« Actuellement, la grande détermination de la Slovaquie est de devenir une euro-île en Europe centrale »

Rencontre avec Jan Kubis, ministre slovaque des Affaires étrangères.

 

Faits & Projets : Quelles sont les priorités de votre politique étrangère ?
Jan Kubis : Nos priorités dépendent en tout premier lieu de notre appartenance à l’Union européenne et à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Nous contribuons activement au développement des politiques de ces organisations et participons aux discutions relatives au Traité constitutionnel. Ce n’est pas un secret, la Slovaquie était favorable à la ratification du Traité. Elle est convaincue de sa nécessité et souhaite voir aboutir les négociations. Nous voulons avant tout voir le projet européen se développer en tenant compte de son élargissement, notamment vis-à-vis des Balkans occidentaux. Notre soutien à l’évolution des pourparlers avec la Croatie et la Turquie est assuré. En Croatie, l’aboutissement des négociations est attendu d’ici à un ou deux ans, et, dans cette perspective, les membres de l’Union européenne vont devoir se préparer à accepter, dès qu’il sera prêt, ce pays comme l’un des leurs. De la même manière, la Slovaquie est favorable au processus d’élargissement envers d’autres pays, tout particulièrement ceux des Balkans occidentaux. Nous encourageons les efforts menés par la Serbie en ce sens. Sans son engagement et sa coopération avec l’Union européenne dans les étapes initiales, cette région ne peut attendre aucune stabilité. Et, sans cela, la stabilité au sein de l’Union européenne élargie n’est pas envisageable. Notre pays s’implique également dans la coopération avec nos proches voisins d’une part, et avec les pays de l’Est (l’Ukraine et la Moldavie par exemples) et ceux de l’Union européenne d’autre part. Et, bien entendu, nous espérons que les changements survenus en Biélorussie vont nous permettre d’accélérer notre coopération avec ce pays.
Nos autres priorités sont l’intégration à l’espace Schengen à la fin 2007 et l’introduction de l’euro en 2009. Parallèlement, il est important d’apporter des solutions à l’immigration et à de nombreuses autres questions. Nous voulons voir une Europe plus moderne, davantage orientée vers les nouvelles technologies, l’éducation et tous les axes prioritaires du futur, non seulement à l’intérieur de l’Union européenne, mais dans une acception plus large.
Nous soutenons l’élargissement de l’OTAN et les réformes en cours. Nous sommes également favorables à des opérations comme celles en Afghanistan. Enfin, notre dernière priorité, en tant que membre pour la seconde année du Conseil de sécurité des Nations unies, est de collaborer en bon partenaire, et de respecter les valeurs et les normes relatives à cette responsabilité. En février 2007, la Slovaquie présidait le Conseil de sécurité.

Quelles étaient les priorités de la présidence slovaque au sein du Conseil de sécurité ?
La Slovaquie s’attache à être le porte-parole du Conseil de sécurité, à offrir toute son aide et à favoriser les consensus entre les membres. Il existe beaucoup de sujets nécessitant notre attention, mais l’urgence se situe essentiellement en Afrique. Nous devons être plus présents, plus actifs sur ce sujet et accélérer les développements. Il faut stopper la tragédie humanitaire inadmissible du Darfour (Soudan), s’intéresser au développement de la Somalie et aux autres régions de ce continent. À la fin de notre présidence, nous avons eu la responsabilité de gérer le problème de l’Iran et de son programme nucléaire. La Slovaquie a réussi également à soumettre une réforme du système de sécurité aux Nations unies.

Pourquoi la Slovaquie est-elle si attractive pour les investisseurs étrangers ?
Tout d’abord, la Slovaquie est un pays stable et le restera. Nous avons eu des élections il y a quelques mois. Le nouveau gouvernement de coalition a une politique stable et reçoit un soutien de plus en plus important de la part de la population. Ensuite, c’est un pays prévisible du fait des réformes importantes engagées précédemment. L’environnement est favorable aux investissements. Mis à part quelques ajustements, nous ne voulons pas changer les fondements-clés de ces réformes, comme l’impôt unique (la flat tax) par exemple. Nous avons mis en place un système d’encouragement pour attirer des investisseurs étrangers, qui devraient, à leurs tours, en attirer d’autres. Nous voulons mettre l’accent à présent sur les projets à forte valeur ajoutée. Notre pays offre un important potentiel de main-d’œuvre, pas uniquement en termes de coût, mais de qualification. Les réformes entreprises par le gouvernement dans le domaine de l’éducation ont pour objectif de répondre à la demande croissante en main-d’œuvre qualifiée, et de favoriser la recherche et la valeur ajoutée.
La Slovaquie, et cela est un élément crucial de notre politique, est décidée à introduire l’euro au 1er janvier 2009 comme prévu. Nous réunissons un bon nombre de critères, mis à part le problème de l’inflation. Mais selon les prévisions de nos économistes, de la Banque nationale, des experts étrangers et du secteur bancaire international, nous sommes sur la bonne voie.
Actuellement, notre grande détermination est de devenir une euro-île en Europe centrale. Chez nos voisins et amis du Groupe de Visegrad*, l’adhésion à l’euro a été programmée au milieu de la prochaine décennie, en 2012, 2014 ou 2015. Beaucoup devront faire des réformes radicales dans leur pays. Nous les avons déjà réalisées. La Slovaquie est ainsi un pays résolument attractif pour les investisseurs étrangers

