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À QUAND UNE COMMISSION VÉRITÉ ET RÉCONCILIATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE ? Le 12 mai 2001, le juge Claude Jorda, président du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), a prononcé un discours lors d’une conférence consacrée à la création d’une Commission vérité et réconciliation en Bosnie-Herzégovine. Il a, à cette occasion, mentionné « l’importance qu’il attachait à cette initiative ». « La Commission vérité et réconciliation doit être un organe complémentaire de l’action du Tribunal international », a-t-il précisé. Rappelons que la résolution 827 du Conseil de sécurité des Nations unies a voté la création du TPIY à New York le 25 mai 1993. Toujours selon cette même résolution, le TPIY doit réprimer les violations graves du droit international humanitaire perpétrées sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis 1991 en vue de contribuer à la restauration et au maintien de la paix. Sa mission est, en d’autres termes, de promouvoir la réconciliation par la poursuite, le jugement et le châtiment des auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocides. L’initiative
de la Commission vérité et réconciliation
émane de la société civile et est principalement
destinée à retisser progressivement le lien social
et à reconstituer ce qu’il appellerait le « vouloir
vivre ensemble ». La Commission
aurait, selon lui, un rôle fondamental à jouer sur
le plan de la réparation des dommages causés aux
victimes. La Commission doit analyser en détail les causes
historiques, politiques, sociologiques ou économiques des
fractures de la société bosnienne qui ont entraîné
le conflit. La Commission doit aborder son travail dans une perspective
pédagogique et historique de reconstruction de l’identité
nationale.
Lors d’un discours prononcé en 2002 par Jakob Finci, président de la future Commission vérité et réconciliation et président de la communauté juive de Bosnie-Herzégovine, il a estimé qu’il était temps de l’établir bien qu’elle ne soit pas une voie magique pour résoudre tous les problèmes, mais qu’elle pouvait probablement aider à améliorer les relations interethniques et personnelles. « Cela peut nous aider à faire face à notre passé de manière ouverte même si cela est douloureux », précise-t-il. C’est un travail parallèle au TPIY qui donne essentiellement la parole aux victimes. En 2006, le débat sur la nécessité de créer une Commission vérité et réconciliation en Bosnie-Herzégovine est toujours d’actualité car elle n’a toujours pas démarré. Actuellement, le débat s’ouvre également en Croatie. Un tel programme existe déjà en Serbie. De telles commissions ont vu le jour en Afrique du Sud et en Sierra Leone. Rencontre avec Jakob Finci Faits
& Projets : Est-il possible d’avoir une seule histoire
en Bosnie-Herzégovine et selon vous la création
d’une Commission vérité et réconciliation
est-elle nécessaire ? Si
vous deviez définir la Bosnie-Herzégovine, que diriez-vous ?
