
LAlbanie
: le pays des aigles
Synonyme
dans beaucoup de mentalités de trafics en tout genre (drogue, prostitution,
crime organisé), lAlbanie, le pays des aigles, à la réputation
de corrompu, est méconnu de beaucoup. Avec ses 362 km de côtes maritimes,
lAlbanie, lun des pays les plus pauvres dEurope (selon les Nations
unies 46,6 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté), offre
des avantages certains à tous les investisseurs intéressés
: une main-duvre jeune, qualifiée et bon marché, un
système politique démocratique, une situation macroéconomique
équilibrée, un secteur privé efficace, des ressources minières,
un potentiel touristique avec sa côte méridionale et une localisation
géographique proche des principaux marchés européens et méditerranéens
(carrefour économique dans les Balkans - Kosovo, Macédoine et Monténégro).
Des secteurs restent encore porteurs comme les infrastructures, le tourisme, les
télécommunications, lagriculture (53 % de la population en
vivent) et le textile. Dautres domaines restent à suivre comme lénergie,
lélectricité et leau. Selon Adrian Shehu, président
de TCN (Hi-tech System Integrator), le futur partenaire économique «
doit venir en Albanie, étudier le marché, ne pas avoir de préjugés,
trouver un partenaire local fiable et utiliser les ressources humaines albanaises
». Bujar Lybesha, vice-président de lADEEFA (Association pour
le développement des échanges économiques entre la France
et lAlbanie) et président du Forum francophone des affaires, estime
que « son pays nest pas assez connu et que les événements
politiques passés ont laissé une mauvaise image. Pourtant, tout
est à construire. La population est jeune et dynamique. LAlbanie
est francophone et francophile, et les Albanais sont très proches de la
mentalité occidentale ». La création demplois est un
enjeu crucial pour le pays qui voit une grande partie de sa population en quête
de partir vivre à létranger « pour une vie meilleure
». Il y aurait autant dAlbanais à lintérieur du
pays quà lextérieur, basés essentiellement aux
États-Unis, au Canada, en Grèce et en Italie, qui contribuent à
faire rentrer des devises dans le pays pour aider leurs familles, source de revenus
importante pour lÉtat. La place de la femme dans les institutions
politiques laisse encore à désirer : deux femmes sont ministres
(ministères de la Culture et des Sports, et du Travail et des Affaires
sociales) sur 18 et cinq femmes, seulement, sont au Parlement sur 140 membres.
Les Albanais, en quête didentité et lAlbanie, à
la structure traditionnelle clanique et dune grande tolérance religieuse,
se découvrent. Ce pays ne peut en aucun cas laisser indifférent
après son premier voyage et donne envie dy retourner. Par Delphine
Evmoon.
Histoire
Les Albanais descendent probablement des Illyriens, peuple indo-européen
installé dans la région de la côte dalmate à la fin
de lÂge de Bronze. Le nom dAlbano apparaît pour la première
fois au IIème siècle de notre ère dans un texte du géographe
Ptolémée, puis régulièrement à partir du Xème
siècle avec les chroniqueurs byzantins.
Le territoire actuel des Albanais, colonisé par les Grecs entre les VIIème
et Vème siècles av. J.-C. passe sous la domination de Rome au IIème
siècle av. J.-C. Le territoire albanais appartient, après la partition
de lEmpire romain en 395, à lEmpire romain dOrient. Il
se retrouve ensuite successivement envahi, comme les Balkans, par les Wisigoths,
les Lombards, les Avars et finalement par les Slaves. Province de lEmpire
byzantin jusquau IXème siècle, le pays est ensuite conquis
par les Bulgares (IX-XIème siècles), puis reconquis par lempereur
Basile II en 1018. En 1190, à la faveur de laffaiblissement de lEmpire
byzantin ravagé par la quatrième croisade en 1204, se crée
la principauté dAlbanie qui constitue le premier État albanais
et dont la capitale est établie à Kruja. Au XIIIème siècle,
le roi de Sicile,
Charles 1er dAnjou, débarque en Albanie et proclame un éphémère
royaume. La domination angevine sécroule sous les attaques de lEmpire
serbe dEtienne Douchan (1331-1355) après la mort de qui le pays sombre
dans lanarchie. Dune mosaïque de petits États régis
par des seigneurs albanais en conflit permanent entre eux émergent alors
deux principautés rivales : lune à Durrës avec Charles
Topia, lautre à Shkodra avec les princes Balsha. À la fin
du XVème, lAlbanie est submergée par les Ottomans en dépit
dune farouche résistance rassemblée derrière Gjergj
Kastrioti Skenderbeg (1403-1468). Pendant près dun quart de siècle,
ce héros national inflige de rudes défaites aux troupes turques,
sans toutefois parvenir à les chasser. Après sa mort, lAlbanie
retombe dans des déchirements féodaux et le sultan Murat II achève
de réduire cette citadelle acensée de la chrétienté.
