Des opportunités à saisir pour les investisseurs

La Bosnie-Herzégovine, au cœur des Balkans et offrant une zone de libre-échange régionale de quelque 60 millions de consommateurs sans compter la Turquie (60 à 70 millions en plus), est un pays de contrastes, parfois difficile à saisir et à comprendre surtout de l’extérieur. Cependant, des opportunités existent. Depuis Dayton, de nombreuses réformes ont été mises en place et, fin 2005, des négociations avec l’Union européenne ont démarré concernant la signature d’un Accord de stabilisation et d’association entre les deux parties, peut-être d’ici à la fin 2006. Économiquement, la production industrielle enregistre des taux de croissance élevés, la situation monétaire est saine, un taux de TVA unique à 17 % a été introduit le 1er janvier 2006, la procédure d’enregistrement des entreprises a été simplifiée, une loi sur les faillites des sociétés et une autre régissant la concurrence ont été adoptées, une monnaie stable convertible à parité fixe avec l’euro est un avantage et évite tout risque inflationniste, et le réseau bancaire est bien structuré. Mais les données statistiques sont faibles et incertaines, et l’économie parallèle forte ainsi que la complexité de l’administration n’aident pas à mettre en confiance certains investisseurs étrangers. Cependant, les besoins sont importants. La Bosnie-Herzégovine reçoit une importante aide financière internationale notamment de l’Union européenne, la Banque mondiale, les États-Unis et le Japon. La croissance économique est de 5,8 % en 2005 et les estimations en 2006 sont de 5,5 %.

 

Les investissements directs étrangers en 2005

Les investissements directs étrangers (IDE) en Bosnie-Herzégovine représentent un apport vital à la croissance du pays. L’apport de capitaux étrangers permettrait de relancer la productivité et de créer de nouveaux emplois dans un pays où le taux de chômage officiel atteint les 44 %, mais dont le taux réel est de 20 %. Les investissements directs dans le pays se font essentiellement sous forme de prise de participation dans des entreprises déjà existantes.

Les principaux partenaires commerciaux de la Bosnie-Herzégovine sont l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, la Croatie, la Serbie et le Monténégro. Les principaux investisseurs étrangers sont l’Italie, la Croatie, la Slovénie et le Koweït. Les entreprises étrangères ont investi depuis 1994 essentiellement dans le secteur de la production (58 % du total des IDE), le secteur bancaire (15,9 %), le commerce (6,7 %), les services, le transport et le tourisme.

Les infrastructures de transports

Les infrastructures de transports représentent un enjeu essentiel pour le développement de la Bosnie-Herzégovine, caractérisée par sa position géographique stratégique au sein du réseau de transport européen. Les voies les plus directes entre l’Europe centrale et l’Adriatique passent sur le territoire de ce pays. À la fin de la guerre, la communauté internationale s’est beaucoup engagée dans la reconstruction d’infrastructures, notamment celles des transports. Un grand nombre de routes nationales et régionales a été remis en état, les 60 principaux ponts ont été reconstruits, les aéroports de Sarajevo, Mostar et Banja Luka, fonctionnent désormais aux normes civiles, les trains circulent et les transports en commun ont repris.

Les routes

Dans le sud de l’Europe, la Bosnie-Herzégovine est le seul pays ne possèdant pas d’autoroute, hormis les 20 km entre Josanica, Podlugovi et Visoko, le trafic routier restant encore problématique dans certaines régions. Deux autres tronçons sont prévus et devraient être terminés entre 2008/2009 : Josanica et Vlakovo, et Visoko et Kakanj. Le réseau routier des routes principales dans le pays est de 3 788 km, celui des routes régionales s’étend sur 4 842 km et on compte près de 14 000 km de routes locales. Sont dénombrées 995 km de routes européennes.