Le
Centre de documentation et de recherche Le Centre de documentation et de recherche a été créé le 19 avril 2004 dans le prolongement de la Commission des crimes de guerre établie par la présidence de Bosnie-herzégovine le 28 avril 1992. Le RDC est une organisation non gouvernementale (ONG) indépendante et une institution non politique. Sa tâche principale est de rechercher et de collecter des faits, des données et des documents sur le génocide, les crimes de guerre et les violations des droits de l’homme en rapport avec l’ethnie, l’appartenance politique, religieuse, sociale et raciale du passé des victimes du conflit qui s’est déroulé en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995. La base de données du RDC est l’une des plus importantes du secteur civil en Bosnie-Herzégovine. Quelque 300 000 noms de victimes de guerre ont été enregistrés, incluant 96 802 personnes décédées ou portées disparues (chiffres publiés en mai 2006). Quelque 440 prisons et camps de concentration, plus de 320 charniers et environ 900 crimes de masse où les victimes étaient des civils ont été enregistrés. « Faire face à son passé est une clé pour la réconciliation. C’est une partie de notre stratégie. Cependant pour y faire face, il est indispensable d’avoir le soutien des autorités, de la société civile et des victimes », indique Mirsad Tokacca, directeur du RDC et ancien enquêteur pendant 14 ans à la Commission d’État pour les crimes de guerre. Le RDC veut agir pour éviter toute falsification de l’histoire, la manipulation ou la révision de l’histoire, et créer un environnement dans lequel il y aura une responsabilité sociale ou un sentiment similaire face à la souffrance des victimes, de leurs familles et de leurs amis. « Faire face à son passé est également une manière de faire justice, de faire émerger la vérité et de respecter les lois afin d’espérer une paix durable à l’avenir », précise-t-il. « Aux niveaux local et régional, la déshumanisation des victimes continue à travers le déni et l’impunité, et seulement la construction d’une confiance solide en la justice pourra contribuer à la restauration de la justice à travers le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) d’abord. La communauté internationale considère le travail des tribunaux locaux comme une priorité politique et une condition pour la stabilité et la démocratie dans les pays de la région. Il existe cependant toujours un risque que les jugements pour crimes de guerre ici soient conditionnés par la politique des autorités présentes et les convictions politiques des juges. Mais la confiance dans les tribunaux locaux est nécessaire pour les victimes et les parties qui ont souffert, pour les suspects et les auteurs de crimes, ainsi que pour l’opinion publique. » Les objectifs prioritaires du RDC sont de :
Les actions :
Une étude est en cours pour déterminer le rôle des médias pendant le conflit et l’utilisation de la propagande dans la région, ainsi que pour établir les liens entre les politiciens et les médias en Serbie, en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. L’un des projets les plus importants est actuellement d’écrire une seule histoire des faits. Par exemple, à Srebrenica, il existe aujourd’hui deux histoires : celle des victimes et celle des bourreaux. « Une seule histoire faciliterait le processus de réconciliation car il n’y a qu’une seule vérité, mais plusieurs perceptions de la vérité ». À l’heure d’aujourd’hui, quelque 60 000 photographies, 3 500 heures d’enregistrement vidéo, 500 livres, magazines et publications liés à la guerre en Bosnie-Herzégovine ainsi qu’environ 6 000 articles ont été collectés par le RDC. « Nous voulons que toute la jeune génération ait accès à ces documents afin d’éviter une manipulation quelconque. Nous voulons leur offrir des faits et ils concluront par eux-mêmes ». Un mémorandum sur la coopération régionale entre Zagreb, Belgrade et Sarajevo, a été signé en Bosnie-Herzégovine le 6 avril 2004. (Internet : www.idc.org.ba)
LA
CHAMBRE POUR CRIMES DE GUERRE A ÉTÉ INAUGURÉE
La Chambre pour les crimes de guerre de Bosnie-Herzégovine, une initiative commune au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et à l’Office du Haut Représentant (OHR), a officiellement été inaugurée à Sarajevo le 9 mars 2005. La première conférence de donateurs s’était déroulée en 2003 à La Haye et 15,7 millions d’euros avaient été collectés à l’occasion par la communauté internationale pour sa création – une autre conférence de donateurs s’est déroulée à Bruxelles en mars 2006 et quelque 6,65 millions d’euros ont été collectés (selon le ministre de la Sécurité de Bosnie-Herzégovine, Barisa Colak). En août 2003, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté la résolution 1503 permettant la création de cette Chambre pour juger les criminels de guerre « à un niveau moins élevé » qu’au TPIY. Ce dernier aide la Chambre et lui apporte notamment une assistance dans la protection des témoins, la gestion de la cour et la sécurité, et a réalisé des programmes de formation et des consultations professionnelles. Le premier inculpé transféré du TPIY à Sarajevo était Radovan Stankovic le 29 septembre 2005. La première sentence a été rendue le 7 avril 2006 contre Nedjo Samardzic (Bosno-serbe), un accusé condamné à treize années de réclusion après avoir été reconnu coupable de crimes contre l’humanité, commis entre 1992 et 1995. En mai 2006, s’est ouvert à Sarajevo le premier procès concernant le génocide de Srebrenica où onze bosno-Serbes ont été inculpés. La Chambre est une institution nationale suivant les lois du pays en vigueur. Elle représente le dernier modèle du mécanisme de justice internationale adapté au système domestique légal. Son budget représente quelque 1 % de celui du TPIY. Son emplacement à Sarajevo rend l’accès plus facile à la population locale qu’au TPIY à La Haye, aux Pays-Bas. La présence internationale significative au sein de la Chambre (juges, plaignants, conseils de la défense, experts en protection des témoins…) sert essentiellement à assurer que le travail se fait sur la base des standards internationaux. Un grand projet est en cours : celui de la construction d’une prison d’État.
