah à Karachi aux parois de marbre blanc et glacé, scintillent, au fond de la crypte, deux sarcophages aux arabesques dorées renfermant les corps de la sœur fidèle Fatima Jinnah et du Premier ministre assassiné en 1947, Liaquat Ali Khan. Une tombe en ciment attend les inscriptions et les versets apaisants du Coran : la bégum les a rejoint en 1990. Dehors, les femmes, dupatta autour du cou ou sur la tête, mousselines voletant à l’air marin, se font photographier sous le soleil de feu en mémoire de celle qui leur a ouvert les portes de la cage. D’autres associations ont vu le jour : l’« Aurat Foundation » (Fondation de la femme) s’efforce, depuis 1976, d’apporter une conciliation entre les exigences religieuses et les contraintes de la vie moderne, tentant aussi de dégager les femmes de la gangue des traditions tribales, sans aucune justification d’ordre religieux. Du reste, de nombreuses associations font appel à des théologiens ou à des mollahs libéraux pour une relecture du Coran ou des hadiths afin que leur sens profond soit compris dans toute sa pureté par le législateur. Des femmes, en 1972, en avaient même demandé une traduction et une diffusion en ourdou pour se pénétrer plus profondément des textes sacrés. D’autres associations laïques militent depuis 1982 contre les lois du général Zia ul Haq et, en particulier, contre les Sharia Courts (tribunaux religieux en charge des affaires familiales). Le « Women action forum » avait protesté contre le projet d’universités séparées, qui a d’ailleurs échoué en grande partie, faute d’enseignants en nombre suffisant. Il a demandé et obtenu l’augmentation des sièges réservés aux femmes dans les élections. Le « Shirkat Gah », créé en 1976, contribue à apporter une aide aux femmes, veuves ou divorcées sans ressources et à celles qui ne bénéficient que d’un petit salaire. Spécialisée dans le monde du travail, la « Pakistan Business and Professionnal Women Federation » regroupe les femmes cadres et chefs d’entreprises pour assurer leur promotion avec, en arrière-plan, des préoccupations écologiques. Le « Women Front » s’est attaché à soutenir les anciennes et futures étudiantes. Dans les années 90, une banque dirigée par les femmes fut instituée pour fournir à d’autres femmes des micro-crédits pour le lancement de petites entreprises artisanales. Mais, il semble que dans les nouvelles générations, le féminisme perde du terrain après la mobilisation contre les lois des années 80. Toutefois, le refus, en 1999, de condamner par une législation appropriée le tristement fameux kari-karo, a provoqué une levée de boucliers de toutes les associations contre le Sénat. L’illustration du féminisme dans la peinture Au cours de la décennie 80, un mouvement de femmes artistes a exprimé la révolte, la colère ou les souffrances de leurs contemporaines. Elles-mêmes avaient déjà éprouvé de grandes difficultés pour atteindre le statut d’artiste à part entière, à égalité avec leurs homologues masculins. Peu à peu, elles se sont formées dans des écoles d’art à Lahore, Karachi, voire en Angleterre ou aux États-Unis, l’enseignement artistique n’étant plus un art d’agrément et un faire valoir pour jeunes filles désœuvrées. Aussi, le « National Art College » de Lahore a-t-il formé des artistes comme Anna Molka Hamid et Zubeida Agha (1922-1997), placées au même rang du mouvement de la peinture post-moderne pakistanaise que les célèbres Chugtai, Shakir Ali et Sadequain. La technique parfaite de Zubeida Agha, inspirée par le soufisme, lui a permis de recevoir de nombreux prix, dont la médaille Pride of Performance en 1965. Ses admirateurs se plaignent qu’elle n’ait pas obtenu une plus grande renommée, la majorité de son œuvre étant contenue dans des collections privées, faute d’un musée d’art moderne suffisamment important. À sa mort, un prix a été créé