Alexandra David-Néel vue par Dominique Agniel


Dominique Agniel, auteur de Voyage au Tibet sur les pas d’Alexandra David-Néel (Éditions du Garde-Temps, 2002), a découvert cette voyageuse infatigable, mondialement connue pour avoir été la première Occidentale à pénétrer à Lhassa en 1924, au lycée, dès l’âge de 14 ans. Aventurière et nomade dans l’âme, Dominique part en 1973, à 20 ans, à Beyrouth « pour connaître le Moyen-Orient et le monde arabe », puis au Canada « pour faire fortune ». « Pour ne pas avoir une vie trop conformiste », en 1993, Dominique, son mari et ses enfants, décident de faire le tour du monde en bateau pendant quatre ans. Ils posent leurs valises dans les îles Marquises, comme Paul Gauguin et Jacques Brel, durant deux années. Anciennement grand reporter pour France Inter, journaliste, elle est aujourd’hui réalisatrice de documentaires pour la télévision et écrivain à ses heures. Rencontre avec Delphine Evmoon.

Pourquoi un livre sur Alexandra David-Néel ?
J’ai tout d’abord découvert Alexandra David-Néel quand elle est morte. J’avais 14 ans et j’étais au lycée. J’ai dévoré tous ses livres. Sa vie et son caractère aux multiples facettes m’ont fascinée. Sa ténacité, sa curiosité, son humanité, sa force, son dépassement de soi m’ont énormément touchée. Ce livre est l’aboutissement de plusieurs années de travail sur elle à France Inter, puis à France Culture, où j’ai réalisé des émissions sur sa vie. J’ai voulu dépoussiérer son image de vieille femme – elle est décédée à presque 101 ans, surnommée « la dame de Digne », et retrouver l’Alexandra David-Néel de 43 ans qui quitte son mari séducteur, qu’elle aimait passionnément, sur un quai du port de Tunis un jour de 1911 pour embarquer sur un bateau à destination de l’Asie. Ce voyage initialement prévu pour quelques mois durera 14 ans. Bourgeoise dans l’âme, elle arrive au Tibet en mendiante.

D’où vous vient ce goût des voyages ?
Je suis nomade dans l’âme, à l’opposé de mes parents qui ne voyageaient pas du tout. Je suis curieuse. Je veux aller au bout de mes rêves et ne pas avoir de regrets. J’ai compris très jeune que notre vie ne nous permettait pas d’avoir un brouillon pouvant être effacé et recommencé.

Les aventuriers ou aventurières que vous admirez ?
Tous ceux qui vont au bout de leurs rêves me fascinent. Tous ceux qui sortent de leurs coquilles, qui ont envie de se dépasser et qui vont de l’autre côté du miroir. Tous ceux qui sont prêts à payer le prix de ce choix de vie et de cette liberté. Parmi ceux que j’admire le plus, vous avez Ella Maillart, Isabelle Eberhardt, Jack London et tous les grands navigateurs.

Des projets ?
Un roman à paraître en 2004 et, à partir de septembre prochain, un long voyage avec mon fils, qui aura douze ans, pour partir à la rencontre des élèves de son âge dans une grande partie du monde, comme ceux de Palestine, d’Irak, de Tchétchénie, d’Inde, du Tibet, de Mongolie et du Japon, et dialoguer avec eux. Nos enfants, en France, vont aujourd’hui en cours en reculant et j’aimerais, à travers un documentaire télévisé, leur faire comprendre que l’école est libératrice et que c’est une fenêtre ouverte sur le monde.

 

Alexandra David-Néel en quelques dates

. Le 24 octobre 1868, Alexandra David-Néel naît à Saint Mandé, sous le nom de Louise Eugénie Alexandrine Marie David. Fille unique, son père est français de souche huguenote et sa mère catholique d’origine scandinave
. À l’âge de six ans, après quelques fugues répétées, Alexandra part avec sa famille s’installer près de Bruxelles, ville où elle passera la plus grande partie de sa jeunesse. C’est pendant ces années qu’elle développera ses deux grandes passions, l’exploration et l’étude
. À 17 ans, elle accomplit ce qu’elle appelle « son premier vrai voyage ». Elle prend le train toute seule en direction de la Suisse où sa mère la récupère sur les bords du lac Majeur
. 1886 : Alexandra a 18 ans et prend sa bicyclette, sans rien dire à ses parents, pour visiter l’Espagne
. 1889 : enfin majeure et à la suite d’un séjour à Londres, elle quitte sa famille et s’installe à Paris à la Société théosophique. Elle entreprend, en auditeur libre, des études à la Sorbonne, aux Langues orientales et au Collège de France, et intègre, parallèlement, la franc-maçonnerie. Elle poursuit également des études musicales et lyriques, et se produit sur de nombreuses scènes de théâtre
. 1890-1891 : elle parcourt l’Inde du Nord au Sud et d’Est en Ouest et se promet d’y revenir
. 1898 : publie son premier livre « Pour la vie »
. 1904 : elle se marie avec Philippe Néel, ingénieur des Chemins de fer, rencontré à Tunis
. Elle publie « Le philosophe Meh-ti et l’idée de solidarité » en 1907 et « Les théories individualistes dans la philosophie chinoise Yang Tchou » en 1909
. 1911 : Alexandra part. Initialement, son voyage devait durer 18 mois, elle ne rentrera que 14 ans plus tard. Elle publie « Le modernisme bouddhiste et le bouddhisme de Bouddha ». Son entrée à Lhassa en 1924 la fera connaître du monde entier. Elle adoptera un jeune lama nommé Aphur Yongden, découvrira le Japon en 1917, puis la Corée, Pékin, la Mongolie avant de rejoindre le Tibet
. En 1925, elle publie « Souvenir d’une Parisienne au Tibet » et, en 1927, « Voyage d’une Parisienne à Lhassa »
. 1928 : Alexandra David-Néel bâtit à Digne, qui la séduit, sa forteresse de la méditation
. Elle publie en 1929 « Mystiques et magiciens du Tibet », en 1930 « Initiations lamaïques », en 1931 « La vie surhumaine de Guésar de Ling, le héros tibétain », en 1933 « Au pays des brigands gentilshommes, Grand Tibet » et en 1935 « Le lama aux cinq sagesses »
. 1937 : nouveau départ pour la Chine avec la Transsibérien
. En 1938, elle publie « Magie d’amour et magie noire », en 1940 « Sous des nuées d’orage », en 1947 « À l’Ouest barbare de la vaste Chine », en 1949 « Au cœur des Himalayas, le Népal », en 1951 « L’Inde hier, aujourd’hui, demain » et « Les enseignements secrets des bouddhistes tibétains », en 1953 « Le vieux Tibet face à la Chine nouvelle », en 1954 « La puissance du néant », en 1958 « La connaissance transcendante », en 1961 « Immortalité et réincarnation » et en 1964 « Quarante siècles d’expansion chinoise »
. En 1982, puis en 1986, le XIVème Dalaï-Lama lui rend visite à Digne
. Le 8 septembre 1969, elle décède à Digne. Le 28 février 1973, ses cendres, ainsi que celles de son fils adoptif, ont été immergées dans le Gange

(Ouvrages posthumes : En Chine - 1970, Le sortilège du mystère – 1972, Journal de voyage – 1975, Vivre au Tibet – 1975, Journal de voyage – 1976, Le Tibet d’Alexandra David-Néel – 1979, Voyages et aventures de l’esprit – 1985, La lampe de sagesse – 1986, Deux maîtres chinois – 1989, Sodétchen l’invisible – 1990, Grand Tibet et vaste Chine – 1990)

Pour en savoir plus sur Alexandra David-Néel

. Dix ans avec Alexandra David-Néel, de Marie-Madeleine Peyronnet, Plon, 1973
. Alexandra David-Néel, de Jacques Brosse, Albin Michel, 1991
. Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, de Jean Chalon, Perrin, 1986
. Les itinéraires d’Alexandra David-Néel, de Joëlle Désiré-Marchand, Arthaud, 1996

Bibliographie de Dominique Agniel

. Tahiti, Marquises : voyage sur les pas de Gauguin, Éditions du Garde-Temps, 2003
. Et ceux qui vont en mer, Robert Laffont, 2002
. Aux Marquises, L’Harmattan, 1998

Sur internet

. www.alexandra-david-neel.org