Lhistoire de lAlbanie sous loccupation ottomane du XVIème
siècle jusquà 1912 est une succession de révoltes qui
échouèrent toutes ; les plus célèbres restent celle
de Bushati à Shkodra (1796) et celle dAli Pacha de Tepelena (1822).
La guerre russo-turque de 1877-1878 conclue par le traité de San Stefano
provoque le réveil éclatant du sentiment national albanais. Ce traité
cède aux Puissances et à la Russie victorieuse des territoires conquis
de lAlbanie : le Sud aux Grecs, le Nord aux Serbes et lEst aux Bulgares.
Face à ce démembrement, tandis que se prépare le congrès
de Berlin (13 juin 1878), les représentants albanais des diverses communautés
se réunissent à Prizren et décident de créer une ligue
armée ayant pour objectif de défendre le pays et dobtenir
lautonomie. Connue sous le nom de Ligue de Prizren, elle a été
détruite par les Turcs et les puissances européennes, mais elle
reste une étape importante de la renaissance du sentiment national albanais.
Le XXème
siècle
Le 28 novembre 1912, après quelque cinq siècles doccupation
ottomane, lAlbanie accède finalement à lindépendance.
Le 29 juillet 1913, les frontières du nouvel État sont définies
par une commission internationale composée des représentants des
six grandes puissances européennes (Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie,
France, Italie et Russie) et dun seul Albanais. Sa superficie est alors
limitée, dans le protocole de Florence du 17 décembre 1913, à
28 748 km2 et laisse en dehors de ses frontières toute la région
du Kosovo, cédée à la Serbie, soit quelque 40 % de sa population.
Actuellement, de nombreux Albanais vivent au Kosovo (représentant quelque
90 % de la population), en Macédoine (environ un tiers de la population)
et en Serbie-Monténégro. Le nouveau roi alors choisi pour lAlbanie
est un prince allemand de 35 ans, Guillaume de Wied (1876-1945), capitaine dans
larmée prussienne et neveu de la reine de Roumanie, dont le règne
ne dura que six mois.
À la fin de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle lAlbanie
a été successivement envahie par les armées des deux camps,
elle retrouve une très courte indépendance. La conférence
de la paix à Paris reconnaît son statut international et elle est
admise à la Société des Nations le 17 décembre 1920.
La conférence des ambassadeurs de quatre pays, dont la France, lItalie,
le Japon et le Royaume-Uni, chargée de fixer les frontières restitue
à lAlbanie les villages dÉpire du Nord, mais laisse
au Monténégro les localités revendiquées par lAlbanie.
Les premières élections de lAlbanie indépendante se
déroulent en avril 1921. Le 1er septembre 1928, Ahmet Zogu se proclame
roi dAlbanie sous le nom de Zog 1er. Le 7 avril 1939, Mussolini adresse
un ultimatum à lAlbanie et le fait suivre dun bombardement.
Le pays est ensuite envahi par les troupes fascistes tandis que le roi quitte
lAlbanie avec sa famille. Le 12, Victor-Emmanuel III sarroge le titre
de roi dAlbanie. Il impose les lois fascistes et, dès le début
de la Seconde Guerre mondiale, sapplique à créer la Grande
Albanie, territoire dont les frontières correspondaient aux limites ethniques
du peuple albanais et qui englobait le Kosovo, la Macédoine et la Tchamerie.
La résistance albanaise sorganise autour du parti communiste dAlbanie
sous la direction dEnver Hoxha (formé en France) et en liaison avec
le mouvement de Tito en Yougoslavie. Après la capitulation de lItalie
le 8 septembre 1943, le pays subit loccupation nazie. Le 28 novembre 1944,
toute lAlbanie est libérée et, le 11 janvier 1946, la République
populaire dAlbanie est proclamée. Elle devient membre du Pacte de
Varsovie en 1955.
LAlbanie rompt ses relations avec la Yougoslavie en 1948, puis avec lURSS
en 1961 et avec la Chine en 1977. Suite à ces séparations, lAlbanie,
au lieu de se rapprocher de lEurope, senferme dans un isolement total.