Les principales initiatives dans ce domaine sont le projet de corridor Vc (construction de 334 km d’autoroute). Il part de Ploce (Croatie), puis continue vers Mostar, Sarajevo, et Doboj, avant de déboucher à Osijek (à nouveau en Croatie). Ce corridor est très important pour la Bosnie-Herzégovine car il relie le bassin méditerranéen à l’Europe centrale et orientale, et permet également d’accéder à l’Europe de l’Ouest et à la Serbie par son intersection avec le corridor X (Zagreb-Sofia). Une étude est également en cours pour la construction de la route Banja Luka-Doboj (environ 65 km), considérée comme une priorité. La stratégie de la Banque mondiale est axée sur la maintenance et l’amélioration du réseau routier et le renforcement de la sécurité. À défaut de soutenir la construction de nouvelles infrastructures routières, elle se propose d’optimiser celles existantes. La BERD a signé, en décembre 2004, un accord avec le gouvernement bosnien pour l’octroi d’un prêt destiné au financement de la construction du contournement de Sarajevo et d’un tronçon d’autoroute entre Banja Luka et Bosanska Gradiska.

Le chemin de fer

La Bosnie-Herzégovine a une longue tradition ferroviaire. Les premières constructions d’envergure datent de la fin du XIXème siècle sous l’impulsion austro-hongroise. Aujourd’hui, ce secteur a perdu de son importance et a été gravement endommagé, en majeure partie du fait de la guerre. En 2001, une compagnie publique des chemins de fer de Bosnie-Herzégovine a été créée pour la gestion des infrastructures au niveau national. La Loi sur les chemins de fer a été adoptée en 2005 et peut être considérée comme un pas important vers l’adoption des standards européens. Actuellement, le réseau des trains dans le pays est composé de 1 031 km de rails, dont 87 km de rails doubles. Avec uniquement 30 voitures-passagers, contre 600 wagons de marchandises, le parc ferroviaire est davantage destiné au transport de marchandises qu’à celui de personnes.

La France et l’Estonie ont remporté un appel d’offres auprès de la Délégation de la Commission européenne pour un projet de jumelage visant à améliorer la capacité de la mise en place de la législation du ministère des Transports et des Communications de Bosnie-Herzégovine. Les financements internationaux sont consacrés à la remise à niveau du réseau ferroviaire bosnien. La Banque européenne d’investissement (BEI) intervient dans leur modernisation.

Le transport aérien et les aéroports

La Bosnie-Herzégovine compte quatre aéroports : Sarajevo, Banja Luka, Tuzla et Mostar. Le nombre de passagers par an à l’aéroport de Sarajevo s’élève à quelque 360 000, 36 000 à Banja Luka et 12 000 à Mostar. L’aéroport de Sarajevo regroupe plus de 80 % du transport de passagers et la quasi-totalité du fret. La Bosnie-Herzégovine est dotée d’une Direction de l’aviation civile, organisme d’État, partie intégrante du ministère national des Communications et des Transports.

Le transport maritime et fluvial

La Bosnie-Herzégovine dispose d’une seule façade maritime longue de 24 km et donnant sur la mer Adriatique. Son principal débouché est le port de Ploce, situé en territoire croate. Ce port maritime est géré dans le cadre d’un accord bilatéral entre la Bosnie-Herzégovine et la Croatie, et tient une place stratégique pour les échanges extérieurs du pays. Le principal axe fluvial navigable est la Sava, servant de frontière entre la Bosnie-Herzégovine et la Serbie, et la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. La Sava possède 333 km de voies navigables.

Le tourisme

D’après une étude menée par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), pour la période 1995-2020, le tourisme en Bosnie-Herzégovine devrait enregistrer le troisième taux annuel de croissance le plus élevé au monde (10,5 %), juste derrière la Libye (12,6 %) et oman (11,1 %).

La Bosnie-Herzégovine est une destination intéressante, peu connue, pouvant parfaitement convenir à un tourisme individuel, mais certainement pas de masse. Avec sa position géographique privilégiée, sa beauté naturelle, son héritage culturel et historique, le pays est un lieu de rencontres de différentes influences traditionnelles et architecturales.

