Les
précurseurs de drogues : quen savons-nous ?
Nous utilisons tous, au quotidien, des produits chimiques. Alors
pourquoi les contrôler ? Tout simplement parce que sans produits chimiques,
il ny a pas de drogues. À lexception des éléments
existant à létat naturel, comme le cannabis, la majorité
des drogues nécessitent lutilisation de produits chimiques pour leur
extraction ou leur synthèse (dont lhéroïne, la cocaïne,
le LSD, les amphétamines et lecstasy). La fabrication illicite de
stupéfiants est une activité clandestine par nature, mais elle croise
le commerce légitime lors de la recherche et lobtention des produits
chimiques précurseurs fabriqués, en toute légalité,
par les entreprises du monde entier, essentiellement celles des secteurs chimique,
pharmaceutique et de la parfumerie. Contrôler les produits chimiques permet
de lutter contre les trafiquants. Où en est-on en France dans ce domaine
? Comment sensibiliser les entreprises, placées en première ligne,
à ce danger grandissant ? Le point avec Alain Pesson, responsable de la
Mission nationale de contrôle des précurseurs chimiques (M.N.C.P.C.).
Par Delphine Evmoon.
Faits & Projets : Quand et pourquoi a été créée
la M.N.C.P.C. ?
Alain Pesson : La MNCPC est une mission interministérielle pilotée,
en raison de ses implications industrielles et commerciales, par le ministère
de lÉconomie, des Finances et de lIndustrie. Elle a été
créée en mars 1993 à la suite de la dernière convention
internationale de Vienne de 1988 contre le trafic de stupéfiants et de
psychotropes, en sappuyant sur trois piliers administratifs : la police,
les douanes et le ministère de lIndustrie. Sa mission est de contrôler
la production et les échanges de substances chimiques susceptibles dentrer
dans la fabrication de stupéfiants, les précurseurs. Sa vocation
est surtout préventive et repose dabord sur la vigilance de ceux
qui fabriquent ou commercialisent des substances. Il ne sagit, en aucun
cas, dinterdire lusage de ces substances aux utilisations multiples
et, bien souvent, incontournables dans lindustrie, que ce soit pour certaines
fabrications de médicaments, darômes pour les industries agroalimentaires,
de parfums et de peintures, par exemple. Lenjeu est dassurer une surveillance
et un encadrement de leur commerce licite (aussi bien sur le territoire national
quà travers le commerce international), pour éviter des détournements
conduisant à la fabrication de drogues. Nous cherchons une collaboration
avec les entreprises, mais nous ne sommes pas un organisme répressif.
Un bilan après dix ans dexistence ?
Notre petite équipe sest mise en place. Les échanges internationaux
fonctionnent. Aucune entreprise française na été impliquée
dans des affaires de drogues de manière visible.
Quattendez-vous de la part des entreprises et lesquelles sont concernées
par les précurseurs de drogues ?
Plusieurs catégories de sociétés sont concernées par
les directives européennes et celles des Nations unies, notamment les fabricants
de produits chimiques, les négociants et les courtiers de ces matières,
mais aussi des secteurs utilisateurs comme lindustrie de la parfumerie ou
le secteur pharmaceutique, voire lagroalimentaire...
En France, quelque 300 entreprises sont concernées par la catégorie
1 des produits recensés, répartis en trois catégories. On
attend des sociétés quelles respectent les directives légales
dans ce domaine, quelles tiennent une comptabilité des stocks de
produits sensibles et quelles nous fournissent, dans la mesure du possible,
une déclaration de soupçons sur les destinataires si la commande
paraît suspecte. Nous essayons de les sensibiliser à ce phénomène
par le biais des syndicats professionnels, par des rencontres personnalisées
et des colloques annuels.
Un message destiné aux entreprises ?
Elles ont souvent une méconnaissance du produit qui sert aux précurseurs
car la relation chimie/drogue nest pas toujours intégrée.
Faites attention, soyez vigilants, sensibilisez à ce phénomène
tout le personnel de la société qui a à en connaître,
ne soyez pas naïfs et, en cas de soupçons, parlez-en suffisamment
tôt.
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Quest-ce
quun précurseur ?
Un précurseur de drogue est une substance qui a la particularité
dentrer dans la composition de produits légaux, voire indispensables
(médicaments, peintures, composants alimentaires
), mais aussi de
stupéfiants et de psychotropes.