Dirigée par Enver Hoxha (décédé en avril 1985), lAlbanie
devient lune des dictatures les plus dures des pays de lEst. Ramiz
Alia devient président en novembre 1982. À partir de 1990, suite
au mécontentement général, le parti communiste entreprend
des réformes économiques et politiques. Il faut cependant attendre
la chute du mur de Berlin, la révolution en Roumanie, les exodes massifs
de juillet 1990, lintensification de la pression internationale et la révolte
des étudiants de Tirana pour que, le 11 décembre 1990, le multipartisme
soit instauré. À cette époque, de nombreux Albanais ont quitté
leur pays pour sinstaller essentiellement aux États-Unis, au Canada,
en Grèce, en Italie, en Allemagne et en Grande-Bretagne. En mars 1991,
lors des premières élections libres, les communistes prennent le
pouvoir et Ramiz Alia est réélu en avril 1991. Les relations diplomatiques
reprennent avec les États-Unis après 51 ans de rupture. Grèves
et manifestations obligent le gouvernement à organiser des élections
législatives en mars 1992 remportées par le parti démocratique.
Sali Berisha devient le premier président de la République non communiste
depuis la Seconde Guerre mondiale. En mai 1992, lAlbanie signe un accord
de coopération avec lUnion européenne (appelée à
lépoque Communauté économique européenne). En
1992, elle devient membre de lOrganisation de la conférence islamique
et en juin 1995, membre du Conseil de lEurope. En février 1997, un
scandale financier, provoqué par la faillite de sociétés
dépargne (système bancaire pyramidal), déclenche une
violente manifestation dans les rues de Tirana, la capitale, avant datteindre
tout le pays. Des milliers de gens se retrouvent sans travail et sans argent du
jour au lendemain. En mars, au plus fort de la crise, le Conseil de sécurité
des Nations unies autorise lenvoi en Albanie dune force armée
multinationale en charge dassurer la sécurité des ports et
dacheminer laide humanitaire. Le 31 janvier 2003, Romano Prodi, président
de la Commission européenne, sest rendu en visite officielle en Albanie
afin douvrir les négociations sur un accord dassociation et
de stabilisation. Le 24 juillet 2002, Alfred Moisiu a été élu
président de la République dAlbanie pour un mandat de cinq
ans et Fatos Nano (Parti socialiste) est devenu Premier ministre le 31 juillet
de la même année.
Carte didentité
Nom officiel : République dAlbanie
LAlbanie est membre de lONU, de lOMC (depuis
2000), du FMI, de la Banque mondiale, du Conseil de lEurope, de lOrganisation
de la conférence islamique (1992) et de lOrganisation mondiale de
la francophonie (1999)
Point culminant : Korab (2 751 m)
Monnaie : le lek (1 euro = 137 leks en mars 2003)
Climat : méditerranéen au centre, dans le Sud
et sur la côte, et continental dans le Nord
Fête nationale : 28 novembre (1912)
Capitale : Tirana (quelque 700 000 habitants en 2003, contre
4 000 en 1703, 15 000 en 1901 et 250 000 en 1990). Tirana est située sur
le même parallèle que Naples, Madrid et Istanbul et sur le même
méridien que Budapest et Cracovie
Principales villes : Durrës, Shkodra, Korça, Vlora
Population : quelque 3,1 millions (2001) (dont 49,9 % dhommes
et 50,1 % de femmes) elle est composée à quelque 95 % dAlbanais
de souche les minorités sont les Grecs (3 %), les Macédoniens
et les Tsiganes
Croissance démographique : 1,06 %
Espérance de vie : hommes, 69,27 ans ; femmes, 75,14
ans
Densité : 106,8 hab./km2
Population urbaine : 42,2 %
Population rurale : 57,8 %
Langue : lalbanais. Langlais et litalien sont
très répandus
Superficie : 28 748 km2
Frontières : le Kosovo, le Monténégro,
la Macédoine, la Grèce et les mers Adriatique et Ionienne
Religions : environ 70 % de musulmans, 20 % dorthodoxes
et 10 % de catholiques
Régime : république parlementaire
Structure administrative :
- Le président est élu pour cinq ans par le Parlement
- Le Premier ministre est nommé par le président sur proposition
du parti ou de la coalition ayant la majorité en place au Parlement
- Le Parlement comprend 140 députés
- LAlbanie est divisée en douze départements, 309 communes
et 65 municipalités
Guide
pratique
(Pour téléphoner en Albanie, composez le + 355 pour le code de pays,
le 4 pour Tirana, suivis du numéro de votre correspondant)
Comment y aller ?
Il nexiste aucun vol direct au départ de Paris. Austrian Airlines
propose des vols quotidiens Paris-Tirana via Vienne (T : 0820 816 816)
Formalités : un passeport en cours de validité. Une taxe
de 10 euros est à payer à votre arrivée à laéroport
ainsi quau moment du départ
Il nexiste aucun décalage horaire entre la France et lAlbanie
Où loger à Tirana ?
