L’Azerbaïdjan : un destin commun avec les Européens

Bakou semble satisfaite des perspectives d’intégration de l’Azerbaïdjan au sein de l’Europe. Les autorités du pays souhaiteraient cependant que l’activité du Groupe de Minsk s’intensifie, afin de trouver un règlement pacifique au conflit du Haut-Karabakh. Rencontre avec Elmar Mammadyarov, ministre des Affaires étrangères de la République azerbaïdjanaise.

Faits & Projets : L’Azerbaïdjan est membre du Conseil de l’Europe. Pourquoi changer de cap et vous tourner vers une région qui, dans l’histoire, a toujours été loin de vous ?
Elmar Mammadyarov : Il s’agit plutôt d’un éloignement géographique, car, historiquement, l’Europe ne se trouve pas si loin de nous. Le territoire de l’Azerbaïdjan était autrefois divisé entre plusieurs États, qui avaient des relations aussi bien diplomatiques et économiques que culturelles très développées avec les pays européens, comparables à nos relations actuelles.  Les valeurs européennes ont eu une grande influence en Azerbaïdjan, pourtant imprégné par la culture islamique : nous avons adopté les institutions républicaines, avec un parlement, et créé, par exemple, l’Opéra, jusque-là inconnu en Orient.
Le peuple azerbaïdjanais partage un destin commun avec les peuples européens. Notre pays a connu les mêmes tragédies, que celles ayant secouées l’Europe au XXème siècle. La seule rupture correspond aux années du totalitarisme soviétique, non vécues par les Européens. Après l’obtention de son indépendance, l’Azerbaïdjan s’est à nouveau tourné vers l’Europe. Nous souhaiterions, bien sûr, que notre pays intègre l’Union européenne, afin de bénéficier de son expérience en matière de démocratie pluraliste, de droits de l’homme et de primauté de la loi. L’Azerbaïdjan pourrait jouer le rôle de pont entre l’Europe et l’Asie. C’est cet intérêt commun qui a favorisé l’entrée de l’Azerbaïdjan dans le Conseil de l’Europe, le 25 janvier 2001.
Depuis, notre pays a fait de nouveaux progrès, tant au niveau de la démocratisation de ses institutions que de l’éducation de ses citoyens, dans le respect de l’État de droit. Nous poursuivons aujourd’hui nos efforts, afin de répondre aux engagements pris devant le Conseil de l’Europe, et ce, non sous l’influence de la pression extérieure, mais tout simplement grâce à la volonté et à l’intérêt de notre peuple.
Le renforcement de la position de l’Azerbaïdjan au Conseil de l’Europe pourra contribuer à son intégration au sein de l’Union européenne.

Comment jugez-vous vos relations avec la Communauté européenne ?
En 1999, la signature de l’Accord de partenariat et de coopération entre l’Azerbaïdjan et l’Union européenne a jeté les bases juridiques d’un rattachement à la politique de voisinage de l’Union européenne. Cela nous a permis de renforcer encore nos relations. Cette politique agit en faveur de notre intégration à l’Europe : elle encourage le dialogue politique et la coopération avec les pays européens, favorise l’entrée dans leurs marchés et l’implantation de nouveaux investisseurs dans notre pays. Le 2 mars 2005, la Commission européenne évoquait l’intensification de nos relations et le Conseil des ministres de l’Union européenne de décider, quelques semaines plus tard, la préparation d’un Programme d’action dans le cadre de la politique de voisinage.
L’Azerbaïdjan participe, avec l’Union européenne, aux projets régionaux dans le secteur de l’énergie et du transport avec le TRASECA (Corridor de transport Europe-Caucase-Asie) et l’INOGATE (Accord de transport inter-État pour le pétrole et le gaz). Dans ces deux domaines prioritaires, notre pays occupe une position stratégique, à laquelle l’Union européenne est très attentive. Je crois que cette participation va permettre de tisser des liens très étroits avec l’Europe et d’intensifier l’entrée de notre pays dans l’Union européenne.

Comment évoluent les discussions sur le partage de la mer Caspienne ?
Comme vous le savez, les négociations au sein du groupe de travail dirigé par les vice-ministres des affaires étrangères des cinq pays (Azerbaïdjan, Kazakhstan, Iran, Russie, Turkménistan) de la région Caspienne continuent. L’objectif est de préparer la Convention sur le statut de la Caspienne. L’Azerbaïdjan mène aussi des négociations bilatérales avec l’Iran et le Turkménistan, concernant la question du partage de la profondeur de la mer Caspienne.

Selon vous, quels sont les points forts et les points faibles des rapports franco-azerbaïdjanais ?
Concernant les points forts de la relation franco-azerbaïdjanaise, je soulignerais l’existence d’un dialogue politique constructif entre les deux présidents de nos pays, ainsi qu’entre les présidents des parlements. En 2004, le président de la République azerbaïdjanaise, Ilham Aliev, s’est rendu deux fois en visite en France.
Une commission mixte, présidée par Arthur Rassizadé, Premier ministre de la République azerbaïdjanaise, et François Loos, ministre français du Commerce extérieur, a été créée en 1998, afin de développer les relations économiques bilatérales.
La coopération, dans les domaines de la culture et de l’éducation, se développe aussi progressivement. Un Centre culturel français a été récemment ouvert à Bakou. Chaque année, le nombre d’étudiants azerbaïdjanais augmente dans l’hexagone.

Venons-en maintenant aux points faibles. La France co-préside le Groupe de Minsk, qui s’occupe du règlement du conflit arméno-azerbaïdjanais pour le contrôle du Haut-Karabakh. Nous souhaiterions que l’activité de ce Groupe s’intensifie, car le bilan est lourd pour l’Azerbaïdjan. Hormis les pertes humaines et matérielles, le pays compte aujourd’hui un million de réfugiés et de personnes déplacées, ayant besoin d’une aide humanitaire.