afin d’honorer sa mémoire et d’encourager d’autres artistes. L’art était en effet devenu « le salut contre les traditions obscurantistes » et les galeries ont fleuri dans les grandes villes. À sa suite, le mouvement post-moderniste va devenir le vecteur d’un mouvement féministe mené par Mehr Afroze, Lubna Agha, Nahid Reza et, surtout, Salima Hashmi. Mehr Afroze, de 1994 à 2004, à travers ses cadrages or et brun où les femmes semblent prises au piège, expose des visages déformés par la torture ou l’effroi, les yeux exorbités. À l’inverse, suivant l’héritage des poètes ourdous, elle transforme la femme en icône, refusant tout compromis, refusant de biaiser ou d’accepter le consensus politique dans une révolte constante, mais aussi sans renouvellement majeur de ses thèmes. Lubna Agha, depuis ses expositions de1976, crie la même colère avec ses corps masculins démembrés et écartelés par revanche. Longtemps soutenue par le mouvement féministe de Californie où elle s’est installée, elle finit par éprouver la nostalgie de Lahore, de son Fort rouge, de ses vieilles portes et murailles, s’amusant à incruster, au fronton de ses panneaux abstraits les logos de Mc Donald’s, du FMI ou de la Maison-Blanche. La dévastation de la féminité exprimée dans ses paysages blancs redevient figurative avec la femme éplorée de « Sarajevo », cachant son visage de ses paumes, sur fond d’incendie rouge où tournoient des oiseaux de proie (1996). Puis, ce sont des vers de Roumi qui s’inscrivent désormais dans des broderies orientalistes transposées, des oiseaux et des paysages redevenus blanc et bleu. Nahid Reza, dans sa série « Femmes », respecte l’héritage aimable de Chugtai, la référence à la littérature ourdoue et persane dans ses thèmes, mais la femme est toujours derrière ses grilles, avant de reprendre sa liberté en 1998. Brusquement, sa colère explose en 2004 pour le compte d’une campagne contre les violences faites aux femmes avec ses toiles « Regards sur la liberté ». Colère plus intellectualisée, théorisée même, chez Salima Hashmi, peintre, professeur au Collège des Arts de Lahore et historienne de l’art. Dans une exposition qu’elle consacre à ses « sœurs du tiers-monde », sous le titre Poème pour Zainab, est figurée, dans une tonalité grise et or, cette jeune femme torturée par son mari, un imam adjoint de Peshawar, à la suite d’une sordide affaire de famille (elle avait refusé que sa propre sœur épouse le frère de l’imam, de peur qu’elle ne soit aussi malheureuse qu’elle). Benazir Bhutto, Premier ministre, la fit transporter dans un hôpital de Londres où elle recouvra son intégrité physique et Zainab devint le symbole, la personnification du martyrologe féminine à travers la peinture. Lyrique sans être morbide, Salima Hashmi peignit aussi des femmes bâillonnées, attachées, éperdues sous des déluges, des trombes de feu et de flammes, images du Karachi des années terribles. Elle a exprimé ses objectifs, « construire le visible », dans un ouvrage collectif 50 ans d’art au Pakistan (1998). Dans son ouvrage tout personnel, Dévoiler le visible, elle lègue à la postérité les femmes artistes les plus représentatives, dont Esmet Rahim, la femme de l’ancien ministre de Zulfikar Ali Bhutto, JA Rahim, aux toiles quasi surréalistes, qui fit partie de la Simla Season réunissant, dans cette station d’été, des femmes peintres. Elle s’est nettement séparée de la conception de Zubeida Agha qui refusait cette expression d’artistes femmes, en disant : « Y a-il un genre masculin ou féminin en art ? », tout en reconnaissant une « certaine sensibilité particulière à son sexe ». Signataire en 1983 du Manifeste des 50 artistes à Lahore prônant la réunion des femmes, inspirée par Faiz Ahmed Faiz (1911-1986), le poète tiers-mondiste et révolté, jadis emprisonné, sur l’une de ses toiles, elle déploie la diaprure