Au Grand Hotel Tirana. Situé au centre de la capitale
dans lun des plus beaux quartiers de la ville, ce quatre étoiles
offre tout le confort nécessaire à vos voyages daffaires (T
: 253 219/253 ou 220/224 386 F : 247 996)
Au Sheraton Tirana Hotel & Towers, ouvert en mai dernier.
Ce premier cinq étoiles de la capitale offre toutes les facilités
des hôtels de la même chaîne dans le monde entier dont la réputation
nest plus à faire (T : 235 762/63 F : 235 764)
Où petit-déjeuner ?
Chez « Pains et pâtisseries ». Et oui, une Française,
Marie-Thérèse Marchal, installée en Albanie depuis 1992,
a ouvert à Tirana, en 2000, cet endroit charmant et chaleureux où
les effluves de pain chaud et de gâteaux fraîchement sortis du four
vous effleurent dès votre entrée dans ce salon de thé, au
grand bonheur des Albanais
et des étrangers (Rruga Dëshmorët e 4 Shkurtit)
Où
déjeuner ?
À La Tavernetta. Trattoria italienne située dans
une cave de style gothique, buffet de salades et pâtes fraîches (T
: 254 834)
Chez Era. Restaurant typiquement albanais fréquenté
essentiellement par les habitants de la capitale (T : 257 805 260 749)
Où
dîner ?
Au Sky club. Le seul restaurant panoramique de la ville où
lon peut également prendre un verre avant ou après dîner
(T : 221 666, extension 143)
Au Prince Park. Cuisine internationale dans ce restaurant situé
sur les hauteurs de la ville de Tirana dans un superbe parc. Le Chateaubriand
y est délicieux (T : 345 954)
Où
boire un verre ?
Au Boom Boom Room. Orchestre tous les soirs. Accueil charmant,
pizzas pour les affamés, vins pour les amateurs et musique en direct pour
tous les styles (T : 243 702)
Au Cowboy Manhattan Pub. Ambiance western, clientèle
jeune (T : 253 822)
Médias
: lAlbanian Daily News est le seul quotidien de langue anglaise (site
Internet : www.AlbanianNews.com). Pour en savoir plus sur léconomie
du pays, se procurer sur place lAlbanian Observer (T : 235 242)
Contacts
En France
Ambassade dAlbanie
57 avenue Marceau
75116 Paris
T : 01 47 23 31 00
F : 01 47 23 59 85
En Albanie (Tirana)
Alliance française
T : 364 932 F : 365 078
(il existe trois Alliances françaises en Albanie. Celle de Tirana est ouverte
depuis 1992)
Ambassade de France
T : 234 250/234 054
F : 234 442 - site Internet :
http://ambfrtir.albnet.net
Mission économique de France
T : 234 266 F : 228 983 site Internet : www.dree.org/albanie
(Tirana est une antenne de la Mission économique de France basée
à Rome)
Délégation de la Commission européenne
T : 228 320/234 284 F : 230 752 site Internet :
www.delalb.cec.eu.int
UNDP (United Nations Development Programme)
T : 233 122 F : 234 448 site Internet : www.undp.org.al
ADEEFA (Association pour le développement des échanges
économiques entre la France et lAlbanie)
T : 259 107/272 827 F : 272 828
Ne pas
manquer !
A quelque 30 mn en voiture de la capitale (soit 32 km), visiter le village de
Kruja et son château situés dans les montagnes. Kruja est située
à 600 m daltitude. Sa position est stratégique et vous offre
une vue imprenable sur la ville dUlqini au Monténégro et la
mer Adriatique. Visiter ce village relève dune obligation si lon
sintéresse à lhistoire de lAlbanie car son passé
relate la vie et le travail du héros national Gjergj Kastrioti Skenderbeg,
dont on peut visiter le musée situé dans son fort reconstruit.
A lire
absolument !
Lécrivain Fatos Kongoli
Fatos Kongoli, francophone et francophile, est né en 1944 à Elbasan,
au centre de lAlbanie. Mathématicien de formation (trois détudes
à Pékin en Chine de 1961 à 1964), il a été
professeur, puis a travaillé dans la presse et lédition. Il
se consacre aujourdhui à lécriture, sa passion. «
LAlbanie na pas besoin de charité, mais de compréhension
et de connaissance », dit-il au sujet de son pays cher à son cur.
