© Delphine Evmoon

Un autre regard sur… le Pakistan

 

De l’autre côté du miroir médiatique
Que savait-on du Pakistan avant le 11 septembre 2001 ? Qui pouvait situer ce pays sur une carte du monde ? Depuis cette date fatidique, il n’est presque pas un jour qui passe sans qu’un article sur ce pays ne paraisse dans les médias internationaux. Mais en l’associant à quelle actualité ? Au terrorisme, aux attentats, à al-Quaeda et à la violence. Peut-on résumer ainsi une nation grande comme la France et la Grande-Bretagne réunies, composée de quatre principales régions aussi différentes les unes des autres : le Pendjab, le Sind, le Balouchistan et les Territoires du Nord ? Comment peut-on imaginer, en Occident, que les 140 millions de Pakistanais ressemblent tous aux 1 000 manifestants « barbus et fanatiques » aperçus à la télévision ?
Le Pakistan, terre d’accueil, est avant tout un pays à la géographie variée : côtes maritimes, vallées, déserts, montagnes, possédant une culture ancienne et un héritage archéologique. Son peuple est d’une hospitalité relativement unique au monde et son savoir-vivre rare, surtout à l’égard d’une femme étrangère.
À travers ce court reportage, j’ai voulu vous faire partager une infime partie de cette immensité, entrouvrir une fenêtre restée trop longtemps fermée. J’ai choisi le chemin méconnu de Chilas à la frontière chinoise (Khunjerab pass), dans les Territoires du Nord, où les plus hauts monts himalayens du monde côtoient les vallées et le désert, où l’Indus et la rivière Gilgit se rejoignent, où l’islam se mêle aux vestiges bouddhistes. J’ai voulu vous montrer cette vie au quotidien et cet autre monde. J’ai choisi de passer de l’autre côté du miroir médiatique.

Delphine Evmoon


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Le Nord du Pakistan : une visite au pays de l’imaginaire
Les Territoires du Nord du Pakistan appartiennent à ces rares régions du monde à déployer un paysage montagneux, le plus vaste de la planète, d’une beauté à vous couper le souffle, qui vous fait ressentir qu’humainement vous êtes tout petit face à cette nature d’une puissance indescriptible. L’Himalaya pakistanais, peu connu en dehors des alpinistes professionnels, regroupe cinq géants de 8 000 m d’altitude (le K2 - 8 611m, le Broad Peak - 8 051 m, le Gasherbrum II - 8 035 m, le Gasherbrum I - 8 068 m et le Nanga Parbat - 8 126 m), 140 sommets de plus de 7 000 m et 300 de quelque 6 000 m. La population y est accueillante et prête à vous aider en toute situation ou à vous offrir du thé lors de vos arrêts passagers. Visite guidée de Chilas à la frontière chinoise, un paradis pour les amoureux de la montagne !
La construction de la Karakoram highway (achevée en 1978) à travers le Kohistan, Gilgit et Hunza a permis de faciliter l’accès à ces régions du Nord. Karakoram, qui signifie littéralement « montagne noire », évoque tous les dangers que cette voie représentait avant son existence. Pourtant, dès le IIème siècle av. J.-C., une partie importante de la Route de la soie passait par là. Des marchands, des pèlerins chinois et des missionnaires bouddhistes venus de Gandhara et de Swat empruntaient déjà ce chemin.
Le village de Chilas, situé dans une plaine désertique à 1 200 m d’altitude, regroupe les plus importants sites de gravures rupestres qui surplombent l’Indus. En poursuivant votre trajet vers Chilas, vous apercevrez de loin le Nanga Parbat, la fameuse montagne meurtrière.
Gilgit, capitale des Territoires du Nord située à 1 500 m d’altitude, était un relais commercial majeur dès l’apparition des relations économiques avec la Chine et un arrêt stratégique de la Route de la soie. Une tradition ancestrale y est le polo. Originaire d’Asie centrale, ce jeu, élevé au rang de sport de compétition par les Perses, a également été pratiqué dans l’Empire byzantin ainsi que dans le Nord de l’Inde, depuis l’époque musulmane. Le polo des Territoires du Nord ne ressemble en rien à celui que nous connaissons dans nos contrées occidentales. Il est extrêmement brutal et tous les coups sont permis. Il est aussi périlleux d’être le cavalier, le cheval ou, simplement, le spectateur. Les deux rives de la ville sont reliées par un impressionnant pont suspendu de 180 m de long, construit par les Britanniques.
La vallée alpine de Naltar, dominée par des sommets de quelque 6 000 m, offre un paysage stupéfiant avec des forêts de pins et des lacs. La similitude avec la Suisse ou nos Alpes bien connues sont étonnantes.
Chalt, à mi-chemin entre Gilgit et Hunza, constituait à la fin du XIXème siècle un important avant-poste du territoire de Gilgit pour les Anglais.
La vallée de Hunza, avec sa verdure abondante, pourrait ressembler à l’idée que l’on se fait du paradis terrestre. L’arrivée est un pur moment d’émerveillement. Au Nord, le sommet de l’Ultar se dresse au-dessus de Hunza, tandis qu’au Sud, de l’autre côté de la rivière, le Rakaposhi (7 788 m) domine le territoire de Nagar. La légende veut qu’autrefois Nagar et Hunza n’étaient gouvernés que par un seul émir, jusqu’à ce que l’un deux ne décide de partager son royaume entre ses deux fils, qui devinrent ennemis jurés. Le chef de Hunza n’avait qu’une fille lorsqu’il a été sauvagement assassiné par l’un des hommes de main de son frère. Il fallait donc trouver un héritier mâle pour le trône de Hunza. La fille du défunt résolut le problème en tombant amoureuse de son cousin de Nagar. Chaque nuit, il traversait la rivière à la nage pour la rejoindre. De leur liaison, est né un enfant. La lignée des descendants de Hunza ainsi engendrés était appelée Ayeshe (envoyé du ciel), titre persan. La ville
est particulièrement réputée pour ses abricots séchés. L’Aga Khan, chef spirituel des ismaéliens (au nombre de quelque 200 000 dans cette région du Pakistan sur une population totale d’1 200 000 habitants), est à l’origine de nombreux projets de développements, notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’irrigation, de l’éducation (implantations d’écoles et de dispensaires), de la santé, du micro-crédit, de la construction et de la formation des femmes, qui participent largement à la production d’objets artisanaux. L’impressionnant fort de Baltit, construit au XVIème siècle, domine le village de Karimabad et celui d’Altit est un véritable nid d’aigle perché sur une falaise avec une vue imprenable sur la vallée et la rivière.
Votre route continue vers Sost, dernier village avant la montée, à travers le col de Khunjerab et sur la Karakoram highway, en direction de la frontière chinoise, située à une altitude de 4 709 m. Les sites sont si beaux et les chemins parsemés de glaciers (muraille de l’Ultar – 7 388 m, Ladyfinger Peak, Diran – 7 273 m, Malubiting – 7 458 m, Golden Peak, Hispar, Biafo), qu’il est difficile de les décrire avec les mots. Le paysage, en direction de la frontière chinoise, devient petit à petit lunaire : reflets argentés, paysages désertiques, eau de la rivière aux miroirs dorés. En altitude, l’air se raréfie. Le paysage se durcit. Les drapeaux pakistanais et chinois se croisent enfin.