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Le point de vue des industriels
BASF, la première
entreprise chimique mondiale
BASF offre à ses clients aussi bien des produits chimiques,
des matières plastiques, des produits d'ennoblissement, des produits pour
la protection des plantes, que de la chimie fine, du pétrole et du gaz.
Sa stratégie d'intégration - en allemand « Verbund »
- est sa force. BASF agit dans l'esprit du développement durable. En 2002,
le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 32 milliards d'euros
et travaille avec plus de 89 000 collaborateurs dans le monde. L'action BASF est
cotée à Francfort (BAS), Londres (BFA), Zurich (BAS), Paris (BA)
et New York (BF). En France, BASF est un partenaire majeur de l'industrie et de
l'agriculture. Rencontre avec Maurice Zinsius, responsable « sécurité
produits » et coordinateur « Responsible Care » en France.
BASF se sent-elle concernée et sensibilisée par les précurseurs
de drogues ?
Très concernée de par la diversité et la nature des précurseurs
mis sur le marché par le groupe. Extrêmement sensibilisé,
par rapport à ses responsabilités « sociétales »
et, il ne faut pas s'en cacher, compte tenu de l'impact possible sur l'image de
marque du groupe, si l'un de ses produits était directement impliqué
et trouvé dans un laboratoire clandestin.
Comment le groupe assume-t-il ses responsabilités en la matière
?
Le sujet est considéré comme extrêmement sensible au sein
de BASF et le niveau de prise en compte en est la preuve : c'est un membre du
Directoire du groupe qui est directement en charge de l'application des directives
pour ce domaine particulier. Cette responsabilité est déléguée
à tous les responsables des « Business Centre » (au niveau
de chaque pays) ; ils ont la responsabilité de désigner un coordinateur
national qui en assure la mise en uvre.
Cette structure et les procédures d'application des directives existent
et sont instaurées dans le groupe depuis de très nombreuses années.
En dehors des contraintes découlant de la réglementation en vigueur,
BASF s'impose des contraintes équivalentes, mais sur une base volontaire
pour des produits non réglementés. Un contrôle systématique
du sérieux et de la fiabilité des clients et de la cohérence
de leurs activités avec les utilisations connues des substances fournies
est réalisé régulièrement. BASF applique des règles
équivalentes aussi bien pour les précurseurs de drogues de synthèse
que pour les armes chimiques.
Pensez-vous que le partenariat public/privé est efficace et réel
dans ce domaine ?
Les autorités ont incontestablement un rôle primordial à jouer
pour s'assurer que tous les acteurs intervenant dans la livraison de tel ou tel
précurseur fassent le même effort pour vérifier entre les
mains de qui ils mettent ces substances.
Des solutions à ce phénomène ?
Cest à nous de rendre le détournement de ces produits le plus
difficile possible. Le sujet est également délicat à gérer
en matière de communication ou d'échange d'information avec nos
prestataires : il faudrait informer sur le caractère sensible de certains
produits, tout en restant « discret » pour ne pas susciter de nouvelles
vocations. Par exemple, pour éviter des détournements tout au long
de la chaîne logistique il faudrait informer tous les opérateurs
au risque de donner des idées à certaines personnes qui n'avaient
pas identifié l'intérêt des produits pour leur usage illicite.
Internet joue également un rôle très « dangereux et
néfaste » par la diffusion à un très large public d'informations
sur les modes opératoires de synthèses de stupéfiants.
Un message pour d'autres sociétés françaises susceptibles
d'être concernées ?
Il faut organiser une sensibilisation à tous les niveaux sous l'impulsion
de la direction de l'entreprise. Il est également nécessaire de
toujours s'assurer de savoir au préalable à qui on livre ces produits
sensibles. C'est peut-être grâce à cette manière de
procéder, que nous devons le fait de ne pas encore avoir eu à déclarer
de soupçons à l'administration française jusqu'à présent
!
|
La
législation en matière de contrôle des précurseurs
En droit international, larticle 12 de la Convention des Nations unies de
1988 sur le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes,
à laquelle les États membres de lUnion européenne participent,
constitue le fondement du contrôle des 23 produits chimiques précurseurs.
