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Le Caucase du Nord
Le Caucase du Nord :
un corridor géopolitique incontournable F&P : Comment
définit-on géographiquement le Caucase ? Jean Radvanyi :
Le Caucase du Sud est divisé en trois États indépendants
depuis l’effondrement de l’URSS en 1991 : l’Azerbaïdjan,
la Géorgie et l’Arménie. Le Caucase du Nord fait
partie de la Russie actuelle et est composé de sept républiques –
Adyghés, Karatchaïs et Tcherkesses, Kabardes et Balkars,
Ossétie du Nord-Alanie, Ingouchie, Tchétchénie
et Daghestan, de deux territoires – Krasnodar et Stavropol, et
d’une région – Rostov.
En mai 2000, Vladimir
Poutine a créé des districts fédéraux initialement
appelés « Caucase Nord » et maintenant
« District Sud », comprenant tout ce qui est cité
antérieurement plus la République de Kalmoukie ainsi que
les oblasts d’Astrakhan et de Volvograd, qui n’ont rien
de caucasien. Quand j’ai écrit « L’atlas
géopolitique du Caucase » (Langues ’O, 1996),
j’ai exclu Rostov-sur-le-Don (qui n’a aucun lien d’émigration
avec le Caucase) et les trois derniers sites cités précédemment.
Ce « District fédéral Sud », instrument
de Moscou pour influer sur cette région, joue un rôle important
non décisif, mais à l’influence certaine et politiquement
non négligeable. Il est dirigé par un représentant
plénipotentiaire nommé par le chef de l’État
et représente, en fait, un niveau déconcentré de
l’administration présidentielle, avec un siège à
Rostov-sur-le-Don.
Peut-on parler d’une
réelle politique de Moscou envers le Caucase du Nord et quels
en sont les intérêts ? Je pense que oui. La
stratégie est de préserver les équilibres existants
et d’en créer là où il n’y en a pas
de manière à consolider l’insertion de cette région
dans la Fédération de Russie. Du fait de la guerre en
Tchétchénie et de crises diverses, le contrôle russe
a été profondément mis en doute et affaibli. Les
dernières élections présidentielles en République
Karatchaïs et Tcherkesses se sont traduites par un maintien d’un
équilibre interethnique politique local avec une forte présence
d’intérêts russes. La nouvelle Constitution du Daghestan
(région à l’équilibre politique-ethnique
fragile) votée en juillet 2003 va également dans le sens
de ce que veut Moscou. Économiquement, c’est une région
qui a quelques dizaines de millions d’habitants et qui reste pourvoyeuse
des produits méridionaux de la Russie. Cependant, elle n’a
presque pas de pétrole, un peu de gaz, des produits agricoles
et un jour éventuellement du tourisme. Géopolitiquement,
c’est l’un des corridors importants.
Le fait que le Caucase
du Nord ne soit pas ethniquement homogène, cela est-il problématique ? Bien sûr. Mais
il en est ainsi depuis des siècles. Staline a créé
ces républiques multiethniques afin de « diviser pour
mieux régner ».
Comment voyez-vous
son avenir ? Économiquement,
le Caucase du Sud ne peut pas réellement vivre sans une bonne
coopération avec la Russie. De son côté, le Caucase
du Nord peut progresser sans l’Azerbaïdjan, la Géorgie
et l’Arménie. Il bénéficie déjà
d’une stabilisation économique de la Russie et ses régions
sont intégrées dans les réseaux économiques
et commerciaux d’un grand pays qui reprend des forces. Les investissements
russes y sont présents. À moyen terme, les activités
touristiques et agro-industrielles, notamment les eaux minérales,
vont se développer.
Et celui de la Tchétchénie
qui appartient au Caucase du Nord ? Le problème
de la Tchétchénie est complexe et compliqué, et
l’image négative qu’il en ressort se propage sur
l’ensemble de la région caucasienne. Cette impasse est
un cancer qui ronge à la fois Poutine, qui en a hérité
et qu’il a instrumentalisé au moment de son arrivée
au pouvoir, et le Caucase lui-même. Mais quelle que soit la nature
de ce problème et la manière dont on pense le résoudre,
les méthodes employées par l’armée russe
sont absolument inqualifiables et intolérables. Les solutions
peuvent être diplomatiques, mais il faut une volonté bilatérale.
Moscou est responsable en premier lieu de cette situation, mais certains
dirigeants tchétchènes ont également entraîné
leur peuple dans cette impasse. Quant aux Occidentaux, ils préfèrent
ne pas s’en mêler et protéger à la fois l’équilibre
régional et leurs intérêts économiques.
L’islam
dans le Caucase du Nord
F&P : À
quand remonte l’arrivée de l’islam dans le Caucase
du Nord et quelle est son évolution ? Frédérique
Longuet-Marx : De rites païens et aux croyances en de
nombreux esprits, les peuples du Caucase du Nord ont connu l’arrivée
de l’islam, introduit par la conquête arabe, tout d’abord
aux VIIIème et IXème siècles (dans les plaines
du Daghestan), puis au XVIIIème siècle où il s’enracine
très solidement. À la fin de la colonisation tsariste
en 1859, il avait conquis toute la région. Les Russes laissaient
les peuples pratiquer librement leurs cultes religieux tant qu’ils
gardaient un contrôle politique et économique. L’islam
est commun aux peuples du Caucase du Nord, mais chez les Tchétchènes
et les Daghestanais, les confréries soufies (qadiri et naqshbandi,
les deux principales) ont une influence plus forte. Grâce à
ces dernières, la résistance contre l’ordre soviétique,
en faveur de l’athéisme, s’est établie et
l’islam qui s’est maintenu était appelé par
Alexandre Bennigsen « l’islam parrallèle ».