chatoyante de plumes de faisan ou d’un châle du Cachemire, traversée par un calice de lys noir, profond comme une blessure de sexe féminin. Titulaire en 1999 d’un Pride of Performance, dans ses cours et ses conférences, elle revendique toujours la différence et, en 2004, reprend le thème des femmes bâillonnées avec la volonté d’expérimenter une nouvelle forme d’art, impliquée dans la vie, afin d’accompagner la démarche des femmes poètes. Dans le même registre : méfiance, révolte, ressentiment envers la condition imposée aux femmes, on trouve Noorjahan Bilgrami avec, en 1993, ses taches, couleur primordiale de la Terre, impressionnantes, très structurées sur fond noir, rappel du climat sinistre de Karachi, livrée au terrorisme aveugle et mystérieux de ce temps-là. Et toujours ces formes carrées ou grillagées, geôles ou enfermement, caractéristiques de la condition féminine comme dans le beau poème ourdou de Fehmida Riaz, Chadur ou chardi-wari (le tchador ou les quatre murs). Grammaire de formes constamment respectée comme chez Sahiba Gillani avec ses femmes aux visages encastrés dans de petits carrés, écrasés par une toute puissante et aérienne architecture moghole ; signe de l’impérialisme masculin ? Sumaya Durrani joue avec les signes du Pop Art des années 70 : nus de femmes, découpés dans des magasines ou copié de la Bethsabée au bain de Rembrandt, sur fond d’assiettes et de nappes en papier dentelles. Selon Salima Hashmi qui fait de son élève et protégée « un cas de provocation », elle donne une « vision des femmes regardant des hommes qui regardent des femmes », exprimant aussi « la manipulation mâle d’une femme » dans ses nus sans visage (exposition à l’Unesco en 1996). Mais, à cette date, elle amorce un retour vers une stylisation de motifs orientaux de bijoux, dont elle était styliste aux États-Unis et qu’elle emprunte désormais aux traditions des provinces pakistanaises. Peintres, lithographes, graveurs, plasticiens ont donc donné, à l’art moderne du Pakistan, par leur initiative première, leur originalité, leur révolte, puis un certain apaisement, certes vigilant, un genre inimitable et à inscrire au crédit des femmes. Poésie et romans au féminin Des femmes, des hommes dans un salon d’hôtel ou dans la salle d’une université, se lèvent à tour de rôle, récitent, improvisent, lisent des poèmes, le plus souvent en ourdou, langue officielle du Pakistan, l’ancienne langue des camps militaires moghols, mélange de persan, d’arabe avec une grammaire indo-européenne et qui a pris, peu à peu, ses lettres de noblesse littéraire. Un homme à cheveux de neige au-dessus de son visage sombre, d’une voix d’oiseau, chante un poème de Shah Abdul Latif. Une femme, très belle en sari bleu brodé, enchaîne avec un autre verset puis elle lit ses propres vers sur le départ de l’aimé. Une autre, superbe Junon aux yeux soulignés de khôl, en sari blanc pailleté d’argent, improvise quelques vers à partir d’un mot lancé par un autre convive. Elle est professeur d’ourdou à l’Université d’Islamabad et a publié plusieurs recueils. L’échanson circule, mais il ne verse pas du vin comme celui de Hafiz, mais du thé à la cardamome. Une administratrice très austère, chargée d’attribuer des subventions pour l’éducation primaire, se lance à son tour, inspirée par la contemplation d’une stèle fraîchement découverte dans la verdure de Swat et qui porte le nom de Sikander, l’Alexandre qui a laissé ses fils blonds aux yeux bleus sur le chemin de la Bactriane. Un poète se dresse, le cheveu ébouriffé, la kamiz brodée entrouverte sur la poitrine. Il est venu, en 1947, de l’Uttar Pradesh en Inde et chante sa nouvelle patrie après ce voyage épouvantable : poignets et mains coupés dans un jet rouge qui souilla le wagon. La femme, en bleu, réplique : elle porte au front la macule rouge du sang de son jeune