Les éléments centraux du dispositif légal communautaire comprennent
:
. lobligation pour les opérateurs en chimie de réunir une
documentation, de constituer des archives et de procéder à un étiquetage,
. lobtention dune licence pour les produits les plus sensibles et
dun enregistrement pour les opérateurs,
. la coopération entre les autorités compétentes et les opérateurs
(déclaration de soupçons),
. la délivrance dautorisations dexportation,
. une coopération administrative entre États membres,
. léchange de renseignements sur les saisies et les détournements
de produits chimiques,
. la pré-notification des exportations aux autorités compétentes
des pays tiers.
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Trois questions à
Francis
Delemotte, chef du service commerce international de lUnion des industries
chimiques (UIC)
LUIC est une organisation professionnelle représentant,
auprès du gouvernement, lensemble des industriels de la chimie en
France, soit quelque 1 200 entreprises qui y adhèrent librement. Sa première
mission est didentifier les intérêts convergents des entreprises
de la chimie, de favoriser leurs échanges pour définir des positions
et des actions communes, puis de défendre leurs intérêts auprès
des instances régionales, nationales et internationales. LUIC est
membre du Conseil européen de lindustrie chimique (CEFIC), de lInternational
Council of Chemical Associations (ICCA) et du MEDEF.
Comment se passe le partenariat public/privé ?
Les institutions se comportent de manière intelligente en ne confiant pas
la tâche de surveillance des précurseurs de drogues à une
structure répressive, comme pourraient lêtre les douanes ou
la police. La M.N.C.P.C., regroupant des personnes de tous les horizons professionnels,
crée un climat de confiance exceptionnel dans le cadre de la relation administration/entreprises
en France. Nous avons participé tous ensemble à la rédaction
des textes, français et européens, de réglementation sur
la mise en place du régime de surveillance des produits chimiques ordinaires
qui servent à la fabrication de stupéfiants. Notre rôle est
dagir en coopération avec ladministration et également
de lui faire comprendre que les contrôles sont acceptables sils constituent
un instrument et sils sont proportionnés aux objectifs poursuivis.
Pour les sociétés, ces derniers doivent être aisés
à gérer, éviter les charges excessives en termes de coût
et de personnel, préserver les informations confidentielles des affaires
et respecter le principe de non-discrimination.
Pourquoi surveiller les précurseurs ?
Dans lindustrie chimique, sont concernés par les précurseurs,
tous les opérateurs qui fabriquent, transforment, vendent, stockent, mettent
à disposition et se livrent au courtage des produits licites pouvant servir
à la fabrication de stupéfiants. Un trafiquant va chercher des produits
facilement accessibles et des petites unités mobiles pour monter des laboratoires.
Lobjectif est de rendre de plus en plus difficile la captation dun
produit légitime par lun dentre eux.
Comment sensibiliser les entreprises aux dangers que représentent les
précurseurs de drogues ?
La Commission européenne, la M.N.C.P.C. et lUIC ont publié
une liste dindicateurs dalerte censée attirer lattention
des responsables de sociétés lorsquune transaction paraît
suspecte. La déclaration de soupçons est un acte volontaire de la
part de lentreprise, qui doit rester vigilante à toute commande suspecte.
Au sein de notre organisation, nous avons un groupe de travail en charge des précurseurs
de drogues au sein duquel on examine les propositions de rectifications de textes.
Nous informons nos adhérents par une circulaire publiée tous les
deux mois de toutes modifications éventuelles. Nous ne travaillons pas
non plus quau sein des pays de lUnion européenne, mais nous
participons également à des missions de sensibilisation dans tous
les futurs pays membres.
(À noter : lindustrie chimique française a réalisé
un chiffre daffaires de 85 milliards deuros en 2001 - dont 50,2 milliards
deuros à lexportation. En termes de chiffre daffaires,
elle se place au deuxième rang de lensemble des treize secteurs industriels
français après lindustrie automobile. La France est le second
producteur en Europe après lAllemagne et le quatrième dans
le monde après les États-Unis, le Japon et lAllemagne. Lindustrie
chimique regroupe la chimie minérale, la chimie organique, la parachimie,
la pharmacie, et le secteur des savons, parfums et produits dentretien.
