LA
BOSNIE-HERZÉGOVINE :
SUR LA VOIE EUROPÉENNE

Osman Topcagic, Reinhard Priebe, chef négociateur de l'Union
européenne,
Dirk Lange en charge de la Bosnie-Herzégovine, Igor Davidovic,
chef négociateur de
la Bosnie-Herzégovine pour l'Accord de stabilisation et
d'association © D.R.
Rencontre avec Osman Topcagic, directeur du Bureau pour l’intégration
européenne de la Bosnie-Herzégovine.
Faits
& Projets : Quel est le rôle du Bureau pour l’intégration
européenne ?
Osman
Topcagic : La Bosnie-Herzégovine a fait de l’intégration
européenne sa priorité. Ce processus demande une
grande dévotion, un dur travail et une connaissance approfondie.
Par conséquent, le Bureau pour l’intégration
européenne a été créé pour
mieux coordonner le travail effectué et assurer la participation
des autres institutions de Bosnie-Herzégovine au processus
d’intégration à l’Union européenne.
Notre Bureau comprend trois divisions : la première
gère la politique et la stratégie d’intégration,
la seconde, l’harmonisation du système légal
aux standards européens, et la troisième, la coordination
de l’assistance venant de l’Union européenne.
Cela comprend également une unité en charge de traduire
l’acquis communautaire. Je ne me lasse jamais de faire les
louanges de mon équipe. Elle est hautement entraînée,
plus de la moitié possède l’équivalent
d’une maîtrise, et tous ses membres parlent au moins,
si ce n’est plusieurs, une langue étrangère.
C’est une équipe jeune, motivée, bien informée
et possédant un large réseau de contacts, ce qui
à proprement parler important pour le développement
de nos tâches.
Où
en sont les négociations pour la signature d’un Accord
de stabilisation et d’association ?
La
Commission européenne a recommandé au Conseil de
l’Union européenne de démarrer des négociations
pour la signature d’un Accord de stabilisation et d’association
avec la Bosnie-Herzégovine, après qu’une étude
de faisabilité ait montré que nous avons fait des
progrès significatifs dans 16 domaines bien identifiés,
ou en d’autres termes après qu’elle ait constaté
que nous avons adopté 40 nouvelles lois et créé
de nombreuses nouvelles institutions. Après un mois, le
Conseil de l’Union européenne a pris sa décision,
la plus rapide jamais décidée, et les négociations
ont officiellement été ouvertes le 25 novembre 2005
à Sarajevo. Le personnel a alors été choisi.
Il y a huit groupes de négociations regroupant des experts
couvrant différentes parties de l’Accord. Quelque
150 personnes sont directement impliquées dans le processus
de négociations. Le premier tour officiel des négociations
s’est tenu le 25 janvier 2006 et la première réunion
technique le 17 mars suivant. Je voudrais attirer l’attention
sur le fait que la Commission européenne a fait les louanges
de notre préparation aux négociations aux représentants
des États présents à Sarajevo. Nous avons
prouvé que nous étions un partenaire très
professionnel dans ce processus à la Commission européenne.
Que
se passera-t-il après la signature de cet Accord ?
Le
processus de négociations en entier est suivi par des réunions
de contrôle du processus des réformes. Nous avons
besoin de réformes pour remplir les obligations auxquelles
nous sommes tenus de répondre pour la signature de l’Accord
de stabilisation et d’association. Cependant, ces réformes
sont importantes pour nous afin d’avoir un État fort,
qui fonctionnera proprement et qui servira également les
citoyens. Une fois cet Accord signé, la Bosnie-Herzégovine
aura pour la première fois des relations contractuelles
avec l’Union européenne. La mise en œuvre de
cet Accord intègrera graduellement la Bosnie-Herzégovine
au marché européen, en abolissant les droits de
douane pour les produits en provenance de l’Union européenne
et en harmonisant notre législation avec celle de l’Union
européenne.
Est-ce important
pour la Bosnie-Herzégovine de devenir membre de l’Union
européenne ? Que peut en attendre la Bosnie-Herzégovine ?
Nous voulons
partager les valeurs qui ont guidé les fondateurs de
l’Union européenne, comme la paix, la stabilité
et la prospérité économique. L’Union
européenne est la première à développer
et à partager ces valeurs. À cause de l’histoire
récente, la Bosnie-Herzégovine a un intérêt
particulier à rejoindre les pays qui partagent ces valeurs,
et à donner sa contribution à la paix et à
la prospérité sur le continent européen.
Le processus d’intégration à l’Union
européenne nous aide à récupérer
de la destruction de la guerre et à devenir un pays totalement
démocratique et économiquement stable. La perspective
de devenir membre de l’Union européenne a prouvé
non seulement qu’elle donnait de l’élan au
processus des réformes en Bosnie-Herzégovine,
mais aussi qu’elle apportait la stabilité à
la région à laquelle nous appartenons. Nous pouvons
être fiers des progrès accomplis en revenant de
si loin et nous devons rester conscients du long chemin qu’il
nous reste à parcourir. La question ne se pose pas sur
la détermination de toute la société bosnienne
par rapport à l’Union européenne, sachant
que quelque 80 % de nos citoyens supportent pleinement l’accession
de la Bosnie-Herzégovine à l’Union européenne.
Que peut avoir
à gagner l’Union européenne en acceptant
la Bosnie-Herzégovine parmi ses membres ?
La Bosnie-Herzégovine
appartient au continent européen. Nous partageons les
mêmes valeurs, la même histoire ainsi qu’un
héritage culturel similaire. La Bosnie-Herzégovine
a une longue tradition de communautés multiethniques
vivant ensemble. Comme Bernard-Henry Lévy l‘a dit
dans une interview à la BBC avant le dernier élargissement
de l’Union européenne : « La
mixité en Bosnie, avec tant de différentes religions
et identités ethniques vivant ensemble, est quelque chose
à laquelle l’Europe devrait aspirer. La Bosnie
est une petite Europe à elle toute seule ».