frère, mutilé entre les deux Penjab. Puis, après quelques improvisations pour s’échauffer, chacun se renvoie la balle avec des jeux de mots, des traits d’esprit et cela durera jusqu’à minuit dans un feu d’artifice de métaphores et d’images. Ainsi en était-il au XVIIème siècle à la cour de Zebunissa, la fille du dernier Grand Moghol, l’empereur Aureng Zeb. Dans ses palais de Delhi, dans le Fort Rouge de Lahore, séparée avec ses dames, elles-aussi poétesses, par une claustra d’argent de ses poètes familiers, s’échangeaient des vers et s’improvisaient des rimes en persan. Mêlée imprudemment à une conspiration tramée par son jeune frère, elle fut emprisonnée pendant vingt dans un îlot forteresse. Elle s’y consuma en exprimant sa douleur, l’ingratitude des courtisans et des amis, la fuite du temps et de sa beauté célèbre, toujours à la recherche de l’amour divin, mais « jamais sa tête coiffée du turban royal ne se ploya ». À sa mort, des mains pieuses recueillirent ses chants émouvants en un diwan publié et pas oublié ; sa tombe l’est en revanche ; perdue dans un faubourg de Lahore, après la porte de Chauburgi Bagh, couverte de céramiques brillantes et qui se dressait à l’entrée de son jardin détruit. Accents à la Zebunissa dans ce poème publié par un quotidien de Karachi en 1990 : « Qu’il est court l’espace de vie qui nous a été donné, forcé de le passer sous la menace du fusil ou du couteau. Quand la compassion s’éveillera t-elle enfin ? », s’exclame Rizwana Nasir. Beaucoup de femmes et d’hommes au Pakistan s’expriment ainsi en vers dès leur plus jeune âge sur les sujets du jour, courrier versifié des lecteurs. Plus officiellement l’Académie des lettres du Pakistan, en décembre 2004, a organisé un congrès des spécialistes de Faiz Ahmed Faiz, avec des lectures des poèmes de ce révolté proche des gens du peuple et du tiers-monde. La poésie est donc riche, en particulier féminine, le plus souvent en ourdou, mais aussi en sindhi, dérivé du sanscrit, langue de la province du Sind et devenue par la grâce de Zulfikar Ali Bhutto, langue officielle. Également en siraïki, proche du cachemiri, en penjabi et en pachtou, expression épique des Pathans. Les femmes expriment en métaphores, souvent avec pudeur, mais aussi avec révolte, pour celles portées par la vague féministe parallèle à celle des artistes, la condition féminine. Les thèmes reviennent ; ils ont été regroupés à partir des poèmes d’une quarantaine de femmes, traduits de leurs langues originaires en anglais par les soins de l’Académie des lettres. Car le problème se pose de l’acculturation, souligné très crûment par la romancière Kadidja Mastur, chef de file de toute une lignée de romancières en ourdou, titulaire de prix littéraires et qui déclarait « qu’entre celui qui sait l’Anglais et celui qui l’ignore, il y a autant de différence qu’entre un âne et un cheval ». Certaines artistes ont donc écrit directement en anglais. C’est le cas de Maki Kureshi, poète célèbre depuis des décennies, professeur à l’Université de Karachi. Son poème Kittens, fleuron de toutes les anthologies, décrit avec une cruauté minutieuse le supplice des chatons à l’abandon et voués à l’inanition dans le bazar ou noyés savamment par les occidentaux. Pour conclure sans illusion que la cruauté à l’Occident ou à l’Orient est la même… La majorité des auteurs sont professeurs dans les différents degrés de l’enseignement ou fonctionnaires, participent ou produisent des émissions de radios et de télévision, ou écrivent dans les journaux et les magasines car, au Pakistan, comme partout ailleurs, la seule poésie ne nourrit pas sa femme ! Sultana Waqasi, pour avoir vu trop de choses comme experte en problèmes sociaux et journaliste sindhi, cède aussi à la révolte, « contre le port de masques… Tout n’est qu’illusion dans cette société, joie ou tristesse » et, à la découverte de soi, elle en arrive à « se haïr » à force d’entendre des éloges de gens sans valeur (dans Pénible vérité). Pour Shaheen Mufti, « l’obscurité assiège la porte et la calamité » (Le siège). Que faire aussi devant le vide de la vie ? Nasreen A Bhatti (haut responsable à la télévision de Lahore) écrit en penjabi et en ourdou outre des poèmes, des livres sur l’art et traite la femme abandonnée avec sensibilité et naturel dans Bannissement : « Jamais amante, jamais aimée… Mon amour ne trouva jamais de lit… » Et dans Demi-poème : « Une femme folle d’amour pour son homme ne peut pas penser comme une autre femme ». Perveen Shakir, haut-fonctionnaire, bilingue en anglais et en ourdou, a obtenu le prix Adamjee de littérature pour son premier recueil de poèmes ; éditorialiste au quotidien Ô Jang, elle a reçu le Pride of Performance du Président de la République du Pakistan. Mais, on peut retenir d’elle ce simple, mais parfait poème : « Que suis-je dans ta vie, Ô mon aimé ? Dans la fraîcheur de la brise du matin, sous l’éclat de l’étoile du soir, dans la pluie dansante ou dans l’indifférence des après-midi ? Comment me prends-tu ? Comme une bouffée de cigarette, un toast porté au temps qui passe. Suis-je la distraction de tout un été ou seulement d’un long week-end ? ». Hasina Gul, prosateur et poète en ourdou et en pachtou, dans La poupée sans paroles, se voit « comme un jouet pour les enfants qu’on étreint ou qu’on rejette si on ne le brise pas à coup de pierres ». Pourtant, elle se sent parfois « emportée par la passion de l’Autre comme dans une tempête, folle et déshonorée, regrettant son extrême dépendance ». C’est, en effet, la dépréciation de soi, le sentiment d’être sans valeur qui revient dans beaucoup de textes comme Poupée de porcelaine de Saeeda Gazdar, novelliste et poète. Munawar Sultanan, qui a commencé à écrire en 1963 en sindhi, résume parfaitement la situation dans Captivité : « Le cœur et l’esprit captifs dans le corps, l’âme dans mon existence ; mon existence captive dans mon moi, mon moi captif dans la maison, ma maison captive dans ma province, ma province captive dans mon pays, mon pays captif dans le monde, le monde captif dans l’univers. Où trouver la liberté ? » Razia Kokhar, professeur associé, est l’auteur de pièces pour le théâtre et la télévision et d’un livre Femmes et passé du Sind. Dans Sur moi et les autres moi, elle parle de son dédoublement « solitaire », elle s’étonne de son goût à se faire « courtiser ». Mais, l’est-elle pour elle même ou « son prestige », craignant de se retrouver « seule si les temps du malheur surviennent ». Abandon, dévalorisation du soi, désillusion et révolte, qui s’expriment sous le voile de métaphores. Politique de révolte aussi chez Anisa Fatima, dans Pics de neige, pour la cause du Cachemire, puisqu’elle évoque « les tourmenteurs indiens qui coupent les ailes de la docile tourterelle » et le désastre : « poussière, détritus, flocons de laine jetés aux poubelles, coquelicots et lis souillés du sang répandu de la jeunesse ». Directement exprimée, la révolte contre la loi du haddood (punition extrême), instaurée par le régime du général Zia ul Haq, est dédiée aux filles qui souffrent d’emprisonnement. Zehra Nigah s’exprime à ce sujet : « J’ai des fers aux pieds et je suis libre ! », dit la prisonnière qui se console « d’un rai de lumière, sentier qui la ramènera dans sa maison et en appelle à un Seul Dieu juste et compatissant ». Zehra Nigah, toujours, reste dans la tradition de cette revendication féministe, mais avec un certain humour. Dans Nous les pécheresses, elle dit : « Nous les femmes qui ne respectons pas la grandeur de celles qui s’en vont voilées, qui ne vendons pas notre vie, qui ne courbons pas la tête tandis que celles qui vendent la moisson de leurs corps sont honorées, nous sommes