Fatos Kongoli a découvert la France en 1989, mais elle toujours représentée
dans son imaginaire « un espace dévasion et de liberté
». Cest son père, violoniste, qui lui a fait choisir la langue
française à lécole. Ses auteurs français préférés
sont nombreux : Victor Hugo, Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar, Stendhal,
François Mauriac et Jean Giono. « LAlbanie, aux traditions
claniques, est le pays de la région le plus lié à lOccident
et la tolérance religieuse est un fait au quotidien », ajoute-t-il
fièrement. Son premier livre « Les mêmes soucis » est
paru en 1972 en Albanais avant dêtre traduit en français quelques
années plus tard. Son dernier roman, « Le rêve de Damoclès
», paru aux éditions Rivage en 2001, est le quatrième de sa
tétralogie sur lAlbanie contemporaine et ressemble à un règlement
de compte avec son histoire albanaise durant les temps de la dictature. «
Ces romans sont une incursion dans le passé qui appartient encore à
la réalité quotidienne daujourdhui en Albanie »,
précise t-il. Son écriture est belle et envoûtante, chargée
démotion et de violence. Il prépare actuellement son cinquième
recueil quil considère « comme un pont pour traverser une autre
époque ». Un nouvel univers commence.
(Les trois premiers titres de sa tétralogie sont : Le Paumé,
Lombre de lautre, Le dragon divoire, parus aux éditions
Rivages)
Une
Française à Tirana
Marie-Thérèse Marchal
En 1989, Marie-Thérèse Marchal, alors consultante indépendante
pour des compagnies dassurances spécialisées dans les expertises
dimmeubles, mariée et mère de cinq enfants (aujourdhui
grand-mère), rencontre, lors dun dîner familial à Paris,
un couple âgé habitué de lAlbanie pour des raisons humanitaires.
Ils lui demandent de venir lors dun prochain séjour. Marie-Thérèse,
peu habituée aux voyages, intriguée, dit oui. Son aventure albanaise
commence le 17 mai 1990.
Elle se rend à la Chambre de commerce de Tirana, rencontre une jeune Albanaise
parlant le français et toutes deux se mettent à discuter de ce quil
est possible de faire dans ce pays. Marie-Thérèse, blonde, grande
et élégante, rentre à Paris débordante denthousiasme
et pleine de nouvelles idées en tête. Jusquen 1992, elle effectue
plusieurs allers-retours entre la France et lAlbanie avant de décider
de sy installer. Elle devient consultante pour des entreprises françaises
et simplique dans la vie sociale locale. En 1996, parlant désormais
couramment la langue nationale, elle obtient la double nationalité «
pour se sentir plus proche des Albanais ». Après la catastrophe financière
de 1997, Marie-Thérèse choisit de se lancer en politique «
pour savoir ce quelle pouvait apporter à la population ». Elle
se présente en indépendante pour la première fois aux élections
parlementaires en 1997 et récolte 3 % des voix à Kavajë. En
juillet 2000, elle monte sa propre affaire : une pâtisserie/salon de thé
à la française, un endroit chaleureux et accueillant en plein cur
dun quartier chic de la capitale, Tirana. Pains au chocolat, croissants,
brioches, tartes aux pommes ou aux fruits, gâteaux au chocolat, madeleines
au citron (la spécialité de la maison), confitures aux quetsches
ou aux abricots, sandwichs jambon/beurre/cornichons/baguette ou tomates farcies
(le plat du jour), tout vous fait envie et résister devient impossible.
Elle forme son personnel, emploie quelque dix personnes et organise régulièrement
des soirées « poésies ». Dynamique, pleine denthousiasme,
créatrice et un tant soit peu idéaliste, elle ne baisse pas les
bras, persiste, veut devenir une locomotive politique et se représente
en 2001, à Tirana, dans le quartier où elle habite. Son programme
: créer des emplois, construire des immeubles à loyers modérés
pour que les jeunes arrêtent de quitter le pays faute de moyens, résoudre
les soucis dacheminement deau potable et créer un ministère
de contrôle des autres ministères pour faire face aux nombreux problèmes
de corruption, monnaie courante en Albanie, mais fléau contre lequel le
gouvernement essaie de lutter. Nouvel échec politique, mais elle ne désespère
toujours pas pour autant. Elle y croit, reste sensible aux sourires des Albanais
et veut laisser un souvenir derrière elle. « Jai quitté
mon pays, mon mari et mes enfants. Jai donné plus des dix dernières
années de ma vie à lAlbanie et aux Albanais. Me le rendent-ils
vraiment ? », sinterroge souvent Marie-Thérèse Marchal,
qui aime profondément ce pays. Quelle sera la réponse ? Seul lavenir
le dira ou les prochaines élections municipales en octobre 2003.
