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Les relations franco-belges font partie des relations bilatérales
les plus intenses à travers le monde »
Rencontre avec Guy
Verhofstadt, Premier ministre belge depuis 1999.
Faits & Projets :
Quels sont les points forts et les points faibles de la Belgique ?
Guy Verhofstadt : Nos
points forts sont sans conteste notre situation logistique unique au
carrefour historique des grands États qui fixent le sort de l'Europe,
les pionniers industriels qui firent très tôt découvrir
de nouveaux horizons à notre pays, le haut niveau de formation
et de qualification de notre population, une productivité élevée,
une démocratie solidement ancrée qui a permis une cohabitation
pacifique de cultures différentes, de régions et de communautés
hétéroclites, le sens de l'innovation et une ouverture
vers le monde extérieur.
Comme points faibles, citons notamment le fait que la Belgique soit
un pays relativement petit (même si dix États membres de
l'Union européenne présentent des chiffres de population
inférieurs) qui reste particulièrement dépendant
de décisions prises ailleurs. Par rapport à la population
active, beaucoup de Belges travaillent dans le secteur public, ce qui
pèse lourdement sur l'ensemble des revenus. Néanmoins,
ce secteur ne fonctionne pas toujours avec autant d'efficacité
car le Belge a, par conséquent, trop facilement tendance
à sattendre à ce que les autorités trouvent
« la solution » à tous ses problèmes.
Mais à vrai dire, les points faibles et les points forts sont
souvent complémentaires. Notre point le plus faible, cest-à-dire
le fait d'être un petit pays coincé entre trois grands
pays voisins (la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni) constitue, dans
le même temps, un atout. En effet, cela nous permet parfois de
faire preuve de davantage de créativité, de réagir
plus vite aux évolutions mondiales et d'explorer de nouvelles
voies qui permettent à un pays relativement petit de se profiler.
Je n'oserais donc pas me plaindre. À bien des égards,
la Belgique n'est pas grande, mais est loin d'être petite. Il
se peut que la Belgique dispose de la taille et de l'énergie
rêvée pour pouvoir prendre l'initiative dans des dossiers
importants.
Bien que depuis six ans, la Belgique réalise un équilibre
budgétaire, sa relance économique demeure particulièrement
fragile. Comment comptez-vous consolider la relance économique
?
L'équilibre budgétaire que nous reproduisons depuis six
années consécutives nous place dans une situation quasi
unique en Europe. Rares sont les États voisins capables de nous
imiter. Je refuse d'en sous-estimer l'effet. Tout d'abord, nous nous
sommes imposés cet équilibre car nous sortons en Belgique
d'une période où le poids des dettes était le plus
lourd par rapport au produit intérieur brut. Notre politique
budgétaire a permis de faire reculer, en 2005, jusqu'à
94 %, notre dette publique qui, il y a dix ans, était estimée
à environ 130 %.
Si nous maintenons cette politique quelques années de plus, nous
retrouverons la moyenne européenne.
Cet équilibre budgétaire n'est pas qu'une question d'orthodoxie
financière. Des finances publiques saines jouent un rôle
crucial tant pour les États membres que pour l'Union européenne
en vue d'attirer de nouveaux investissements, de relancer l'économie,
de parvenir à mener une politique sociale active et de faire
face au vieillissement précité.
Dans ces domaines aussi, la Belgique s'est plutôt bien débrouillée
ces dernières années. Notre santé économique
reste vulnérable, mais était, en 2004 et 2005, supérieure
à la moyenne européenne. Notre sécurité
sociale et nos soins de santé assurent encore à notre
pays une place dans le Top 10 mondial des pays qui préservent
le mieux le pouvoir d'achat de la population, y compris pour les malades,
chômeurs ou pensionnés. Notre enseignement qui relève,
en Belgique fédérale, de la compétence des communautés,
continue de figurer parmi les meilleurs d'Europe. Seule la recherche
scientifique, vitale à l'innovation technologique et industrielle,
reste à la traîne, même si nos résultats ne
sont pas tellement moins bons que d'autres États européens.
Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a aucun problème. Notre taux
de chômage surtout reste élevé. Sur ce point et
malgré de nombreux plans d'embauche, nous ne sommes pas (encore)
parvenus à redresser la barre. Ce revirement proviendra, selon
moi, d'une poursuite de la relance économique et c'est, à
mon avis, une question d'innovation et de compétitivité.