les femmes accablées de péchés ! ». Fehmida Riaz, dans Chador et Chardiwvari, joue avec les deux sens du mot tchador comme prison ambulante, « char » égale quatre ou prison des quatre murs. « Pourquoi devrais-je porter ce tchador noir ? Pour quel usage ? Je ne suis ni pécheresse ni criminelle. Nous sommes les Bibis (Madames) qui attendent de remplir leurs vœux de mariage… Ce tchador est bon sur une carcasse pourrie ! J’en ferai une voile pour mon navire de course ! » Après cette génération sacrifiée ou combative pour laquelle la poésie fut le véhicule idéal pour exprimer les chagrins et les luttes, monte celle des jeunes romancières immigrées en Angleterre, au Canada et aux États-Unis et, entre deux cultures, nostalgiques du Pakistan quand elles sont en Occident, rêvant de la liberté d’autrefois, revenues en Orient. Kamila Shamsie a eu trente ans en 2004 et en 1999, elle avait déjà reçu le prix de littérature du Pakistan. Son ambition était d’être pour sa ville natale, Karachi, ce que Naguib Mahfouz fut au Caire et Lawrence Durrel pour Alexandrie. Le premier de sa trilogie La noble cité de la mer (1998) retrace la vision métaphorique de la politique cruelle à travers les fantasmes d’un enfant de onze ans alors que Sel et safran est la saga d’une riche famille de Karachi aux relations distinguées, mais qui cache un secret pesant sous des apparences élégantes. Kartographie, traduit en français, plus laborieux, est un conflit de générations, dans la famille encore déchirée par un secret lié à la partition du Bengale oriental et à une forme d’ostracisme. Sur fond de terrorisme larvé ou sanglant dans le Karachi des années 93, le marivaudage de quatre adolescents se poursuivra jusque dans leurs universités américaines. Il y a une sorte de climat désinvolte à la Sagan, déjà utilisé par la romancière Bano Qudsia, d’une autre génération, née en 1928, dans sa nouvelle remarquable La chercheuse avisée et titulaire d’une décoration pour son œuvre Sitara I Imtiaz. Uzma Aslam Khan a raconté, avec habileté, la machination d’une femme pauvre jouant la voyante et la magicienne auprès d’une riche bourgeoise, dont elle exploite la crédulité : cet affrontement entre deux mondes - celui de l’ouvrière et de la bourgeoisie décadente se terminera par un désastre. Ce premier roman, « tel un surplomb des enfers », a été salué par la critique au Pakistan. Le titre en est singulier : L’histoire de la pourriture noble, mais familier aux Français car c’est à base de ces raisins moisis que se fabrique le succulent vin de Sauternes ! Avec Transgression, fort peu conventionnel et très dur (traduit en France en 2004) sur fond d’attentats à Karachi, elle donne deux beaux portraits de femmes au foyer ou chef d’entreprise, également détruites par un amour impossible. « Les femmes passent leur temps à s’occuper des hommes et les hommes des hommes. Il faut voir dans cette utilisation différente du temps, la raison principale non reconnue de la disparité de leurs positions sociales ». Bhapsi Sidwa est une romancière consacrée. Cette parsie du Penjab, vivant en Amérique, conférencière dans les universités étrangères, a été heureusement traduite en français avec les délicieuses aventures de La Fiancée pakistanaise passant du désert jusqu’aux Havelis du vieux Lahore. Mister Candy, traduit lui aussi en 1997, décrit le ralliement au nouveau Pakistan d’une famille parsie de Lahore à travers les horreurs de la partition que surmontent deux générations de femmes énergiques et militantes. La vie intellectuelle a reçu un signe évident d’encouragement après le lancement, en 1993, d’une collection d’anthologies consacrée à la littérature et traduite en anglais depuis les langues du Pakistan, ce qui l’a rendue accessible à un plus grand public. En octobre 1995, cette volonté d’affirmation se concrétisera avec la tenue, à