Le
point de vue de
Julien Roche
Installé depuis 1992 en Albanie, homme daffaires réputé
dorigine française, fin connaisseur de lAlbanie, Julien Roche
est actuellement co-président de la société Ada Holding,
créée le 20 octobre 1989, avec Marsel Skendo, de nationalité
albanaise.
Le plus grand groupe privé du pays fédère aujourdhui
28 sociétés et fait travailler en totalité plus de 3 870
personnes.
F&P : Que pensez-vous de la présence française en Albanie
et de son évolution ?
Julien Roche : La présence française en Albanie est malheureusement
trop limitée. Cela tient principalement au fait que lhistoire a rarement
fait se rencontrer ces deux pays, à lexception de la période
des guerres balkaniques où la France a créé la première
République des Confins dAlbanie, doù est né le
fameux Lycée français de Korça, ville appelée habituellement
« le petit Paris » encore aujourdhui. La conférence de
Londres en 1912 a tracé les frontières modernes de lAlbanie
en négligeant les importantes minorités dans ce que sont aujourdhui
le Kosovo, la Macédoine et le Monténégro. Doù
les problèmes actuels qui remontent à ces décisions de cabinet
sans rapport avec les réalités ethniques. Mussolini, lors de son
« séjour » en Albanie, a fermé ce Lycée français
de Korça qui ne devait jamais voir ses portes souvrir à nouveau.
Et pourtant, une tradition francophone demeure dans cette région où
Radio France Internationale (RFI) vient de mettre en place le premier émetteur
en langue française pour le plus grand bonheur de ses habitants après
avoir équipé Tirana et le Nord de lAlbanie.
Depuis quelques années, sous limpulsion personnelle de lancien
président de la République, Rexhep Meidani, universitaire et fin
francophile, lAlbanie est rentrée dans le monde de la francophonie.
Mais il reste encore tant à faire : il ny a pas de Centre culturel
français ni de conseiller commercial à lAmbassade de France,
cas unique en Albanie (il existe tout de même un bureau de représentation
de la Mission économique française à Rome qui fait un travail
efficace sous la houlette de Mirela Mata).
Air France volait sur Tirana pendant les dernières années de la
dictature, désormais aucun vol direct ne relie Paris à Tirana et
ceci depuis onze ans. LAlbanie est le seul pays de la région à
navoir jamais reçu la visite dun président de la République
française (Lionel Jospin, Premier ministre, a visité les forces
françaises stationnées à Elbasan en Albanie centrale pendant
deux heures à loccasion de la guerre au Kosovo en 1999).
Il nexiste pas de protocole financier entre la France et lAlbanie,
laide bilatérale est quasiment inexistante (à lexception
de la branche prestigieuse dun hôpital à Tirana). Pourtant,
la France participe de façon significative, via lUnion européenne,
à laide à lAlbanie, mais elle est invisible aux yeux
des Albanais. La Suisse, par exemple, qui offre des financements bilatéraux
vingt-cinq fois moins importants que la France, apparaît du fait de la bilatéralité
et de leffort que ce pays fait pour les mettre en valeur aux yeux des Albanais,
comme un important contributeur.
Il existe pourtant à Tirana une « minorité » dAlbanais
fins francophones et francophiles, qui appartient généralement à
lélite nationale dans son domaine de compétences.
Plus généralement, lUnion européenne (dont la France
pour environ 20 %) finance le développement albanais et les États-Unis
y font la politique. Ce simple rappel (dun Premier ministre albanais en
exercice) des morts américains sur les plages de Normandie, outre son bon
goût douteux, avec lenvoi dun corps expéditionnaire de
75 hommes pour lIrak (qui a quitté lAlbanie le lendemain de
la prise de Bagdad) et la signature du document de Vilnius en soutien inconditionnel
aux États-Unis montrent de façon claire cet attachement historique
au principe « du grand frère protecteur » (en oubliant les
vrais principaux bienfaiteurs), qui furent en leurs temps la Yougoslavie, puis
lUnion Soviétique, la Chine et enfin les États-Unis. Une fausse
image de la France, amie des Serbes, perdure dans son aspect très négatif.
Pourtant, lAlbanie est sur le chemin de lEurope, la route est encore
longue, mais les mentalités évoluent dans le bon sens.
Quels sont les avantages et les désavantages que peut présenter
lAlbanie aux yeux des investisseurs français ?
Alors quun traité dAmitié entre lAlbanie et la
France et quune convention de protection réciproque des investissements
aient été ratifiés par les deux Parlements, il nexiste
malheureusement pas encore dans les faits de convention de non double imposition
pour les investisseurs français en Albanie.