Quel est le prochain développement de la coopération mutuelle, aux niveaux bilatéral, européen et multilatéral ?
Je vais commencer par l’aspect multilatéral. Être membre du Conseil de sécurité pour la Slovaquie est une expérience unique. Ce n’est pas le cas pour la France, avec qui nous travaillons en étroite collaboration. Nous la consultons sur un certain nombre de sujets et continuerons à le faire. Cela contribue à renforcer nos liens. Auparavant, nous avions moins de sujets de discussions communs que maintenant. Ce rapprochement a donné une nouvelle dimension à nos relations, comme l’ont souligné Philippe Douste-Blazy (ministre français des Affaires étrangères) et Catherine Colonna (ministre déléguée aux Affaires européennes). Nous travaillons en étroite collaboration et allons continuer à le faire.
Sur le plan européen et dans un respect mutuel, nous sommes en parfaite harmonie. Je ne veux pas dire que nous sommes d’accord sur tous les aspects, cela est impossible. Il existe des intérêts économiques rivaux, et parfois des opinions politiques légèrement différentes, mais l’expérience montre que nous avons de nombreux points communs. Nous sommes impatients, après les élections de mai 2007, de voir la France, malgré l’échec du référendum, reprendre les négociations relatives au Traité constitutionnel. Ces négociations ne peuvent s’envisager sans elle. Et sans Traité, comment pouvoir envisager l’évolution de l’Union européenne ?
Bilatéralement, je ne peux que me féliciter du bon niveau de notre coopération. Ma visite à Paris en octobre 2006 en atteste. Nous souhaitons prolonger et développer notre niveau de coopération, notamment vis-à-vis des investissements français dans notre pays. L’implantation de l’usine Peugeot à Trnava est un très bon exemple. Cet investissement a apporté une nouvelle impulsion à la coopération franco-slovaque tout en ayant des répercussions dans d’autres domaines.
La Slovaquie aimerait accueillir plus de visites officielles françaises. C’est une réalité, beaucoup de nos responsables, parmi les plus importants, sont allés à Paris. L’inverse n’est pas vrai. La situation sera différente, nous l’espérons, après les élections.
La coopération culturelle et linguistique occupe déjà une grande place dans nos relations et elle va être renforcée. La langue française, dont la popularité ne cesse de croître, a une très bonne image ici. C’est, d’un point de vue historique, l’un des liens les plus forts entre nos deux pays. Tous les artistes slovaques ont rapporté un bénéfice de leurs voyages en France et à Paris. Il y a tellement d’autres domaines envisageables et de potentiels entre nos deux pays.

Un message ?
Je souhaite juste ajouter que notre environnement économique et notre développement permettent d’attendre une très bonne année 2007 pour la Slovaquie. Nous sommes l’une des économies les plus dynamiques de la région. La croissance de notre PIB est aux alentours de 8 % en moyenne par an (avec des pics à 9,8 % au cours du troisième quart de 2006) et devrait persister. La Slovaquie peut servir de plateforme de production grâce à ses liens tissés avec de nombreux pays.
Je tiens également à rappeler que la main-d’œuvre qualifiée et son coût avantageux, pour un temps encore, l’environnement législatif stable, les réformes, l’évolution du pays, l’entrée dans la zone euro, les incitations pour les investisseurs étrangers, les investissements lourds dans le domaine de la haute technologie, font de notre pays l’un des partenaires les plus attractifs pour les investissements.


* Le Groupe de Visegrad a été fondé en février 1991 au château de Visegrad, avec la signature de la Déclaration sur une position commune et coordonnée pour l’intégration européenne (signataires : Vaclav Havel, président de la République fédérale tchèque et slovaque, Jozsef Antall, Premier ministre hongrois, et Lech Walesa, président de la Pologne). Depuis la partition de la Tchécoslovaquie, le 1er janvier 1993, le Groupe de Visegrad compte quatre membres : Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie.