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Ella Maillart
vue par Amandine Roche
Ella Maillart est née en 1903. Amandine Roche en 1974.
Ce qui les unit : la passion du voyage, laventure, la découverte
de lautre, la recherche de soi. La première est lune des aventurières
les plus étonnantes du XXème siècle et la seconde a décidé,
70 ans plus tard, de suivre ses traces.
« Exploratrice par quête de vérité, écrivain
et journaliste par nécessité, célèbre pour ses nombreux
exploits sportifs, ses voyages et ses livres, à une époque où
une femme ne partait pas seule dans ses contrées parmi les plus reculées
du monde », Ella Maillart a choisi daller au bout de ses rêves
et de mener une vie de nomadisme.
Diplômée de droit international, Amandine Roche, passionnée
de voyages, découvre le monde en partant, pour lUnicef, en Ouzbékistan,
au Tadjikistan et en Arménie. En 2000, elle part pendant 18 mois et publie
un livre, en 2003, « Nomade sur la voie dElla Maillart » (Arthaud),
qui a reçu une mention spéciale au Festival international du film
daventure de Dijon. Elle vient également de se voir remettre la médaille
de lExploration par la Société de géographie. Deux
générations, deux histoires, une même voie. Rencontre avec
Delphine Evmoon.
Faits & Projets : Pourquoi Ella Maillart ?
Amandine Roche : Le déclic de cette aventure a été
la rencontre avec lune de ses amies. Elle ma parlé avec passion
de cette aventurière et je me suis empressée de dévorer tous
ses récits de voyages. Je lai appelée pour la rencontrer.
Elle venait de se faire opérer et ma donné rendez-vous au
printemps 1997. Malheureusement, elle est décédée juste avant.
De là, mest venue lidée de la rencontrer dune
autre manière en partant sur ses traces avec ses livres et ses photographies,
pour comparer, 70 ans après son passage, ce qui avait changé dans
tous les pays quelle avait explorés. Javais besoin de sublimer
sa mort, de répondre aux questions que je souhaitais lui poser, de comprendre
ce quelle avait pu vivre, dapprendre davantage qui elle était.
Et puis je me sentais proche delle et de sa conception de la vie.
Qu'est ce qui vous a attiré et fasciné en elle ?
Son franc-parler, son attrait pour les nomades, sa quête spirituelle,
sa recherche de la sagesse et de la vérité, son goût
pour la nature, son côté sportif montagnard. Elle a su se
couper du milieu puritain dans lequel elle baignait dans les années
30 et cela nétait pas si évident. Elle a su aussi
devenir autre, vivre seule près des indigènes pour mieux
saisir leur culture. Toutes ses qualités rassemblaient celles auxquelles
jaspirais. Elle ma servie de modèle.
Si vous deviez décrire et parler d'Ella Maillart, que diriez-vous
?
Exploratrice par quête de vérité, photographe par goût,
écrivain et
journaliste par nécessité, célèbre pour ses multiples
exploits sportifs (voile et ski), ses voyages en Union soviétique, en Asie
centrale, en Chine, en Inde, en Afghanistan et ses livres. Elle a parcouru les
régions les plus reculées de la planète dans des conditions
qui relevaient de la plus pure aventure. Jean Chalon disait delle : «
elle a voué sa vie à la poursuite du vent, des Cieux et des Dieux
de lAsie ».
Vos meilleurs souvenirs de cette expérience unique ?
Je me souviens de la beauté, de la dignité et de la générosité
ensorcelante des réfugiés afghans coincés sur les îles
de la rivière
Pianj, au milieu dun no mans land, au Sud du Tadjikistan.
Ils survivaient dans des conditions innommables, mais mont fait
lhonneur de moffrir leur seule richesse, des succulentes galettes,
pour me remercier de mintéresser à leur sort. Au Turkestan,
sur les pentes du Muztagh Ata, jai connu des heures de plénitude
totale, seule, si loin, et pourtant reliée de manière indicible
au monde qui mentourait. Dans la sauvage et lunaire vallée
dHunza, au Nord du Pakistan, jai trouvé mon Shangri
La, mon paradis perdu, sur les rives du lac Borit - une oasis de paix
et de sérénité, dans un décor de hautes montagnes
à couper le souffle, où je métablirais, si
je navais le nomadisme chevillé au corps ! Ma longue errance
tibétaine restera enfin comme lun des plus beaux moments
de mon voyage, un rêve éveillé, éclairé
par mes rencontres inspirantes avec ce peuple admirable, berger, nomade,
pèlerin ou moine...
