Faits & Projets :
Comment voyez-vous l’avenir du Pakistan et qu’espérez-vous
pour le pays et sa population ? Quel rôle économique
voulez-vous donner au pays sur la scène internationale ?
Pervez Musharraf :
J’envisage un avenir prospère pour mon pays. Le Pakistan,
avec ses abondantes ressources naturelles et sa main d’œuvre
travailleuse et entreprenante, a le potentiel de devenir une locomotive
parmi les nations. Les indicateurs macroéconomiques des trois
dernières années indiquent que nous avons atteint le point
d’envol économique. En 2002-2003, la croissance économique
était de 5,1 %, un record, et les réserves de devises
ont dépassé la barre des 11 milliards de dollars. Le déficit
du budget et l’inflation (2,6 %) ont été réduits
et notre indice de solvabilité international a été
relevé.
Le Pakistan est un
État islamique modéré et dynamique. Il peut jouer
un rôle vital en maintenant la paix et la stabilité en
Asie du Sud. Avec la construction d’un second port à Gwadar,
le pays peut servir de passage pour les échanges avec les pays
d’Asie centrale qui n’ont pas d’accès à
la mer.
Le Pakistan a fait
une contribution significative envers la paix dans le monde, à
la fois comme président du conseil de sécurité
de l’ONU et en tant que membre des Forces de maintien de la paix
dans les régions du globe où il y a des conflits, comme
l’Irian Jaya, le Congo, la Somalie, la Bosnie, Haïti, le
Timor-oriental, le Cambodge et la Sierra Leone. Un Pakistan stable est
essentiel pour l’équilibre de la région.
Malheureusement, votre
pays souffre d’une mauvaise image sur la scène internationale :
conflit avec le Cachemire, l’insécurité, une puissance
nucléaire musulmane, des liens avec Al-Qaeda, les terroristes,
les extrémistes, les Talibans, des liens présumés
avec la Corée du Nord, l’Iran... Quelle est la solution ?
Le Pakistan est convaincu
du besoin d’apporter la paix et la stabilité dans la région.
La perception que le Pakistan n’a pas une bonne image sur la scène
internationale est sans fondement. C’est une partie intégrante
de la politique étrangère du Pakistan de soutenir pleinement
les efforts de la communauté internationale pour apporter la
paix et l’harmonie dans le monde et dans la région en éliminant
les terroristes. La propagande répandue par un pays voisin qui
insinue que le Pakistan a fait intrusion dans la partie du Cachemire
occupée par les Indiens ne repose sur rien. Le Pakistan croit
en une politique de tolérance et en ce qui concerne le Cachemire,
elle est très claire. Le Pakistan désire que cette question
soit résolue selon les termes de la résolution des Nations
unies de 1948 qui donnait à ses habitants le droit à l’autodétermination
grâce à un référendum juste et impartial.
Le Pakistan offre simplement un peu de soutien moral, diplomatique et
politique à une population innocente dans son combat pour l’indépendance.
Le Pakistan est sans
aucun doute une puissance nucléaire, mais cette énergie
est destinée à des fins pacifistes et d’autodéfense.
Notre voisin, l’Inde, a testé l’arme nucléaire
en 1974, puis en 1998, mettant ainsi en danger le Pakistan. Mon pays
n’a eu d’autre solution que de la tester également.
Notre programme nucléaire a des fins pacifiques et ne sera pas
transféré à un autre pays. Il n’a aucun lien
avec la Corée du Nord. Quant aux liens supposés avec Al-Qaeda
et les Talibans, c’est une accusation ridicule. Mon pays a durci
sa position envers eux. Nous avons arrêté plus de 500 militants.
Comment envisagez-vous
le développement de vos relations avec les États-Unis
et l’Union européenne ? Qu’attendez-vous aujourd’hui
de la communauté internationale ?