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Carte d’identité
• Nom officiel : République islamique du Pakistan
• Population : quelque 140 millions d’habitants (sixième pays le plus peuplé de la planète)
• Capitale : Islamabad
• Langue nationale : l’ourdou
• Langue officielle : l’anglais
• Religions : 97 % de la population est musulmane (72 % de sunnites, 25 % de chiites et 3 % d’ismaéliens)
• Superficie : 796 095 km2
• Monnaie : la roupie pakistanaise


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Guide pratique
• Formalités : un visa est obligatoire pour se rendre au Pakistan
• Décalage horaire : + 3 h en été et + 4 h en hiver par rapport à la France
• Pour téléphoner au Pakistan, composer le + 92 pour le code du pays, ajouter le 51 pour le code de la capitale Islamabad, suivis du numéro de votre correspondant
• Comment rejoindre Gilgit ?
Au départ d’Islamabad, vous pouvez prendre un avion de la Pakistan International Airlines (PIA). Un petit modèle d’une vingtaine de places qui ne décolle et n’atterrit qu’en fonction du temps, très vite changeant. Vous aurez environ une heure de vol, mais la vue du ciel vaut le détour à elle toute seule. Au-dessus du parterre de nuages blancs, vous ne remarquerez que les sommets des montagnes enneigés toute l’année. Impression irréelle. L’autre choix se porte sur la voiture.
Trajet de 16 h en moyenne, sur une route montagneuse (ravins d’un côté, rochers de l’autre). Le paysage est fantastique, les arrêts dans les petits villages et le contact avec la population valent le détour
• Prévoir sur place un guide, un chauffeur et une jeep pour se déplacer de Gilgit à la frontière chinoise. Pour ceux qui souhaitent faire de l’alpinisme ou avoir des conseils pour préparer une expédition, contacter Karim Imamdad à l’ambassade de la République islamique du Pakistan à Paris. Originaire de Hunza, spécialiste des montagnes de l’Himalaya, il a dernièrement escaladé le Mont-Blanc (16 août 2002) et connaît bien ce « paradis » pakistanais


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• Où loger ?
Dans les PTDC motels. Ils appartiennent au ministère de la Culture et du Tourisme. Confortables et accueillants (Réservations centrales à Islamabad – T : 920 32 23 ou 920 78 58)
Contact
En France
Ambassade de la République islamique du Pakistan
T : 01 45 62 23 32
F : 01 45 62 89 15
Pakistan International Airlines (PIA)
T : 01 56 59 22 93
F : 01 56 59 22 97
Au Pakistan
Ambassade de France
T : 227 87 30/1/2 – F : 282 25 83


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Bibliographie
• Les voix de la partition Inde-Pakistan, d’Uruashi Butalia, Actes Sud, 2002
• Cachemire, au péril de la guerre, de Jean-Luc Racine, Autrement, 2002
• Nanga Parbat, de David Torres Ruiz, Glénat, 2002


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