En 2000, elle regroupait 241 300 salariés, répartis dans 1 154 entreprises,
dont 89 % de PME de 20 à 500 salariés)
Le rôle de la Commissioneuropéenne
Rencontre
avec Jonathan Todd, porte-parole de la Commission européenne en charge
du marché interne, des douanes et des taxes.
Quel est le rôle de la Direction générale « Fiscalité
et Union douanière » (DG TAXUD) ?
Dans le système institutionnel communautaire, la Commission européenne
dispose du droit dinitiative législative, veille à lexécution
des réglementations européennes, est la gardienne des traités
communautaires et représente lUnion sur la scène internationale.
La Commission est notamment organisée en directions générales,
sectorielles (comme la DG TAXUD) ou horizontales, qui appliquent ou initient les
politiques décidées par le Collège des commissaires, instance
suprême de décision.
La Direction générale TAXUD (Taxation et Union douanière),
en particulier, est chargée de la fiscalité et de lUnion douanière.
Dans le domaine fiscal, elle veille à ce que les mesures fiscales des États
membres nentravent pas le bon fonctionnement du marché intérieur
et nengendrent pas de concurrence déloyale. Sous le volet douanier,
elle veille à la bonne gestion de lUnion douanière en simplifiant
et en modernisant les procédures et formalités douanières,
en encourageant le rapprochement des méthodes de travail des différentes
administrations douanières et la coopération entre elles, et en
mettant à leur disposition les outils informatiques nécessaires.
De manière plus imagée, la Commission cherche à faire travailler
ensemble quinze administrations douanières comme si elles nen constituaient
quune seule. À défaut, les fraudeurs pourraient décider
de faire entrer leur marchandise par les postes douaniers où les contrôles
sont les moins stricts.
Pour donner des exemples concrets du travail de gestion, la Commission veille
à ce que les instruments douaniers quelle gère quotidiennement
soient opérationnels et à la disposition des services douaniers
ou des opérateurs économiques. Cest le cas par exemple du
TARIC (Tarif intégré de la Communauté), la base de donnée
qui contient tous les droits de douane applicables et toutes les mesures douanières,
découlant de la politique commerciale, applicables à tout moment
à toutes les marchandises. La Commission gère aussi le programme
de modernisation de la douane appelé « Douane 2007 » qui encourage
la coopération entre administrations douanières nationales.
Mais la Commission assume également une mission prospective : elle doit
sans cesse concevoir quelle sera la douane de demain et veiller à adapter
les procédures, les instruments et les méthodes de travail douanier
aux nouvelles technologies. À titre dexemples, la Commission a adopté
en février 2001 une communication sur la stratégie douanière
dont lobjectif est dadapter les douanes à lenvironnement
changeant au sein duquel elles opèrent (accroissement du commerce international,
nouvelles politiques que les douanes sont amenées à appliquer comme
lenvironnement, la santé,
). Plus récemment, en juillet
2003, la Commission a adopté un paquet douanier qui vise à renforcer
la sécurité des marchandises qui franchissent les frontières
extérieures de lUnion européenne tout en simplifiant les procédures
et formalités douanières pour les opérateurs économiques
légitimes.
Quel est le rôle de la Commission en matière de précurseurs
?
Les précurseurs sont des substances chimiques qui sont utilisées
pour produire un large panel de produits de notre vie quotidienne (médicaments,
parfums, moquette
), mais qui sont malheureusement également utilisées
de façon illicite pour produire des stupéfiants (héroïne,
cocaïne, LSD, ecstasy,
). Le problème spécifique des précurseurs
est donc essentiellement la dichotomie de leur usage. Prenons lexemple flagrant
de l'anhydride acétique utilisé pour fabriquer de l'aspirine, mais
qui est aussi une matière importante pour fabriquer de lhéroïne.
Comment protéger les citoyens contre ce type de substances ?
Vu le caractère commun de leur usage, les précurseurs sont des substances
parfois commercialisées à une très grande échelle.
Les interdire purement et simplement nest donc pas une solution. Cela porterait
préjudice à la fabrication des produits courants qui utilisent ces
substances comme matière première. En revanche, il faut veiller
à ce que celles qui présentent cette dualité demploi
ne soient commercialisées quà des fins licites.
Que fait la Commission dans ce domaine ?