Son fonctionnement Actuellement, il y a deux juges internationaux et un local. Entre août 2006 et décembre 2007, cette tendance devrait s’inverser pour qu’en 2009 il n’y ait plus de juges internationaux. En 2006, six salles d’audience devraient fonctionner. Une fois toutes opérationnelles, il est attendu que la Cour puisse suivre douze jugements en même temps à la fois pour les crimes de guerre et le crime organisé. Le bureau du plaignant inclut un département pour les crimes de guerre avec cinq plaignants internationaux, un plaignant suppléant international et huit plaignants locaux. Les langues utilisées au cours des procès sont le bosniaque, le serbe et le croate. Les juges et les plaignants internationaux peuvent utiliser l’anglais.
La défense La
section d’aide à la défense, connue en
Bosnie-Herzégovine sous le nom d’OKO, a été
créée pour apporter une assistance légale
aux accusés dans les cas de crimes de guerre, une étape
importante pour « l’égalité
des armes ». Elle est dirigée par un non
Bosnien. Son rôle est double : apporter une assistance
directe aux accusés (par exemple, comment choisir l’avocat
le plus qualifié pour son cas) et un support légal
et administratif aux avocats de la défense. Elle est
également l’autorité qui donne la licence
aux avocats de la défense. Par ailleurs, elle forme
les avocats locaux aux lois internationales concernant les
conflits armés et les nouveaux éléments
des lois criminelles nationales.
La protection des témoins La protection des témoins, avant, pendant et après le procès, est capitale, surtout dans un petit pays comme la Bosnie-Herzégovine, où tout le monde connaît plus ou moins tout le monde. Dans la loi de Bosnie-Herzégovine, le département de protection des témoins dépend de l’Agence pour la protection et l’investigation de l’État de la Bosnie-Herzégovine (SIPA), dont les ressources sont limitées. La coopération régionale Un certain nombre de difficultés persistent dans la coopération régionale dans un certain nombre de cas de crimes de guerre impliquant des victimes, des témoins et des accusés vivant maintenant en dehors de la Bosnie-Herzégovine et dans des pays de l’ex-Yougoslavie, comme la Croatie, la Serbie et le Monténégro. La Chambre n’a pas, comme le TPIY, le bénéfice du chapitre 7 des Nations unies permettant de réclamer une coopération entre États. Il relève de la volonté des autres États de coopérer ou non. Les autorités de Bosnie-Herzégovine ont signé le 30 avril 2004 la Convention européenne sur l’assistance mutuelle, concernant des faits criminels, entrée en vigueur dans le pays le 24 juillet 2005 (Croatie, le 5 août 1999 et Serbie et Monténégro, le 29 décembre 2002). Les plaignants doivent parfois faire face à la non-extradition de nationaux croates, serbes et monténégrins, cela étant interdit dans les pays concernés. La loi en Bosnie-Herzégovine n’autorise pas non plus de son côté le transfert d’une personne quand celle-ci est condamnée à plus de dix ans d’emprisonnement dans un autre pays de la région. (Internet : www.sudbih.gov.ba)
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