Les différentes opportunités sont l’écotourisme, grâce à ses nombreux parcs naturels nationaux et ses villages traditionnels, le tourisme religieux, notamment avec Medjugorje pour les pèlerins catholiques et la localité d’Ajvatovica pour les musulmans, la montagne et le ski, avec plus de 50 km de pistes et une vingtaine de remontées mécaniques pouvant transporter quelque 20 000 personnes par heure ainsi que l’alpinisme et les randonnées, le tourisme historique et culturel, le tourisme sportif, avec la chasse, la pêche, le rafting et le VTT, le thermalisme et le tourisme de mer, bien que la côte bosnienne ne soit longue que de 24 km sur la mer Adriatique.

Malgré toutes ces opportunités, ce secteur en est encore au balbutiement de son développement. N’ayant pas été une priorité gouvernementale pendant longtemps, bien qu’étant en train de le devenir progressivement, il n’existe pas encore de réelle stratégie nationale de développement ni au niveau de l’État ni à celui du secteur privé qui n’ose pas prendre d’initiatives, en partie car aucune loi sur le tourisme n’existe pour le moment.       

Plusieurs organisations internationales travaillent sur différents projets, notamment USAID (US Agency for International Development), GTZ (une agence allemande), UNDP (United Nations Development Programme), EU RED (European Union Regional Economic Development Project) et la Banque mondiale.

Les opportunités d’investissements sont nombreuses dans ce domaine, surtout au niveau de la construction de logements, notamment de montagnes, la formation et la reconstruction de certaines routes.

L’environnement

Les problèmes concernant l’environnement en Bosnie-Herzégovine sont liés à la destruction de l’infrastructure en raison de la guerre (1992-1995), la pollution atmosphérique urbaine et industrielle (usines métallurgiques et centrales thermiques). De plus, la politique environnementale dépend de plusieurs ministères selon qu’ils se situent en Fédération de Bosnie-Herzégovine, en Republika Srpska ou dans le district de Brcko, impliquant une difficulté pour assurer la cohérence des processus décisionnels.

Les préoccupations les plus urgentes sont la gestion de la biodiversité, des déchets et de l’eau, l’existence d’industries moribondes, les transports et la pollution atmosphérique urbaine et la dégradation des sols.

La Commission européenne soutient des réformes en Bosnie-Herzégovine par son programme d’aide CARDS depuis 2001. L’environnement est l’une des priorités de ce programme.

La coopération régionale s’est également intensifiée au cours des dernières années en Europe du Sud-Est. Le Pacte de stabilité et son Programme régional de remise en état de l’environnement comptent parmi les forces motrices. Le Plan d’action pour la Méditerranée est la contribution au développement durable du Bassin méditerranéen.

(Source : Mission économique à Sarajevo)

 

En savoir plus…

. 25 000 étrangers vivent de manière permanente en Bosnie-Herzégovine et font vivre indirectement quelque 10 000 personnes
. Chaque famille possède une voiture et une personne sur deux a un téléphone portable
. 50 % des sociétés d’État ne sont pas encore privatisées
. Industries compétitives en Bosnie-Herzégovine : agroalimentaire, bois, métaux
. PIB/habitant : environ 1 642 euros
. Seuil de pauvreté : 17 %
. Salaire net moyen mensuel : 254 euros
. Une main d’œuvre qualifiée et bon marché


Les secteurs porteurs pour les investisseurs étrangers

. Les infrastructures de transports (routes, chemins de fer, aéronautique)
. L’énergie (rationalisation de la distribution de l’électricité, modernisation des centrales, amélioration de la sécurité)
. L’environnement (traitement de l’eau et des déchets)
. Le tourisme
. L’agriculture (élevage, plantes aromatiques et médicinales, cultures biologiques)
. La transformation du bois
. La sous-traitance (mécanique, confection…)

LA FIPA : L’AGENCE NATIONALE DE PROMOTION DES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS

En 1999, la FIPA, l’Agence nationale de promotion des investissements étrangers, a été créée en vue d’encourager et de faciliter les investissements étrangers. Il s’agit d’une agence d’État qui doit mettre en place les conditions favorables aux investissements orientés vers l’exportation et promouvoir le commerce extérieur. Elle doit promouvoir la Bosnie-Herzégovine en tant que partenaire fiable, fournir des informations aux investisseurs potentiels et offrir des services de consultante aux entreprises locales et étrangères.