Cest à cette fin que la Commission gère le Règlement
du Conseil (CEE) N° 3677/90 établissant des mesures visant à
empêcher le détournement de certaines substances chimiques pour la
fabrication illicite de stupéfiants ou de substances psychotropes. Ce Règlement
établit un système de contrôle dune vingtaine de substances
qui pourraient être détournées de leur usage licite pour fabriquer
des drogues illicites. Ce faisant, il met en uvre une politique préventive
dont lobjectif est dempêcher la fabrication de drogues à
travers le contrôle de leurs matières premières.
À titre dexemple, avec 1 litre de phényl 1-propanone 2, on
peut produire entre 2 000 et 50 000 doses d'amphétamine (une dose en contenant
entre 10 mg et 250 mg). En 2000, 5 021 litres de phényl 1-propanone 2 ont
été saisis dans toute la Communauté. De même, les saisies
de safrole pourraient avoir permis d'empêcher la fabrication de 16 millions
de doses d'ecstasy (MDMA) et celles de 3,4 MD P-2-P la vente dans la rue d'environ
65 millions de comprimés d'ecstasy (une dose unitaire en contenant 100
mg).
La Commission veille donc à ce que ces mesures soient appliquées
de manière correcte et uniforme par tous les États membres afin
d'éviter toute distorsion au sein de l'Union européenne. Ainsi,
si la Commission estime qu'un État membre a manqué à une
de ses obligations, elle peut saisir la Cour de Justice dans le cadre de sa mission
de gardienne des traités.
Mais la Commission ne se contente pas seulement de veiller au respect des règles
existantes, elle doit aussi les adapter aux évolutions et tendances nouvelles
de détournement des précurseurs dans l'Union européenne (utilisation
de nouvelles substances,
).
Enfin, la Commission européenne doit également défendre les
intérêts et la situation spécifique de l'Union européenne
face aux instances internationales, notamment les Nations unies. De fait, la Communauté
européenne étant devenue partie contractante de la Convention des
Nations unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances
psychotropes de 1988, elle a la compétence de mettre en application l'article
12 sur le commerce des précurseurs de drogues.
Comment sensibiliser les entreprises et les fédérations face
à la question des précurseurs?
Rappelons que la très grande majorité des échanges de précurseurs
chimiques est parfaitement licite. Il n'est de l'intérêt de personne
d'entraver le commerce légitime. L'industrie chimique est dans l'ensemble
une industrie responsable. Elle est extrêmement consciente de son image
dans le public et n'a aucun désir de voir ses produits détournés
vers la fabrication illicite de drogues. Des contacts réguliers avec lindustrie
aident donc à créer un climat de confiance. Lindustrie est
de fait la mieux placée pour identifier les comportements frauduleux du
fait de ses connaissances spécialisées de ses produits, mais aussi
de sa clientèle.
La Commission encourage les contacts avec lindustrie, mais aussi avec les
fédérations dindustries, au niveau Communautaire ou national,
pour les sensibiliser aux problèmes des précurseurs de drogues et
stimuler des échanges de vues sur les nouvelles réglementations.
Leur expérience est indispensable pour renforcer l'efficacité des
mesures et obtenir les résultats désirés. Dautant que
les opérateurs sont partie intégrante du système de contrôle
: cest une véritable coopération entre opérateurs et
autorités compétentes qui est au cur du système de
contrôle.
Enfin, la Commission consulte et maintient de fréquents contacts avec les
fédérations dindustries européennes et nationales afin
de les sensibiliser aux nouvelles réglementations et de veiller à
ce que les mesures soient applicables en pratique.
Comment faire face à l'élargissement ?
Tous les pays candidats sont membres de la Convention des Nations unies contre
le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988
et ont mis en place une législation qui vise à empêcher le
détournement des précurseurs dans la fabrication illicite de stupéfiants
ou de substances spécifiques. Les contacts entre eux et les représentants
de la Commission ne sont donc pas nouveaux et ont toujours été très
fructueux.
Par ailleurs, les représentants des pays candidats sont pleinement associés
et participent activement aux réunions organisées au niveau Communautaire
depuis le mois d'avril dernier.