La Coface ne couvre pas le « risque » albanais et les entreprises
françaises ne sont pas franchement attirées par ce marché
pourtant intéressant.
Lorsquun Français est résident en Albanie, il doit payer des
impôts également sur ses revenus hors dAlbanie. Il y a donc
un certain nombre daménagements à réaliser et les autorités
compétentes semblent sen préoccuper.
En revanche, il faut insister sur le fait que lAlbanie nest plus un
pays dangereux. Il est certainement moins risqué de se promener dans Tirana
le soir que dans certains quartiers de Paris ou de Washington. Le signataire de
ce document sest fait agresser deux fois pendant ces douze dernières
années de présence en Albanie : une fois à Paris 15ème
et lautre fois à Megève ! Évidemment, il existe des
zones isolées et sauvages en Albanie qui sont à éviter, mais
elles sont loin des métropoles et ne présentent aucun intérêt
économique, pour le moment, pour linvestisseur étranger.
Un avantage important : lAlbanie ne produit pratiquement rien pour le moment.
La majorité des produits un peu évolués, voire simplement
agricoles, est importée ! Il y a donc un énorme marché pour
la remise en route de la production locale dans tous les domaines pour les PME
françaises, à condition quelles fabriquent sur place des produits
solides et fiables, et quelles trouvent des partenaires albanais de premier
plan qui pourront gérer, pour leurs comptes, les « spécificités
» albanaises du moment qui sont lobstacle principal au développement
industriel et harmonieux de ce pays. Il faut en effet savoir que la concurrence
est rarement loyale et que la façon de gérer les conflits dintérêts
est parfois très acrobatique et fort éloignée dans les faits
des décisions de justice, les hommes de pouvoir portant souvent très
bien leur nom.
Enfin, et curieusement, alors que le Sud de lItalie, toute proche, manque
cruellement deau, lAlbanie est la première ressource en eau
de toute lEurope ! Ce qui nempêche pas la capitale, Tirana,
de manquer régulièrement deau par le fait de réseaux
de distribution obsolètes. Le paradoxe albanais !
Lélectricité est encore un énorme problème pour
les quelques années à venir, en attendant que les très importants
investissements réalisés dans ce domaine grâce aux bailleurs
de fonds internationaux ne se révèlent opérationnels.
Quels peuvent être les secteurs porteurs ?
. Dans limmédiat : des nouveaux marchés (éviter de
rentrer en compétition avec des opérateurs locaux existants) ; la
production locale pour le marché local (tous secteurs) ; la production
locale pour lexportation dans le textile, la chaussure... ; une main duvre
de qualité, relativement bon marché, mais attention au suivi de
qualité ; lagriculture : serres, vinification
; les plantes
médicinales, le tabac.
. À terme : le tourisme dans le Sud de lAlbanie et la gestion des
ressources naturelles deau.
Un message
?
LAlbanie nest pas un pays facile, mais il serait dommage de ne pas
sy intéresser car de réelles potentialités existent.
Son approche est parfois déconcertante, mais, jour après jour, la
situation saméliore, les Albanais ayant la particularité de
collectionner les erreurs qui paradoxalement les font avancer plus vite que les
autres dans la bonne direction. Un solide bon sens, des nerfs dacier et
un excellent partenariat local rendent lAlbanie véritablement attractive.
Mais il ne faut pas en minimiser les risques, surtout sans soutien dorganismes
comme la Coface.
Rencontre
avec Ismail Kadaré
F&P : Pourquoi avoir choisi lécriture dans un pays où,
à lépoque, la liberté dexpression nexistait
pas ?
Ismail Kadaré : Lécriture était une passion et
une vocation. Quand jai commencé à écrire, je navais
pas conscience de la situation politique de mon pays. Je pensais quil était
comme les autres. Je ne savais pas que la liberté nexistait pas et,
de plus, jétais très jeune lors de mes premiers écrits.
Javais onze ans. À dix-sept ans, jai publié mon premier
livre de poèmes. Je nai compris que bien plus tard ce que signifiait
la répression de la littérature.
Vous avez quitté lAlbanie en 1990. Sort-on indemne dune vie
denfermement sous la dictature ?
Personnellement, la dictature na laissé aucune trace dans mon esprit.
Si lécrivain prend au sérieux la dictature, il est fini. Vous
vous en sortez si vous vous sentez lié à la littérature.