Islamabad, d’une conférence internationale sur le thème Littérature, culture et démocratie, sous l’égide de l’Académie d’histoire et des lettres du Pakistan. Parmi les thèmes, outre culture et développement, avaient été retenues littératures et résistances d’hier et d’aujourd’hui, les nouveaux courants littéraires et les perspectives internationales, le mysticisme et les défis du monde moderne, ainsi que la contribution des écrivains et des intellectuels à la paix mondiale, ce que retint tout particulièrement Benazir Bhutto, alors Premier ministre dans son discours d’intronisation. Ceux-ci, venus des cinq continents, au terme d’exposés et de discussions, eurent l’idée de profiter de cette opportunité pour rédiger une Charte des droits et des devoirs des intellectuels et des écrivains en y adjoignant tous les artistes. L’enseignement : une voie idéale pour la femme ? L’école de Gilgit est pimpante : récemment construite et fraîchement peinte en blanc, avec ses tables et ses bancs de bois couleur de miel. Mais les petits élèves préfèrent être assis en rond sur la prairie, face à l’institutrice qui inscrit des chiffres sur un tableau noir fiché dans la terre. Ils les recopient sur leurs ardoises posées sur leurs genoux. La jeune maîtresse d’école, en sari de coton fleuri, alterne les deux classes du matin et de l’après-midi, car elle est seule à enseigner. Il lui faut aussi convaincre les parents de lui envoyer leurs enfants. Car les fillettes ramassent les abricots et les tournent et les retournent sur les toits plats afin de les transformer en pièces d’or ou cueillent les pommes rouges dans les vergers. Le long de la rivière Gilgit, verte et tumultueuse, les garçons poussent avec le grand-père le chariot rempli de fanes de maïs ou rentrent les chèvres noires. L’institutrice, venue d’une autre province, n’a pas d’amies. Les femmes, dans ces Territoires du Nord, ne participent pas à la vie administrative et politique, en dépit des sièges qui leur sont réservés dans le conseil local. Et aux premières neiges d’octobre, l’école fermera ses volets de bois sur des fenêtres sans vitres, faute de chauffage. Les coupures d’électricité sont fréquentes surtout pendant les longs mois d’hiver dans cette pénéplaine, écrasée entre des montagnes. Le transformateur se fait attendre et la jeune femme ouvrira ses cahiers sous la lampe à pétrole. Au sentiment de solitude, s’ajoute parfois la perception de l’hostilité des familles qui lui reprochent de détourner les filles des travaux domestiques et de leur donner des rêves impossibles. Beaucoup d’institutrices demandent à être relevés de ces postes ruraux où la discrimination est palpable. Consciente de ce fossé qui augmente le pourcentage d’analphabétisme des filles, la conseillère pour le gouvernement fédéral, Nilofer Bakhtiar, a demandé que dans les livres scolaires, courage, honneur, hardiesse ne soient pas l’apanage des garçons et que les filles ne soient plus cantonnées dans une imagerie dépassée de mère ou d’épouses soumises. L’adaptation des programmes au monde moderne doit être aussi accélérée et la ministre de l’Éducation et de l’Alphabétisation du Sind, Hamida Khurho, en 2004, a préconisé un apprentissage de l’anglais sur le même plan que les langues locales ourdou ou sindhi, des mathématiques élémentaires, de l’histoire et de la géographie avec des éléments d’enseignement islamique. Car la laïcisation totale des universités constitue une pomme de discorde avec les mouvements politiques religieux, mais la création d’institutions réservées aux filles selon leurs vœux, a provoqué des situations paradoxales : à Peshawar, à la frontière nord-ouest très traditionaliste, le Collège médical féminin accueille 40 filles. Or, dans le Collège médical du Khyber voisin, 60 sièges leur sont réservés contre 78 pour les garçons, qui