Ella Maillart accompagnait-elle vos pensées ?
Elle était en filigrane tout le long du voyage. Je loubliais,
mais elle revenait et se faisait présente. De plus, sur mon chemin,
jai croisé, peut-on dire par hasard, des descendants ou des
personnes quelle avait côtoyés. Coïncidence ?
D'autres aventurières vous attirent-elles ?
Alexandra David Néel est celle qui ma le plus fascinée. La
première a être allée au Tibet, sur les terres bouddhistes
qui mattirent tant.
Votre actualité et vos projets ?
Je viens de terminer une expédition scientifique et culturelle «
Paris-Kaboul » en voiture, un clin dil à la Croisière
Jaune Citroën à laquelle Ella Maillart aurait tant aimé participer.
Ce périple constituera les premiers chapitres de mon deuxième livre.
Je reste un temps en Afghanistan, pays que jaime tant, puis je repartirai
en Inde, au Sri Lanka, au Sikkim, au Bouthan, en Birmanie, au Cambodge,
au Vietnam, en Thaïlande, en Indonésie, au Yémen, au Liban...toujours
sur les traces de la grande voyageuse suisse, Ella Maillart.
Votre devise dans la vie ?
Chacun devrait prendre son bâton de pèlerin et partir à la
découverte de lui-même.
Pensez-vous qu'une fois choisi ce chemin de liberté, d'aventures
et de voyages, il est possible de revenir à une vie « classique »
?
Limportant est de mener une vie qui ne contrarie pas sa propre nature et
qui laisse libre cours à sa « petite voix intérieure ».
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Ella Maillart en quelques dates
. 1903 : naissance à Génève
. 1923 : passionnée de navigation, elle part en Méditerranée
sur « Le Perlette » avec Miette de Saussure
. 1924 : représente la Suisse aux Jeux olympiques de Paris. Navigue dans
lAtlantique et la mer du Nord sur le « Volonteer »
. 1930 : la veuve de Jack London laide financièrement à partir
à Moscou. Ella Maillart découvre le Caucase, rentre par la mer Noire
et la Crimée
. 1931 : membre de léquipe suisse aux championnats du monde de ski
à Mürren
. 1932 : se rend au Turkestan russe et dans les monts Célestes, découvre
les Kirghizes, les Kazakhs et les Ouzbeks. Revient par Tachkent, Samarkand et
traverse les déserts de Sables rouges. Publie son premier livre «
Parmi la jeunesse russe. De Moscou au Caucase ». Membre de léquipe
suisse aux championnats du monde de ski à Cortina dAmpezzo
. 1933 : membre de léquipe suisse aux championnats du monde de ski
à Innsbruck et, en 1934, à Saint-Moritz
. 1934-1935 : publie « Des Monts célestes aux Sables Rouges ».
Se rend en Chine, puis dans la Mandchourie occupée par les Japonais et
gagne les Indes depuis Pékin avec Peter Fleming. Ils traversent le Turkestan
chinois, région interdite, et gagnent le Cachemire après huit mois
de voyage en passant notamment par le Nord du Tibet, le Taklamakan et la chaîne
de lHimalaya
. 1937 : traverse la Turquie, lIran et lAfghanistan en revenant des
Indes. Publie « Oasis interdites, de Pékin au Cachemire »,
écrit au Liban
. 1939 : voyage en Afghanistan avec Anne-Marie Schwarzenbach. Réalise un
film « Nomades afghans »
. 1940-1945 : reste aux Indes auprès du sage Sri Râmana Maharishi.
Publie « La vagabonde des mers » en 1942
. 1946 : premier séjour à Chandolin en Suisse, dans lequel elle
sinstallera six mois par an à partir de 1948
. 1947 : publie « La Voie cruelle » et « Croisières et
caravanes »
. 1951 : publie « Ti-puss ». Se rend au Népal et tourne «
Seule au Népal »
. 1955-1987 : voyage au Bhoutan, en Chine, au Tibet, à
Java, à Bali, en Corée, au Japon et au Yémen
. 1989 : reçoit le prix Alexandra David-Neel
. 1991 : publie « La vie immédiate »
. 1997 : Ella Maillart séteint à laube du 27 mars dans
son chalet de Chandolin
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Bibliographie
. Je suis de nulle part, sur les traces dElla
Maillart, dOlivier Weber, Payot, 2003
. Courrier de Tartarie, de Peter Fleming, Phébus, 1989
. Ella Maillart, sur les routes de lOrient, de Daniel Girardin, Actes Sud,
2003
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