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Le
rôle de lOrgane international de contrôle des stupéfiants
(OICS)
Au cours des dernières années, un système
mondial de contrôle des drogues faisant lobjet dun abus sest
développé progressivement grâce à ladoption dune
série de traités internationaux. Les conventions multilatérales
importantes actuellement en vigueur sont la Convention unique sur les stupéfiants
de 1961 (telle modifiée par le Protocole de 1972), la Convention sur les
substances psychotropes de 1971 et la Convention des Nations unies contre le trafic
illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988. Lobjectif
principal des traités internationaux de contrôle des drogues était
de limiter leur utilisation à des fins médicales et scientifiques.
Créé en 1968 par la Convention unique sur les stupéfiants
de 1961, lOICS est un organe de contrôle indépendant (tant
des gouvernements que de lONU) et quasi-judiciaire chargé de lapplication
des conventions des Nations unies sur les drogues.
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Des
opérations de surveillance internationale
. Lopération « pourpre »
Le nom de cette opération découle de la couleur pourpre caractéristique
du permanganate de potassium, produit chimique le plus souvent commercialisé
sous sa forme cristalline et très largement utilisé dans le monde
des usages commerciaux et industriels multiples. La capacité de production
mondiale de permanganate de potassium est estimée à 71 000 tonnes
bien que 35 000 tonnes seulement soient produites en réponses au besoin
du marché. Lun des usages les plus fréquents de cet oxydant
est lélimination des impuretés en matière de conditionnement
des eaux. Dun autre côté, 200 kilos de permanganate de potassium
sont nécessaires pour produire une tonne de cocaïne. Entre janvier
et novembre 2002 (phase IV de lopération « pourpre »),
474 expéditions correspondant à 10 381 tonnes de permanganate de
potassium ont fait lobjet dune surveillance renforcée. 15 cargaisons
ont été soit saisies dans les pays de destination en Amérique
centrale et australe, soit bloquées avant leur départ des pays dexportation.
Au total, plusieurs dizaines de personnes ont été interpellées
pour participation à des tentatives de détournement depuis son déclenchement.
Lopération « pourpre » a fait apparaître quune
opération sur huit présentait un caractère douteux ou suspect.
. Lopération Topaze
Lancée en 2001, cette opération est un vaste programme international
portant sur le traçage des envois internationaux danhydride acétique,
produit chimique essentiel, notamment pour la fabrication illicite dhéroïne.
Son objectif comprend des activités de détection et de répression
devant permettre dintercepter des envois en contrebande de ce produit et
de procéder à des enquêtes pertinentes, ainsi que de réaliser
des saisies dans des entrepôts illicites ou des laboratoires clandestins
pour remonter jusquà la source de la substance détournée.
. Le projet « Prism »
LOICS a convoqué en juin 2002, à Washington, en coopération
avec le gouvernement américain et la Commission européenne, une
réunion internationale sur les précurseurs de stimulants de type
amphétamine. À cette occasion, il a été décidé
de lancer le projet international volontaire « Prism », permettant
dentreprendre des opérations visant les détournements de précurseurs
damphétamines, de méthamphétamines et decstasy,
les matériels et les équipements utilisés pour la fabrication
illicite de ces stimulants et le recours à Internet pour les détourner.
|
Saisies mondiales decstasy en 2002 : 25 millions de cachets
En France : 2 millions (contre 1,5 million en 2001)
1 kilo decstasy représente quelque 4 à 5 000 comprimés
Prix de revient dun cachet decstasy : 40 centimes deuro
valeur de revente sur le marché français : entre 7 et 10
euros aux États-Unis : 20 euros
1 litre dhuile de sassafras (huile essentielle) (en provenance du
Vietnam et du Brésil essentiellement), valant 6 dollars, permet de fabriquer
quelque 5 à 10 000 cachets decstasy
Avec 1 litre de PMK (3,4 méthylènedioxy phénylpropane-2),
1 kilo de cachets decstasy peuvent être fabriqués (en provenance
surtout de Chine et dInde) (prix d1 litre de PMK en Chine : 8,5 euros)
1 kg de safrole permet de produire 1 000 doses de MDA ou 2 000 doses decstasy
(MDMA) ou MDEA
En 2000, ont été fabriquées dans le monde : 1 000
tonnes déphédrine 13 000 tonnes de phényl-1
propanone 2 1,7 million de tonnes danhydride acétique
12 000 tonnes dacide phénylacétique 3,6 millions de
tonnes dacétone 16 millions de tonnes de toluène -
135 millions de tonnes dacide sulfurique
Les États-Unis comptent le plus grand nombre de consommateurs chroniques
de drogues par habitant dans le monde (en 2000, les dépenses consacrées
à lachat de cocaïne et dhéroïne ont été
globalement estimées à 48 milliards de dollars) et le Royaume-Uni
(en Grande-Bretagne et en Irlande du Nord, les dépenses consacrées
par les toxicomanes à lachat des mêmes drogues ont été
estimées à 7,5 milliards de dollars) lun des plus grands dEurope
occidentale
Les Pays-Bas sont parmi les premiers producteurs decstasy au monde
et la Pologne parmi les premiers producteurs damphétamines
La France est essentiellement un pays consommateur et de transit
Mission nationale de contrôle des précurseurs
chimiques (M.N.C.P.C.)