En 1991, après l’éclatement de l’URSS, cette
religion redevient officielle. À partir du milieu des années
1990, le wahhabisme (islam « pur » très
stricte, en conflit avec le soufisme), en provenance d’Arabie
Saoudite et phénomène totalement extérieur au Caucase
du Nord, arrive plus particulièrement au Daghestan et en Tchétchénie.
Moyens financiers et armes suivant, ce courant « d’émancipation »
plaît surtout aux jeunes qui désirent lutter contre le
traditionalisme et s’en libérer.
. La tradition antique
localise le royaume légendaire des Amazones sur la mer Noire.
Au Vème siècle av.J.-C., le poète Eschyle les imagine
originaires « des confins du monde, autour du Méotis
stagnant (la mer d’Azov) » et l’historien Hérodote
fait des Sauromates bien réels des bords du Don, le fruit de
leur union avec de jeunes et vigoureux Scythes
. Prométhée,
fils de Japet et père de Deucalion, appartient à la race
des Titans, qui, selon la mythologie grecque, aurait régné
sur le monde avant que Zeus ne la soumette et n'impose, à tous,
la souveraineté des dieux olympiens. Atlas, frère de Prométhée,
fut alors condamné par Zeus à porter éternellement
sur son dos la voûte du ciel et le poids du monde. Dans sa colère
contre Prométhée et les hommes, Zeus a fait forger par
Héphaïstos, une femme merveilleusement belle et dotée
de tous les charmes, Pandore, qu'il a envoyé à Épiméthée,
porteuse d'une boîte où toutes les calamités se
trouvaient enfermées. Malgré la mise en garde de Prométhée,
Épiméthée accepte Pandore, ouvre la boîte
et tous les maux qui depuis lors affligent l'humanité se répandent
sur la Terre. Ainsi, comme dans la tradition biblique, le châtiment
de l'homme est lié à l'apparition de la femme. Puis, Zeus
a fait attacher Prométhée par Héphaïstos sur
la plus haute cime du mont Caucase, où un vautour lui dévorait
le foie, sans cesse renaissant. Il persista dans une attitude de défi
et refusa de se soumettre à la tyrannie de Zeus. Il fut délivré,
trente ans plus tard, par Héraclès : l'intelligence était
sauvée par la force.
.
Les peuples punis, d’Aleksandr Nekritch, Cahiers libres 371/François
Maspero, 1982 . Les sabres du paradis,
de Lesley Blanch, Lattès, 1990 . Voyage au Caucase,
d’Alexandre Dumas, Hermann, 2002 . Les guerres du Caucase :
des tsars à la Tchétchénie, de Patrick Karam et
Thibaut Mourgues, Plon, 0995 . Les peuples déportés
d’Union soviétique, de Jean-Jacques Marie, Complexe, 1996 . L’islam en
Union soviétique, d’Alexandre Bennigsen, Payot, 1968 . Le soufi et le commissaire,
d’Alexandre Bennigsen, Le Seuil, 1986 . Atlas des peuples
d’Orient, de Jean et André Sellier, La Découverte,
1993 . Caucase du Nord,
de Georges Charachidze, dans « Dictionnaire des mythologies »,
Flammarion, 1981 . Le livre des héros,
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Dictionnaire des nationalités et des minorités en URSS,
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de la Russie, d’Alexandre Grigoriantz, Georg, 2002 . La montagne du sang,
d’Alexandre Grigoriantz, Georg, 1998 . Étrange Caucase,
d’Alexandre Grigoriantz, Fayard, 1978
Sur la Tchétchénie
. Tchétchénie,
le déshonneur russe, d’Anna Politkovskaïa, Buchet/Chastel,
2003 . Un témoin
indésirable, d’Andreï Babitski, Robert Laffont, 2002 . Si je mourais là-bas,
de Dominique Le Guilledoux, Fayard, 2003 . Chienne de guerre,
d’Anna Nivat, Le livre de poche, 2000 . Tchétchénie :
dix clés pour comprendre, écrit par le Comité Tchétchénie,
La Découverte, 2003 . Tchétchénie,
la guerre jusqu’au dernier ?, sous la direction de Frédérique
Longuet-Marx, Mille et une nuits, 2003 . Contes tchétchènes,
de Philippe Frison et Bernard Outtier, Fayard, 2002 . Les identités
de la société tchétchène : l’extérieur
et la guerre, d’Alexandre Toumarkine, revue Hérodote N°81,
avril-juin 1996 . Chamil et la résistance
tchétchène contre les Russes, d’Alexandre Dumas,
Nautilus, 2001 . La Tchétchénie
et la guerre du Caucase au XIXème siècle, de Maïerbek
Vatchgaev, revue Hérodote N°81, avril-juin 1996
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