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FRANCE/BOSNIE-HERZÉGOVINE « Les relations entre la France et la Bosnie-Herzégovine sont anciennes » Faits & Projets : Pourriez-vous, Monsieur l'ambassadeur, faire un point sur l'évolution des relations entre la France et la Bosnie-Herzégovine ? Henry Zipper de Fabiani : La Bosnie-Herzégovine est un État encore jeune. Nos relations avec elle sont cependant anciennes, antérieures à la constitution de l’État actuel. La récente commémoration du bicentenaire de la fondation du consulat général de France à Travnik immortalisé par le roman du prix Nobel de littérature Ivo Andric (La Chronique de Travnik) en témoigne. Plus près de nous, la France s’est fortement engagée dès 1992 dans le processus de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine. Plus de 80 de nos soldats ont payé de leur vie le rétablissement de la paix sur les théâtres de l’ex-Yougoslavie, la plupart d’entre eux en Bosnie-Herzégovine. La France, sous l’impulsion du président de la République, Jacques Chirac, a en outre joué un rôle décisif dans l’enclenchement d’une dynamique de paix qui, en 1995, a débouché sur les accords de paix paraphés à Dayton et signés à Paris. Le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, s’est d’ailleurs rendu à Sarajevo le 27 mai dernier pour commémorer avec le président Sulejman Tihic le onzième anniversaire de la reprise du pont de Vrbanja par des soldats français. Enfin, la France a été le premier pays à ouvrir une ambassade en Bosnie-Herzégovine, dès janvier 1993, en plein siège de Sarajevo. Le bâtiment actuel de la chancellerie a été inauguré le 14 juillet 1994 en présence du président Izetbegovic. Vous pouvez le constater : l’engagement de la France dans ce pays est reconnu et apprécié par les autorités de ce pays. Nos relations politiques restent excellentes. Le président de la République s’est rendu à deux reprises à Sarajevo, en 1998 et en 1999. Michel Barnier a participé à Mostar, en juillet 2004, à l’inauguration du Vieux pont reconstruit. L’actuel ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a participé aux commémorations organisées à Srebrenica le 11 juillet 2005. La ministre déléguée aux Affaires européennes, Catherine Colonna, est venue en novembre 2005 à Sarajevo porter un message de soutien à la Bosnie-Herzégovine dans sa marche vers l’Union européenne. De même, les trois membres de la présidence collégiale ont été reçus par le président de la République à Paris le 12 décembre 2005, pour le dixième anniversaire de la signature des Accords de Dayton-Paris. Le Premier ministre Adnan Terzic et le ministre bosnien des Affaires étrangères Mladen Ivanic sont également venus à Paris à cette occasion. Depuis une décennie, la France, aux côtés des autres pays du Conseil de mise en œuvre de la paix, soutient les réformes nécessaires à l’émergence d’un État fonctionnel. Notre participation à l’EUFOR, à la MPUE (mission de police de l’Union européenne), au dialogue politique et aux multiples actions de coopération conduites par l’Union européenne témoigne de la profondeur de notre engagement ici. Il mérite d’être rappelé que c’est sous présidence française qu’a été réuni le sommet de Zagreb où a été clairement affirmée la vocation européenne des Balkans occidentaux, dont la Bosnie-Herzégovine : de là est né le Processus de stabilisation et d’association qui offre un cadre à ce pays pour sortir de la crise et entrer enfin dans une dynamique d’association puis, quand les conditions seront remplies, de candidature et enfin d’adhésion. Ainsi sommes-nous passés d’une forte implication au service de la paix à un engagement résolu pour intégrer ce pays dans la famille de l’Union européenne. Notre objectif n’est pas seulement de stabiliser une région naguère déchirée, mais aussi de lui donner toute sa place au sein d’un continent enfin réunifié. Quelle place occupe aujourd'hui la France en Bosnie-Herzégovine et quelle pourrait-elle être à l'avenir ? Notre place est en pleine expansion et se manifeste dans des secteurs diversifiés : coopération, économie, francophonie.La France est très active en Bosnie-Herzégovine dans le domaine de la culture et de la coopération, avec divers partenariats franco-bosniens où les collectivités locales représentent un facteur essentiel de dynamisme et de pérennisation, tout comme le réseau associatif qui s’est tissé pendant la guerre et reste impliqué. Dans ce pays, s’exerce par excellence toute la palette des relations diversifiées nécessaires à des relations vivantes. La France développe toute une série d’initiatives, notamment grâce à un réseau bien implanté à Sarajevo, Mostar, Banja Luka, Tuzla : en témoignent la relance de l’apprentissage du français, la coopération inter-universitaire, la coopération technique dans les secteurs de l’administration, de la police, de la justice, ou encore la promotion du tourisme, secteur clé pour le décollage économique et l’ouverture d’un espace encore trop cloisonné. Nous nous efforçons pour cela de nous inscrire dans l’esprit de la transition. Après avoir été très présents dans l’action collective, militaire ou de police, et en apportant notre soutien au Haut Représentant dans la constitution d’un État de droit, nous mettons aussi l’accent sur la coopération bilatérale (par exemple l'appui à l’École de journalisme Mediaplan ou le soutien à la police) et sur les programmes européens : la France a remporté en 2005 quatre jumelages CARDS (Community Assistance for Reconstruction, Democratisation and Stabilisation), dans des secteurs essentiels : administration publique et transports. Nous ne négligeons pas pour autant l’organisation d’événements culturels, en nous efforçant de dépasser l’héritage de la guerre où les intellectuels français se mobilisèrent pour Sarajevo assiégée et en nous inscrivant dans de grands événements, notamment des festivals (cinéma, théâtre, Jazzfest, Festival d’Hiver, semaines de la mode, Kids festival, festival de marionnettes de Banja Luka). C’est très important car Sarajevo doit retrouver toute sa place dans la création et la vie intellectuelle européennes. Quant à nos relations commerciales et économiques, elles commencent à refléter nos potentialités réelles. Nos exportations progressent bien et la France est devenue l’année dernière le dixième fournisseur de la Bosnie-Herzégovine au lieu du quinzième en 2004. Plusieurs entreprises françaises sont très actives dans le pays et d’autres y ont des projets d’investissements. Que représente la Bosnie-Herzégovine pour la France ? Ce pays est, je vous l’ai dit, l’un de nos partenaires des Balkans occidentaux qui a été particulièrement éprouvé au cours de la décennie 90. Nous ne ménageons pas nos efforts pour l’encourager et l’accompagner sur le chemin du rapprochement avec l’Union européenne. Cette perspective, affirmée par les pays de l’Union européenne dès le sommet de Zagreb en 2000, sous présidence française, a été réaffirmée depuis à diverses reprises. L’ouverture récente des négociations sur un Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne concrétise ce rapprochement européen. La Bosnie-Herzégovine quitte l’ère de l’après-Dayton et se tourne désormais vers Bruxelles. Elle devient de plus en plus un partenaire naturel, attractif pour nos entreprises, nos touristes, nos créateurs. Il est nécessaire de jouer de toute la palette des relations internationales modernes, y compris sur le plan privé, pour comprendre combien cet espace et ses habitants sont attachants et appartiennent d’ores et déjà à l’espace européen. Comment pensez-vous que soit perçue l'image de la France en Bosnie-Herzégovine ? Et inversement, que pourriez-vous dire, selon vous, de l'image de la Bosnie-Herzégovine en France ? L’ensemble de nos relations bilatérales et la participation française aux principales missions internationales dans le pays contribuent à dissiper les malentendus qui subsistent ici ou là, à dépasser les clichés et à donner une image conforme à la réalité de ce que sont nos deux pays. Le développement de nos échanges commerciaux et économiques, la multiplication et la densification des liens entre collectivités locales de nos deux pays, la poursuite de nos relations culturelles participent de cette évolution. L’image de la Bosnie-Herzégovine en France, mais aussi dans le monde, pâtit encore du passé récent du pays, des déchirements qu’il a connus. Pourtant ce pays a parcouru, avec l’aide de la communauté internationale, mais aussi de par ses propres efforts, un chemin considérable depuis 1995. Toute personne ayant vécu ici il y a dix voire cinq ans vous le confirmera. Votre revue contribuera, je n’en doute pas, à révéler à certains de nos compatriotes ce qu’est la Bosnie-Herzégovine aujourd’hui. Un message ? J’invite nos compatriotes, quel que soit leur secteur d’activité ou leur motivation, à venir se rendre compte sur place de la réalité de la Bosnie-Herzégovine. Ce très beau pays forestier et montagneux - chacun se souvient que Sarajevo a accueilli en 1984 les Jeux olympiques d’hiver - dispose d’un charme unique, lié à son histoire complexe et mouvementée. Au confluent des grandes aires européennes de civilisation (empires romain d’Occident et d’Orient, empires ottoman et autrichien), riche de ses héritages musulman, orthodoxe, catholique et juif, il dispose d’un potentiel touristique significatif, qui doit être mis en valeur et exploité. L’accueil des Bosniens est excellent, comme le savent déjà nos très nombreux compatriotes qui font une incursion à Mostar et en Herzégovine depuis leur lieu de villégiature sur la côte dalmate. Les entreprises d’autres pays européens y investissent plus que les nôtres. La page de l’après-guerre est en train d’être tournée et la Bosnie-Herzégovine regarde désormais vers l’Europe, dont elle n’a jamais cessé d’être une composante à part entière. Ici, dans un pays pleinement réconcilié, nous pourrons prendre conscience de la force extraordinaire que représente cette diversité culturelle que nous prônons. Ce concentré de Méditerranée peut enfin montrer l’exemple : ligne de fracture entre l’Orient et l’Occident, il peut redevenir un pont. À un moment où le thème de la fracture des civilisations est à la mode, c’est une dimension essentielle. (Henry Zipper de Fabiani, ambassadeur de France en Bosnie-Herzégovine de septembre 2003 à juin 2006, s’exprime ici à titre personnel)
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