DIGITIP
12 rue Villiot 75572 Paris cedex 12
T : 01 53 44 97 52, 96 82 ou 91 69 - F : 01 53 44 96 66
Site Internet : www.industrie.gouv.fr/mncpc
LUnion des industries chimiques (UIC)
14 rue de la République Le Diamant A 92909 Paris La Défense
cedex
T : 01 46 53 11 00 F : 01 46 96 00 59
Site Internet : www.uic.fr
Office européen de lutte anti-fraude (OLAF)
Commission européenne
B-1049 Bruxelles Belgique
T : (+ 32 2) 299 1111 F : (+ 32 2) 296 0853
Site Internet : www.europa.eu.int/comm/anti_fraud/index_fr.html
Secrétariat de lorgane international de contrôle
des stupéfiants (OICS)
Centre international de Vienne
Bureau E-1313 BP 500 A-1400 Vienne Autriche
T : (+ 43 1) 26060 F : (+ 43 1) 26060 5867
Site Internet : www.incb.org
Précurseurs
et produits chimiques placés sous contrôle
Catégorie 1
|
Produits
|
Usages licites
|
Usages illicites
|
|
Phényl-1
propanone 2
|
Synthèses
organiques, production d amphétamines et de métamphétamines
|
Amphétamines
et métamphétamines
|
|
Acide
N-acétylanthranillique
|
Production
de médicaments, de plastiques et de chimie fine
|
Méthaqualone,
mécloqualone
|
|
Isosafrole
|
Production
de parfums et de fragrances
|
MDA,
MDMA, MDE
|
|
3,4-Méthylènedioxy-phénylpropane-2
|
Synthèses
organiques
|
MDA,
MDMA, MDE
|
|
Pipéronal
|
Fragrances
en parfumerie, agent aromatisant de vanille et de cerise
|
MDA,
MDMA, MDE
|
|
Safrole
|
Industrie
des parfums et des fragrances, fabrication de savons, du pipéronal
|
MDA,
MDMA, MDE
|
|
Ephédrine
|
Utilisée
comme broncho-dilatateur ou décongestionnant en préparations
|
Métamphétamines
et méthcathinone
|
|
Pseudo-éphédrine
|
Décongestionnant
nasal disponible en pharmacie
|
Métamphétamine
|
|
Noréphédrine
|
Utilisé
à des fins analytiques (en laboratoires) et thérapeutiques
|
Amphétamine
|
|
Ergométrine
|
Utilisé
pour stimuler les contractions lors des accouchements (ocytocique)
|
LSD
|
|
Ergotamine
|
Vasoconstricteur
utilisé principalement dans les soins des migraines
|
LSD
|
|
Acide
lysergique
|
Recherche
et synthèses organiques
|
LSD
|
Catégorie 2
|
Produit
|
Usages licites
|
Usages illicites
|
|
Anhydride
acétique
|
Agent
d acétylation et de déshydratation utilisé notamment pour
la fabrication de plastiques, d explosifs, de médicaments
|
Héroïne
P2P
|
|
Acide
phénylacétique
|
Fabrication
de parfums, d herbicides, de pénicilline et autres médicaments
|
Amphétamines
P2P, métamphétamines
|
|
Acide
anthranilique
|
Fabrication
de teintures (indigo), de médicaments et de parfums
|
Méthaqualone,
mécloqualone
|
|
Pipéridine
|
Production
d anesthésiants, d analgésiques et autres médicaments
|
Phencyclidine
|
|