En 2006, un nouveau directeur, Haris Basic, est arrivé. Ses priorités, nombreuses, sont de contribuer à améliorer le climat général des affaires ainsi que l’environnement politique et légal, tenter de créer un espace économique unique en Bosnie-Herzégovine, simplifier les procédures administratives, maintenir et protéger les droits et la liberté des salariés, encourager la participation du secteur privé et les partenariats avec le secteur public, faciliter la coopération régionale, harmoniser les lois bosniennes aux standards européens afin d’atteindre les objectifs d’accession à l’Union européenne. Il désire également concentrer ses efforts sur l’identification des secteurs prioritaires en Bosnie-Herzégovine, ses ressources, ses industries et ses avantages dans lesquels elle est compétitive.

Témoignage d’entreprise

ALUMINIJ MOSTAR : L’UNE DES PLUS IMPORTANTES INDUSTRIES DE BOSNIE-HERZÉGOVINE

L’histoire de la société Aluminij à Mostar remonte au début du XXème siècle. Pour la première fois un gisement de bauxite a été trouvé en Herzégovine. Après la Seconde Guerre mondiale, en 1945, une entreprise a été créée pour se consacrer uniquement à l’exploration, l’exploitation minière et le transport de la bauxite, Mostar Bauxite Mines, grâce à laquelle les premières études concernant la construction d’un complexe d’aluminium en Herzégovine ont été réalisées. En 1969, la société Bauxite Mines est devenue Energoinvest. En 1975, une coopération entre la société française Pechiney et la société bosnienne Energoinvest a démarré. La compagnie Aluminij Mostar a été établie en 1977. Les activités se sont totalement arrêtées pendant le conflit, les bâtiments ont été détruits en 1992 et le coût de la reconstruction atteint les quelque 130 millions d’euros. Le travail a repris en 1997. Les principaux clients sont les États-Unis, la Suisse, l’Allemagne, l’Italie et la Croatie. Rencontre avec Mijo Brajkovic, directeur.

Faits & Projets : Pourriez-vous nous parler de la situation avant la guerre, pendant et maintenant, de votre société ?
Mijo Brajkovic : Rappelons qu’à Mostar nous avons deux conflits – le premier entre les Serbes, les Croates et les Bosniaques et le second entre les Croates et les Bosniaques. Aujourd’hui, tous les habitants de Mostar se rappellent encore qui a tué qui durant le second conflit. L’économie a été détruite, les investissements se sont arrêtés. La Croatie nous a donné ensuite des fonds pour la reconstruction de l’entreprise à hauteur de quelque 7,15 millions d’euros. Le travail a repris en 1997 et en 1998 notre capacité était revenue à 100 %. Avant la guerre, nous avions 3 400 employés et produisons 92 000 tonnes d’aluminium par an. En 2006, nous avons 950 employés et nous produisions 120 000 tonnes annuelles. 90 % de notre production est exportée. Notre technologie d’aujourd’hui est entièrement neuve et a été totalement modernisée. Notre production a augmenté de 30 % avec moins d’employés qu’auparavant. Nous sommes la plus grande société de Mostar et le plus important exportateur de Bosnie-Herzégovine. 40 000 personnes vivent directement ou indirectement de nos activités. Nos exportations, en 2006, atteignent les 159 millions d’euros.    

Que pourriez-vous dire de la situation économique de votre pays ?
La priorité en Bosnie-Herzégovine est la politique et non l’économie, car elle est plus importante. Voilà notre problème majeur. Quand ce sera l’inverse, alors la situation sera nettement meilleure.

Un message pour les Français ?
Nous avions d’excellents contacts avant la guerre. Notre expérience avec la France est positive. Nos portes sont ouvertes, qu’ils nous contactent.