Nous avons des liens très étroits avec les États-Unis
que nous voulons tous deux renforcer encore en travaillant ensemble
pour les étendre. Ma récente visite aux États-Unis
à l’invitation du président Bush nous a aidés
à consolider encore nos relations bilatérales avec une
satisfaction mutuelle. Nous apprécions le soutien financier et
politique que les États-Unis accordent au Pakistan et nous espérons
que les rapports chaleureux entre nos deux pays permettront des progrès
équivalents dans les autres aspects de nos relations.
Nous accordons une grande importance à nos rapports, traditionnellement
amicaux et chaleureux, avec l’Union européenne. Cette dernière
a acquis de plus en plus de portée dans les domaines politiques
et économiques, et elle occupe une place grandissante sur la
scène mondiale. Je ne dirais jamais assez à quel point
l’Europe dans son intégralité et l’Union européenne
sont importantes pour le Pakistan. En adoptant une politique étrangère,
sécuritaire et monétaire commune, elle a pris une place
de choix dans les évènements internationaux.
Les
bonnes relations entre la France et le Pakistan et leur étroite
coopération reposent surtout sur des échanges commerciaux
dans le secteur de la défense. Comment ces deux pays pourraient-ils
se rapprocher encore ? Qu’attendez-vous des futurs investisseurs
français ?
La coopération
bilatérale dans le domaine de la défense est effectivement
une facette importante des relations franco-pakistanaises que nous cherchons
ensemble à développer et à renforcer. J’ai
eu des discussions détaillées avec les gouvernements français
durant ma visite à Paris. Le Pakistan et la France ont des points
de vue communs sur certaines questions régionales et internationales.
Nous sommes conscients que la croissance économique engendrée
par une augmentation des investissements et des échanges commerciaux
est un ingrédient indispensable du développement durable.
Maintenant que notre environnement est favorable aux investissements,
nous espérons que les pays amis comme la France viendront faire
au Pakistan de substantiels investissements étrangers directs.
Vous voulez que votre
pays soit perçu comme un endroit idéal pour les investisseurs.
Dans quels secteurs avez-vous besoin d’investissements ?
Qu’est-ce que votre pays peut leurs offrir ?
Alors que le climat
mondial était très morose ces trois dernières années,
l’économie du Pakistan a fait preuve d’une grande
résistance. La récession mondiale a été
alimentée par l’augmentation du prix du pétrole
après la guerre en Irak, l’épidémie de SRAS
dans la région du Pacifique et les mauvaises performances persistantes
des marchés. Malgré ces circonstances, le Pakistan est
parvenu à atteindre une croissance économique de 5,1 %,
le taux le plus élevé de l’Asie du Sud et le cinquième
d’Asie en général. Nous avons également atteint
une bonne stabilité macroéconomique.
Quant aux motifs pour lesquels les investisseurs devraient venir chez
nous, je peux simplement dire que la politique pakistanaise d’investissement
est très favorable aux affaires. Elle est également plus
libérale que celle des autres pays de la région. À
part quelques secteurs bien spécifiques comme les armes et les
munitions, les explosifs, les substances radioactives, l’impression
de billets et la gravure de monnaies, tous nos domaines sont ouverts
aux investisseurs étrangers ou locaux sans accord gouvernemental.
De plus, les secteurs
de la production, des services, des infrastructures, du social (éducation
et santé) et de l’agriculture ont été ouverts
aux investisseurs étrangers. Dans les services et l’agriculture,
il est autorisé d’avoir 100 % de fonds étrangers.
Les investisseurs sont totalement libres de choisir l’endroit
de l’implantation de leur activité. Le rapatriement total
du capital, des bénéfices et des dividendes de toutes
activités commerciales est autorisé.