Quelle place peut occuper un dictateur face au fantôme dHamlet. Jétais
lié à un autre monde. Si avec les années vous gardez cette
priorité, vous êtes sauvé. La distance que vous avez avec
votre pays nest alors pas dangereuse. Malheureusement, une grande partie
des écrivains tombent dans ce piège et prennent trop au sérieux
lordre social. La folie peut les guetter.
Pourquoi être venu en France quand vous avez décidé de
quitter lAlbanie ?
Quand je suis venu en France, cela navait rien à voir avec lessence
même de la dictature albanaise. Ma famille et moi-même nétions
pas en danger en Albanie. Jai choisi de rester en Albanie avec son malheur
quand la répression était terrible. Quand je suis parti et ai demandé
lasile politique en France, cela nétait pas pour me sauver
de la dictature, mais pour raconter aux Albanais, de lextérieur,
ce qui se passait dans leur pays. Cette époque correspondait à celle
de la libéralisation de lunivers communiste et les dirigeants albanais
jouaient un jeu assez hypocrite en promettant à la population des réformes
et un rapprochement avec lOccident qui narrivaient jamais. Comme la
Corée du Nord et Cuba. Les décisions devaient être radicales
et lurgence était de mise. Rapidement après mon arrivée,
la radio « Voix dAmérique », qui donnait une émission
en langue albanaise, a annoncé que jallais faire une déclaration
sur les ondes : les Albanais sont rentrés chez eux et ont écouté
ce que javais à dire. Le message était : « Jai
quitté lAlbanie, ce pays est en danger, il faut que lAlbanie
se rapproche de lEurope et quelle devienne démocratique ».
Cela a fait leffet dune bombe atomique. Le lendemain, on ma
traité de traître et tous mes livres ont été interdits
dans les librairies albanaises. Mais cela nétait pas possible car
jétais dans toutes les bibliothèques et les manuels scolaires.
Toute la population ne parlait que
de cela. Deux mois après, le mouvement des étudiants albanais a
commencé. Je ne dis pas que jen suis à lorigine, mais
jai joué le rôle que je métais promis en partant.
Que pensez-vous de lAlbanie daujourdhui et de son image à
lextérieur ?
LAlbanie a une image quelle ne mérite pas. On a écrit
beaucoup de mal et noirci son portrait. Ce pays a une histoire et une civilisation
ancienne oubliées. Les Albanais, en général, ont un niveau
culturel et déducation assez élevé. Tous les prétextes
sont bons pour en donner une image déplorable : cest une nation communiste,
toutes les mafias y sont présentes et tous les trafics la traversent. Comment
cette petite Albanie, avec son espace géographique étroit, très
jeune sur le plan des relations internationales, peut-elle diriger la mafia européenne
? Cest une ineptie totale. Les minorités ne sont pas non plus persécutées
comme on se plaît à le raconter. La mafia albanaise existe et elle
est liée avec les politiciens, mais ce nest pas une spécialité
albanaise. A la télévision française, on ne voit pas de reportages
objectifs. On montre toujours les poubelles et les Tsiganes, non représentatifs
de la population albanaise, ni de la vie du pays. La France, même si on
montre des images négatives, véhicule une image forte et construite.
Ce nest pas le cas de lAlbanie qui doit linstaurer.
Comment expliquez-vous que les contacts entre lAlbanie et la France soient
si faibles ?
Ce nest pas la faute des Albanais. La France a été découragée
dans les Balkans et a toujours gardé son amitié avec la Serbie,
quelle prend pour un grand pays. Ce qui nest pas vrai. Certains ambassadeurs
de France en Albanie ont même contribué à détruire
les relations entre les deux pays. Je lai dit au ministère des Affaires
étrangères français et à lAssemblée nationale.
On ne ma pas écouté.
Si vous
deviez décrire lAlbanie en quelques mots aux personnes qui ne la
connaissent pas, que diriez-vous ?
Cest un pays assez pauvre qui essaie davoir une vie normale. La classe
politique, dans son ensemble, est peu constructive. La corruption est courante.
LAlbanie est par contre, aujourdhui, lun des pays les plus émancipés
politiquement et socialement des Balkans, et lun des premiers pays de la
région à sêtre débarrassé du nationalisme.
Même si on dit le contraire, cest un mensonge. Les Albanais sont courageux,
aventuriers, ambitieux et détachés de ce nationalisme idiot balkanique.
Ils ont une énergie formidable utilisée, parfois, je dois le dire,
négativement. La presse est libre, parfois trop, agressive et très
critique envers son gouvernement. Ce pays fait parfois des erreurs, mais souvent
retournées contre elle-même. LAlbanie a besoin de compréhension,
dindulgence, dobjectivité et de partialité.