Une économie régionale en développementLa Birmanie, membre de l’Organisation mondiale du commerce depuis 1995, est soumise, depuis 1989, aux sanctions européennes (renforcées en 1997) et à la suspension des interventions des institutions financières internationales (Banque asiatique de développement, Banque mondiale, Fonds monétaire international). Elle est également placée sous embargo américain depuis 1996, dont les sanctions se sont renforcées en 2003, et ne reçoit plus d’aide bilatérale du Japon depuis l’an dernier. Faisant face à un blocage occidental, l’Union de Myanmar - riche en ressources naturelles, au potentiel touristique conséquent et à l’économie parallèle très importante - développe, depuis un certain temps, des relations de plus en plus approfondies avec ses voisins, en dehors de la Chine, une alliée de toujours. Une mission du FMI s’est déplacée à Yangon du 24 novembre au 8 décembre 2003, dans le cadre de l’article IV prévoyant une visite annuelle de cette institution financière internationale. Elle a constaté une importante dégradation de la situation économique engendrée par la crise financière (défaillance du secteur bancaire privé depuis février 2003) et par l’application du renforcement des sanctions américaines qui ont durement touché l’industrie textile birmane. La croissance économique en 2003 varie, selon les sources, de 0 à 8 %. D’ailleurs, depuis le mois d’août dernier, l’euro est devenu, suite aux décisions américaines de geler ses services financiers, une devise prioritaire dans les échanges extérieurs du pays. Lors du Sommet de Bagan en novembre 2003, initié par le Premier ministre thaïlandais qui souhaite réduire les disparités entre son pays et ses voisins moins développés, en présence de ses homologues birman, laotien et cambodgien, une « stratégie de développement économique » a été mise en place permettant d’intervenir dans cinq domaines d’application : commerce et investissements, agriculture et industrie, transports, tourisme et ressources humaines. De plus, le Myanmar est devenu membre du BIMST-EC, accord de coopération entre le Bengladesh, l’Inde, le Sri Lanka et la Thaïlande. Né au Myanmar, Martin Pun dirige le groupe Serge Pun & Associates, (administrant quelque 29 compagnies spécialisées essentiellement dans l’immobilier, les finances, le secteur industriel, les services, la distribution et les infrastructures). Après plusieurs années passées en Chine, à Hong Kong et à Hawaï, il est retourné dans son pays en 1994. Il se définit comme étant « un homme d’affaires recherchant des opportunités à la fois dans les pays développés et sous-développés ». Son désir le plus profond : aider les personnes démunies. « La situation économique du Myanmar est léthargique. La politique économique n’est pas suffisamment transparente pour des projets à long terme », indique-t-il, avant d’ajouter que « même si le pays a besoin d’investissements dans tous les domaines et de voir sa croissance économique augmenter, le Gouvernement prend particulièrement en compte la protection de l’environnement et celle des ressources naturelles (dont le tek) dont dispose son pays. Sa priorité, pour le moment, est d’investir ses ressources financières limitées dans la construction d’infrastructures, le premier pas vers la modernisation ». Pensez-vous que le Gouvernement soit intéressé par l’arrivée d’investisseurs étrangers ? « Oui, mais il est très sélectif ». Le Myanmar est-il a un tournant historique de son histoire ? « Certainement. Surtout depuis l’annonce de la première réunion de la Convention nationale le 17 mai prochain ». Martin Pun aime dire de son pays qu’ « il est magnifique et tout en couleur avec ses quelque 120 groupes ethniques ». Il pense que « le Gouvernement actuel a fait plus que n’importe lequel autre depuis l’indépendance, et même avant, pour que la paix soit faite avec la majorité de ces groupes. L’environnement économique n’est pas favorable aux investisseurs agressifs qui veulent une rentabilité très rapide. Le Myanmar est un pays sécuritaire où il fait bon vivre et où la tradition culturelle est une part importante de l’éducation ». Installé
en Birmanie depuis 1992, le capitaine Jerzy Wilk, ancien officier
de la marine marchande, travaille actuellement dans les domaines du
transport maritime et du tourisme. « L’économie
locale ne se porte pas aussi mal que les médias veulent bien
le montrer. Les prix des principaux produits (riz, le pétrole,
haricots et plantes légumineuses) se sont rééquilibrés
ces derniers mois et sont même descendus en certains endroits.
