« L’une de mes priorités : préparer la Croatie à son adhésion à l’Union européenne »

Stipe Mesic a été réélu, le 16 janvier 2005, pour un second mandat de cinq ans, avec quelque 66 % des voix au second tour (48,92 % au premier). Le Président sortant, représentant le Parti populaire croate (HNS), l’a remporté contre son adversaire Jadranka Kosor, du parti de l’Union démocrate croate (HDZ), celui du Premier ministre actuel, Ivo Sanader. Né en 1934 à Orahivac, en Slavonie, Stipe Mesic est juriste de formation. Élu déjà à la présidence en 2000, il a été le dernier Président de la direction collégiale de l’ex-Yougoslavie.
Entretien réalisé par Delphine Evmoon.

Faits & Projets : Que pensez-vous, Monsieur le Président, des relations entre la France et la Croatie ?
Stipe Mesic : La France et la Croatie entretiennent de bonnes relations. Notre cadre juridique est assez étendu pour que notre collaboration soit encore plus développée à l’avenir que maintenant. Mais, je pense que les Français n’ont pas encore suffisamment saisi les possibilités offertes par la Croatie concernant, justement, les investissements. Nous sommes reconnus par l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, mais, nous pouvons dire que la France n’est pas encore assez présente en Croatie. Nous sommes situés dans une zone sécuritaire. Notre législation s’harmonise actuellement avec celle de l’Union européenne et est compatible, mais, nous ne nous connaissons pas encore suffisamment, ou trop peu.

Quels sont les objectifs et les priorités de votre second mandat ?
Nous savons que la Croatie a été isolée jusqu’à mon arrivée à la présidence en 2000. Rares ont été les visites et les invitations de Croates à l’étranger. Aujourd’hui, la Croatie est un pays ouvert et, avant tout, à ses voisins. Je crois que si nous pouvons réaliser cette coopération régionale, nous serons à même de collaborer avec tous les pays de l’Union européenne. Le problème est la haine qui est restée depuis la guerre. Celle-ci en est une conséquence et non la cause. C’est pourquoi nous nous efforçons qu’il y ait une individualisation des pays pour que ne subsiste pas l’idée d’une culpabilité collective. L’une de mes priorités sera d’ôter cette culpabilité. La deuxième est de préparer la Croatie à l’adhésion à l’Union européenne. Nous devons tout faire pour que les activités de nos institutions soient compatibles avec celles de l’Union.
Ma troisième priorité est de faire en sorte que les étrangers reconnaissent le potentiel de la Croatie comme destination pour les investisseurs. Nous devons arriver à ce que les capitaux et les technologies puissent venir en Croatie pour développer la production nationale. Celle-ci créera de nouvelles valeurs qui mettront en marche la croissance économique. Nous souhaiterions intégrer l’Union européenne en tant que pays riche. Nous pourrons ainsi lui apporter une valeur ajoutée. Nous voulons être un partenaire désiré et ne pas être le pauvre cousin entré dans la famille européenne.

La Croatie veut également intégrer l’OTAN. Pourquoi ?
Pour sa sécurité. Nous souhaitons que nos forces armées atteignent les normes de l’OTAN, tout en sachant qu’une guerre en Europe est pratiquement exclue. Et lorsque l’Union européenne sera entièrement unie, l’idée de guerre sera alors totalement à écarter, car il n’y aura plus de problèmes de frontières. Ce sont ces dernières et les problèmes qu’elles posent qui peuvent engendrer des conflits. Au moment où toute l’Europe sera associée, on pourra alors se poser la question sur la nécessité de l’OTAN en tant que tel. À ce moment-là, l’Europe prendra les décisions qui s’imposent sur comment traiter sa propre sécurité. Tant que cela n’est pas le cas, l’un de nos objectifs est d’intégrer l’OTAN.

Quelles sont vos priorités en matière de politique étrangère ?
Nous entretenons de bonnes relations avec les États-Unis. Nous avons rejoint la coalition dans la lutte contre le terrorisme. Cependant, nous n’avons pas appuyé les actions américaines en Irak. Nous avons des principes et l’un d’entre eux est de participer uniquement aux actions organisées par les Nations unies. Puisque notre objectif est d’intégrer l’Union européenne, notre priorité est les relations que nous pouvons entretenir avec cette institution et ses membres, incluant la France.  La Croatie est intéressée par une coopération avec la Russie, une grande puissance aux nombreuses ressources. Les pays francophones occupent également une place importante dans notre politique étrangère - la Croatie étant devenue, en novembre 2004, un membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie. Nous voulons également récupérer certains marchés que nous avions à l’époque de l’ex-Yougoslavie, comme ceux des pays membres du Mouvement des Non Alignés (MNA) et les pays en voie de développement. Je rappelle que le MNA a vu le jour en Croatie lorsque Tito, Nehru et Nasser ont signé la Déclaration des non-alignés en 1961 dans l’archipel des Brijoni. De nombreuses personnalités originaires de ces nations diverses ont fait des études chez nous et occupent aujourd’hui, dans leurs pays respectifs, des postes de dirigeants. C’est un point fort pour la Croatie et les pays européens pourraient profiter de nos relations. Vous savez, j’ai été le premier Président européen à entrer en Libye et cela avant même les dirigeants français et italien.

Si vous deviez présenter votre pays, la Croatie, que diriez-vous ?
La Croatie occupe une excellente position géopolitique. C’est un pays de l’Europe du Sud-Est et également méditerranéen, qui a suffisamment de bonnes infrastructures pour relier toute la région. Nous avons un fort potentiel encore sous exploité. Voilà la Croatie !

Un message pour les Français ?
Je tiens, particulièrement et personnellement, aux relations entre la Croatie et la France. Nous avons un dicton qui nous dit de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier. C’est pourquoi il ne faut pas seulement coopérer avec quelques pays européens et en laisser d’autres de côté. Il n’en reste pas moins que c’est un grand privilège pour la Croatie de pouvoir coopérer avec la grande industrie française. D’ailleurs, toute ma famille est en France. Je suis le seul à ne pas parler assez bien votre langue.