protestent contre cette injustice numérique. Mais, dans le Sind, l’université de technologie et d’ingénierie accueille, sans problème, 800 étudiants des deux sexes. Dans les universités multidisciplinaires de Karachi, d’Islamabad, de Lahore et de l’Azad Kashmir, les femmes sont désormais nombreuses à professer, de l’ourdou à la littérature anglaise en passant par la physique nucléaire, les mathématiques, le droit, la biologie, la pharmacie ou l’informatique et à poursuivre leur carrière d’enseignement ou de recherche avec les mêmes chances que leurs collègues masculins. L’enseignement, très bien considéré, a toujours été la voie royale pour les femmes de tous les milieux et le premier vecteur de leur émancipation professionnelle, mais souvent au détriment d’une vie familiale. Les femmes et la politique En dehors des activités classiques de la santé et de l’enseignement, les femmes se sont taillées leur place dans tous les secteurs professionnels. Deux d’entre elles ont même été majors de promotion du Civil Service, équivalent de l’ENA, durant l’ère Zia ul Haq. Restait l’ultime bastion à conquérir : la politique. Depuis la création du Pakistan, les femmes sont électrices au même titre que les hommes et ont toujours pleinement et librement exercé leur droit de vote (elles forment d’ailleurs 52 % du corps électoral). Elles doivent cette égalité à Fatima Jinnah (1893-1957), qui avait créé une aile féminine au sein de la Ligue musulmane présidée par son frère, le Quaid-e-Azam. Tous les partis, même religieux, ont d’ailleurs suivi cet exemple, à l’exception du Parti du peuple pakistanais de Zulfikar Ali Bhutto, qui a préféré la mixité. Fatima Jinnah ferma son cabinet de dentiste à Bombay, situation exceptionnelle à l’époque, pour suivre la carrière de son frère, tout en formant des militantes. Mohammed Ali Jinnah lui a rendu un juste hommage : « ma dette envers ma sœur est double, pour m’avoir permis de mener à bien mon œuvre et pour avoir libéré les femmes du Pakistan ». En 1954, elle se présenta d’ailleurs à l’élection à la Présidence de la république contre le maréchal Ayoub Khan, mais fut désavantagée par l’électorat restreint des « Démocraties de base ». Autre femme à marquer l’histoire politique, Benazir Bhutto, née en 1953, brillante étudiante en sciences politiques à Oxford et à Harvard, qui est, elle aussi, une héritière. Brisée par l’exécution de son père en 1979, elle reprit le flambeau du parti ; en résidence surveillée, puis exilée à Londres, elle revint triomphalement en 1986. Après la victoire de son parti, elle prêta serment comme Premier ministre en 1998. Une femme députée du Jamiat ul Ulema ayant objecté qu’une femme ne pouvait remplir de telles fonctions, Benazir Bhutto reçut l’appui d’un collège de théologiens et d’exégètes du Coran qui légitimèrent son élection. Cette « Fille de l’Orient », ainsi qu’elle se décrivit, s’attacha surtout à réhabiliter la mémoire paternelle. Au terme de la visite du président François Mitterrand, à Islamabad, en mars 1990, la jeune femme, flamboyante dans son manteau turquoise, blanc et or, barré du cordon rouge de la Légion d’honneur, comblée d’avoir enfin obtenu la vente de centrales nucléaires civiles, au moment de monter dans sa limousine, adressa un clin d’œil à la bégum Nusrat Bhutto, ministre d’État, pour la prendre à témoin de son triomphe. L’approbation familiale, et surtout maternelle, étant la récompense suprême. Démise de ses fonctions fin 90 par le Président de la république, elle revint au pouvoir, les élections de 1993 ayant remis en selle son parti. Mais, son œuvre politique a été obérée par des désastres familiaux et la mise en examen de son mari, Asif Zardari, qui a bénéficié d’une relaxe en 2004, l’a privée de conduire personnellement la campagne de 2002.
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