LA
SÉCURITÉ EN BOSNIE-HERZÉGOVINE
Avec
un conflit qui a duré de 1992 à 1995, nombreux sont
ceux qui pensent encore que la Bosnie-Herzégovine est un
pays non sécuritaire. Rencontre avec le brigadier-général
Lambert Lucas, directeur-adjoint de la Mission de police de l’union
européenne (MPUE).
La
Mission de police de l’Union européenne
Faits & Projets : Pouvez-vous présenter
l’historique et le rôle de la Mission de police de
l’Union européenne ?
Lambert Lucas :
Cette mission est la première à avoir été
mise en place début 2003 et elle s’est terminée
en décembre 2005 avec quelque 500 officiers internationaux.
L’union européenne a alors décidé de
redémarrer une seconde mission qui va durer deux ans, de
début 2006 à fin 2007, avec environ 170 à
180 officiers. Le mandat donné à cette seconde mission
est davantage focalisé sur le renforcement de la lutte
contre le crime organisé et l’inspection interne
des forces de police (corruption…), alors que la première
avait une approche plus pragmatique et apportait un soutien à
la police locale à tous les niveaux. La seconde apporte
également un soutien à la réforme en cours
de la police en Bosnie-Herzégovine qui a pour objectif
de créer une police unique dans le pays, sans séparation
ethnique, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il
existe actuellement deux polices différentes : une
dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine
et une autre dans la Republika Srpska. Notre travail avance bien
et même mieux que prévu. Nous ressentons que la police
locale a envie de bouger et d’être davantage autonome.
Elle trouve parfois notre présence pesante et veut nous
montrer de quoi elle est capable, ce qui est un signal positif.
Quelques problèmes persistent, notamment les salaires des
policiers particulièrement bas et les relations avec les
procureurs qui ne sont pas encore totalement stabilisées,
surtout dans les cantons, mais pas à Sarajevo.
Que pouvez-vous dire de l’image négative
de la Bosnie-Herzégovine à l’étranger ?
Ce
sont des clichés. Pour beaucoup, la Bosnie-Herzégovine
est difficilement situable sur une carte géographique.
On a entendu parler des faits gravissimes qui se sont déroulés
ici il y a plus de dix ans. Le pays est connu aujourd’hui
pour la recherche de criminels de guerre, la présence militaire
de l’Union européenne, dont la nécessité
est effective, mais pas au niveau auquel elle est actuellement.
Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui quand
on part pour la Bosnie-Herzégovine, on vous souhaite encore
bonne chance et on vous recommande d’être prudent.
La situation n’est pas encore totalement stabilisée
et les mines posent encore un problème. Mais pour y vivre,
je n’ai pas du tout ce sentiment : le problème
de la sécurité est tout à fait stabilisé,
il fait bon vivre ici et il n’existe aucune menace particulière
ni sur les personnes ni sur les biens. La situation est comparable,
voire parfois meilleure, à certains endroits d’Europe
de l’Ouest. Les problèmes ne concernent pas la sécurité,
ils se situent au niveau du développement économique
qui a pâti du fait que la Bosnie-Herzégovine a mauvaise
presse. Les investissements sont encore peu nombreux. La Bosnie-Herzégovine
pourrait vivre aujourd’hui sans la présence internationale.
Il est évident qu’en 1992 et dans les années
suivantes, vu l’état du pays, la communauté
internationale avait sa place : elle a commencé à
se déployer et a tout refait, dont la Constitution et la
mise en place des institutions. Ce sont les Accords de Dayton,
qui, par ailleurs, n’ont pas été approuvés
par le peuple. Une culture de dépendance s’est développée,
surtout au niveau des élites, qui ont du mal à s’en
défaire. La situation est en fait confortable. Le revers
de la médaille est que pendant longtemps les Bosniens n’ont
pas été capables de prendre leur destin en main
et de rebondir. Il est temps maintenant que ce pays prenne en
charge son avenir et se débarrasse de cette tutelle. C’est
ce que souhaite la communauté internationale. Aujourd’hui,
la Bosnie-Herzégovine est en transition et a énormément
accéléré le processus des réformes,
notamment an matière législative (réformes
de la Constitution, de l’armée…). La réforme
de la police reste néanmoins une condition incontournable
pour la signature de l’Accord de stabilisation et d’association
avec l’Union européenne.
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Les
mines en Bosnie-Herzégovine
De nombreuses zones, pas toujours bien localisées,
sont encore minées. Elles résultent du conflit
qui a déchiré le pays entre 1992 et 1995,
et se situent majoritairement le long des anciennes lignes
de front. Un programme de déminage est en cours.
La prudence est donc de rigueur et il est recommandé
de ne pas s’aventurer dans le pays sans quelqu’un
qui connaît bien le terrain.
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