La compétitivité de nos entreprises occupe une place centrale
dans notre plan d'action 2006-2007 qui reprend en outre une dizaine
de projets concrets dont nous espérons qu'ils contribueront à
doper l'emploi.
Quels intérêts
stratégiques lEurope devra-t-elle poursuivre à lavenir
dans le monde ?
Le défi plus important pour l'Europe réside, à
mon avis, dans le renforcement de l'Union européenne, en ce sens
que je ne peux imaginer une Union économique et monétaire
sans (à termes) la volonté d'instaurer une Union sociale
et politique. Pour moi, ce point est surtout fondamental pour notre
politique étrangère et de sécurité commune.
Cette politique étrangère et de sécurité
commune, la PESC, existe déjà aujourd'hui, du moins sur
la base d'une coopération intergouvernementale. Cela me semble
insuffisant. Dans le monde d'aujourd'hui, une Europe économique
forte, le bloc économico-commercial le plus puissant au monde,
doit être dotée d'une voix politique. En ce sens, je plaide
en faveur d'une autorité fédérale européenne
et des États-Unis dEurope. Une Europe qui, tout en préservant
les États nationaux, met sur pied une autorité européenne
qui dispose des structures et des moyens lui permettant de faire entendre
sa voix sur la scène mondiale.
En second lieu, une Europe plus forte m'apparaît capitale pour
ajouter une dimension sociale à l'Europe économique unifiée.
Cette dimension sociale reste aussi trop faible car si les États
membres se contentent de se concerter, ils sont loin de garantir la
protection sociale de 450 millions d'Européens. C'est une autre
raison pour laquelle nous avons besoin d'une Europe fédérale
capable de rassembler et d'intensifier les efforts sociaux des États
membres plutôt que de les opposer les uns aux autres.
Comment jugez-vous vos
relations avec la France ?
Les relations franco-belges font partie des relations bilatérales
les plus intenses à travers le monde. De tout temps, en États
voisins caractérisés par une circulation intense aux frontières,
nous avons développé nombre de formes de coopération
que nous ne cessons de renouveler et d'approfondir. Je pense notamment
aux patrouilles de police franco-belges en vue de la lutte contre la
criminalité transfrontalière dans la région frontalière,
mais aussi à la coopération judiciaire des instances compétentes
et à la coopération entre les autorités locales,
en concertation avec nos communautés et régions. J'ai
gardé d'excellents souvenirs de la concertation bilatérale
au plus haut niveau avec le président, Jacques Chirac et les
Premiers ministres, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin. Même
au sein de l'Union européenne, les Français et les Belges
sont plus étroitement liés entre eux qu'avec d'autres
États membres.
Dans le même temps, les Belges et les Français ont été
à l'origine des principales institutions européennes et
Nord-Atlantiques de ces cinquante dernières années : l'OTAN,
le Conseil de lEurope, l'Union européenne. Au sein de l'Union,
citons la politique étrangère et de sécurité
commune, les accords de Schengen, l'Eurocorps (rebaptisé, depuis
2002, Force de réaction rapide au service de l'Union européenne
et de l'OTAN) et la politique européenne en Afrique. Même
dans mon plaidoyer pour une Europe renforcée, les échos
qui me parviennent de Paris, il y a peu du président Chirac,
continuent de nous rapprocher dans une vision commune d'un nouveau projet
européen.
Un message ?
Si je peux me permettre un message, il sera européen. Mon message
serait de continuer à développer ce nouveau projet européen
et de l'amener ensemble sur la table de l'Union européenne. Plus
encore après l'année 2005 de la désillusion européenne
qui a succédé à l'euphorie de 2004, je pense que
nous devons donner à l'Europe un nouvel élan susceptible
de toucher et de convaincre la population européenne. Car, en
2005, le monde ne s'est pas arrêté de tourner. Ce monde
nous démontre chaque jour avec plus de clarté combien
les gens et les peuples aux quatre coins du monde tournent leur regard
vers l'Europe, dans l'espoir que nous leur indiquions clairement qui
nous sommes, quelle route nous voulons suivre et ce qu'ils peuvent attendre
de nous.
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