La Bosnie-Herzégovine offre une main d’œuvre
qualifiée et une chance pour les entreprises européennes
d’investir sur un nouveau marché. Notre premier
partenaire économique est l’Union européenne.
Nous avons des échanges commerciaux avec des pays comme
l’Italie, la Slovénie, l’Autriche, la Hongrie,
l’Allemagne, mais aussi avec la Suisse, et bien sûr
avec nos voisins que sont la Croatie, la Serbie et le Monténégro.
Pour finir, la Bosnie-Herzégovine a un riche héritage
culturel, notamment des réalisateurs de films connus,
dont nous pouvons être très fiers, et qui ont ramené
au pays de multiples récompenses. Laissez-moi également
mentionner nos attractions touristiques dont nos montagnes magnifiques,
nos canyons, notre côte sur la mer Adriatique, ainsi que
les opportunités sportives comme le rafting, l’escalade,
le ski, car n’oublions pas que Sarajevo a accueilli les
14ème Jeux olympiques d’hiver en 1984.
Quand on parle
de la Bosnie-Herzégovine aux diverses populations européennes,
elles mentionnent souvent en premier lieu la guerre. Pouvez-vous
nous faire le point sur ce qui s’est passé dans
votre pays durant ces dix dernières années ?
Vous avez
raison. Même plus de dix ans après la fin de la
guerre, cette image de la Bosnie-Herzégovine est toujours
présente. Ce qui est important c’est qu’il
n’y a pas de conflit ici et que maintenant nous avons
la paix. Cependant, depuis la fin du conflit, nous avons accompli
beaucoup. Les réfugiés reviennent de plus en plus,
les habitants ont reconstruit leur maison, et tout le monde
peut voyager dans tout le pays librement et en sécurité.
La Bosnie-Herzégovine est en train de former un espace
économique unique, et les institutions en charge de la
sécurité et de la justice deviennent plus fortes
que jamais. L’ouverture des négociations pour l’Accord
de stabilisation et d’association avec l’Union européenne
est la meilleure confirmation des progrès achevés.
Après que les Accords de Dayton aient été
signés, il y avait en Bosnie-Herzégovine quelque
60 000 soldats pour le maintien de la paix. Aujourd’hui,
ce chiffre est descendu à environ 6 300. Ils sont ici
en tant que force de stabilisation et travaillent dans une atmosphère
amicale. Ce nombre va encore diminuer progressivement. La Bosnie-Herzégovine
est un exemple de succès en matière d’engagement
de la communauté internationale dans une société
d’après-guerre.
Quelles sont les
prochaines étapes pour la Bosnie-Herzégovine sur
le chemin des progrès ?
Cette année
est entièrement dédiée aux négociations
pour l’Accord de stabilisation et d’association.
Après avoir signé l’Accord, nous devrons
passer à sa mise en oeuvre. Et nous devons être
sûrs que cela se fera correctement. Nous aurons des obligations
non seulement vis-à-vis de l’Union européenne
que nous souhaitons rejoindre, mais également envers
nos citoyens qui méritent d’avoir une perspective
européenne. La Bosnie-Herzégovine doit mettre
en place une stratégie de développement à
moyen terme, ce qui signifie de restaurer la croissance basée
sur le développement du secteur privé. Cette stratégie
devra chercher à apporter les conditions appropriées
à un développement économique équitable
et soutenu pendant que nous accélèrerons le processus
de l’Accord de stabilisation et d’association avec
l’Union européenne. Assurer la continuité
et les progrès dans les domaines politique et économique
est une tâche importante pour nous. Je voudrais souligner
ici l’importance des réformes de l’administration
publique, nécessaires pour répondre de manière
adéquate et efficacement aux besoins du processus d’intégration
à l’Union européenne. Nos institutions prennent
de plus en plus de responsabilités pendant que le rôle
du Haut Représentant diminue. Une fois que l’Accord
de stabilisation et d’association sera signé, le
mandat du Haut Représentant sera terminé.
Quelles
mesures comptez-vous prendre pour attirer les investisseurs étrangers ?
Je
pense que le problème majeur au sujet de l’image
de la Bosnie-Herzégovine est le manque d’information
sur notre pays. Notre pays offre de nombreuses opportunités
pour les investisseurs étrangers. Je pense que la signature
de l’Accord de stabilisation et d’association confirmera
que la Bosnie-Herzégovine est un pays démocratique
et en paix. Les mesures prioritaires sont d’harmoniser notre
législation avec celle de l’Union européenne,
ce que nous avons déjà fait volontairement dans
certains domaines. Après, nous devrons simplifier les modalités
d’enregistrement des compagnies, pour lesquelles nous avons
déjà levé de nombreux obstacles. Nous devrons
également mettre en place un accord de libre-échange
avec l’Union européenne, accords que nous avons déjà
avec d’autres pays de la région notamment. Notre
économie est stable, mais nous avons besoin de plus d’investissements
directs pour relancer sa croissance.
Un
message ?
Nous
n’oublions pas que les Français nous ont apporté
leur aide durant les temps difficiles. Mais, il est temps maintenant
de passer à une autre forme de coopération. Nous
avons déjà quelques sociétés françaises
présentes en Bosnie-Herzégovine, mais nous en invitons
d’autres à venir investir ici et à ouvrir
leurs propres affaires dans notre pays. Je souhaiterais également
inviter les citoyens français à visiter notre beau
pays en tant que touristes. Ils apprécieront l’hospitalité
pour laquelle les Bosniens sont réputés. S’ils
viennent une première fois, ils reviendront.