Les salaires, de même, et les bénéficiaires ont
un pouvoir d’achat quelque peu plus élevé »,
indique-t-il, avant d’ajouter que « les opportunités
de travail restent faibles et les familles nombreuses dépendent
essentiellement, pour se nourrir, du salaire de l’un ou de deux
membres d’entre elles suffisamment chanceux pour avoir un travail
régulier ». Si une comparaison devait se faire
avec les citadins et les campagnards des pays comme l’Inde, le
Bengladesh, l’Indonésie et certaines parties de la Thaïlande,
« je dirais que la situation au Myanmar n’est pas si
désavantagée que cela ». « Les
investissements étrangers ont, quant à eux, piqué
du nez en étant quasiment inexistants et ceux des pays de la
région sont très limités, les plus importants étant
d’origine chinoise », ajoute-t-il. « Les
raisons du peu d’investissements étrangers sont dues en
partie à la longueur administrative. D’un autre côté,
les Birmans éprouvent une méfiance naturelle vis-à-vis
des autres (l’histoire leur a montré qu’il fallait
être prudent). De plus, un manque de compréhension sur
la manière dont marchent les affaires au Myanmar est évident.
Et, on en rencontre parfois qui veulent manger une énorme part
du gâteau sans s’occuper des besoins de développement
du pays », affirme le capitaine Wilk.
Deux Français au Myanmar : Hervé Fléjo et Jean-Yves Branchard
. Hervé Fléjo connaît bien le pays. Marié à une Birmane, Thuzar, il est arrivé dans ce pays, il y a plus de dix ans. Le tourisme est le domaine de prédilection de cet originaire de Bretagne. Il a ouvert deux agences, Gulliver Travels et Thanakha Travels & Tours, spécialisées dans le voyage haut de gamme à la carte. Les points forts de la Birmanie : « le pays s’ouvre, le peuple a une croyance profonde dans le bouddhisme, c’est la Thaïlande d’il y a trente ans avec un potentiel supérieur, les ethnies sont nombreuses et les paysages ont une beauté à couper le souffle », annonce-t-il fièrement. Ses projets : acquérir une jonque birmane de 10 m de long, avec un intérieur en tek et en marbre, qui pourra voguer sur l’Irrawaddy, avec à son bord deux à quatre passagers. « Nous avons besoin de davantage de vols internes et internationaux dans ce pays. Le gouvernement fait beaucoup d’efforts pour développer ce secteur, mais il a tout de même besoin de quelques conseils pour ne pas faire d’erreurs », ajoute-t-il. (Pour en savoir plus : www.gulliver-myanmar.com) . Jean-Yves Branchard, 37 ans aujourd’hui, a effectué son premier voyage au Myanmar en août 1997 en qualité de touriste passionné par le continent asiatique. Un jour de pluie, sur le chemin du Rocher d’or, à Bago, il a rencontré « sa future femme » birmane. À cette époque, il habitait Paris et était agent de vente de chocolat pâtissier et de cacao. Trois mois après, il revient et se demande quelles activités professionnelles va-t-il pouvoir développer dans ce pays auquel il est définitivement attaché. Le café ! Après avoir convenu que la Birmanie disposait d’un important potentiel, il crée la société Ananda Coffee. Historiquement, les premières graines de café ont été importées par les Britanniques en provenance du Kenya et d’Inde. La Birmanie produit maintenant quelque 2 000 tonnes par an. Jean-Yves Branchard signe, en 2000, un contrat d’exploitation d’une plantation nationalisée avec le gouvernement birman à Shaungwe, sur la route de Mogok, et prend parallèlement en charge sa propre exploitation à Pindaya, où il a planté de l’Arabica biologique à 1 400 m d’altitude. La première production verra le jour vers 2007. « J’exporte actuellement environ 100 tonnes de café par an, dont 80 d’Arabica classique et 20 d’Arabica « grand cru, vers l’Europe », précise-t-il. Il estime que les priorités restent l’amélioration de la qualité du produit, l’établissement d’un bureau de contrôle des exportations et la construction d’une image particulière du café birman pour se positionner sur le marché international du café. Le Brésil est le premier producteur mondial toute qualité confondue. Dans la région, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam (occupant la première place mondiale en Robusta) sont d’importants producteurs. « En Birmanie, les sols, l’altitude et la chaleur sont favorables au développement du café », ajoute-t-il. Ses principaux objectifs : développer le marché local et les exportations, notamment vers le Japon. (Pour en savoir plus : www.ananda-cafe.com)
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