En plus de toutes ces mesures favorables, nous offrons aussi de généreuses
concessions en matière de fiscalité et de taxes. Le Pakistan
est un emplacement stratégique géographique, une plaque
tournante régionale et un passage primordial vers les républiques
d’Asie centrale et l’Afghanistan. Mon pays, dont les ressources
sont vraiment sous-exploitées, offre de nombreuses possibilités
d’investissements dans les secteurs de l’informatique, de
l’agriculture (fruits, légumes, graines, poissonneries,
bétail), du textile, du pétrole, du gaz, des produits
chimiques et de la finance, le tout avec des ressources humaines compétentes.
La présence
ici de plus de 600 compagnies étrangères dont de nombreuses
multinationales connues comme Nestlé, ICI, Lever Brothers, Procter
and Gamble, Cupola, Citibank, Siemens, Shell, Caltex, Philips, Sony,
ZTE Technologies, Coca-Cola, BP, OMV Petroleum, Mitsubishi, Toyota,
Suzuki, pour n’en citer que quelques-unes, est une manifestation
de leur confiance en l’économie du Pakistan. Laissez-moi
ajouter que cette relation est mutuellement avantageuse : d’un
côté, le Pakistan bénéficie de leurs renommées
et de leurs expertises, et, de l’autre, ces compagnies ont un
taux de rentabilité moyen situé entre 20 et 60 % par an.
Le Pakistan est pour eux un endroit sûr et lucratif où
investir.
Après trois ans
au pouvoir, pouvez-vous dresser un bilan ?
Depuis que j’ai
pris mes fonctions le 12 octobre 1999, le Pakistan a parcouru un long
chemin : il est passé d’une position de désespoir
à une situation prometteuse. Le pays connaît maintenant
une période de stabilité économique et financière.
Ceci a été accompli grâce aux réformes socioéconomiques
introduites ces trois dernières années. La corruption,
la violence, le non-respect des lois et le sectarisme ont été
enrayés. Le Pakistan, en tant que partenaire actif de la coalition
internationale contre le terrorisme, a joué un rôle unique,
surtout après les évènements du 11 septembre 2001.
Selon le souhait des citoyens pakistanais et le verdict de la Cour suprême,
j’ai rempli mes obligations en restaurant la démocratie
parlementaire au Pakistan. Des élections générales
ont eu lieu dans le pays le 10 octobre 2002. Tous les principaux partis
politiques y ont participé. Aujourd’hui, un gouvernement,
dirigé par un Premier ministre élu, administre les affaires
de l’État. Le Parlement s’occupe de la législation.
Pour la première fois dans l’histoire nationale, l’autonomie
locale existe vraiment. Les femmes et les minorités sont mieux
représentées au Parlement.
Avec l’introduction de réformes fiscales, nous avons atteint
le point d‘envol économique. L’augmentation du revenu
par habitant a dépassé les 10 % et le chômage a
diminué. La valeur de la roupie s’est stabilisée
face au dollar, la dette intérieure et extérieure a beaucoup
baissé, les investissements étrangers directs ont augmenté
de façon substantielle et le marché boursier est à
la hausse. Les médias jouissent d’une liberté probablement
sans précédent. Les stations de télévision
et de radio privées peuvent opérer librement.
Il
y a quelques mois, Bernard-Henri Lévy a publié un livre,
« Qui a tué Daniel Pearl ? » dans
lequel il affirmait que le Pakistan jouait un double jeu : d’un
côté avec les terroristes et les extrémistes basés
dans votre pays, et de l’autre avec les Américains, les
Européens et la communauté internationale. Il a aussi
essayé de prouver que les services de renseignement pakistanais,
très proches d’Al-Qaeda et d’autres organisations
terroristes, sont un État dans l’État. Que pensez-vous
de tout cela ?
L’accusation
de ce romancier français contre le Pakistan, qui est censé
jouer un double jeu, est absolument sans fondement et indique un manque
d’information sur le rôle de mon pays dans la guerre contre
le terrorisme. La politique du Pakistan dans ce domaine est très
audacieuse, très sophistiquée et très claire. Le
Pakistan est opposé à toutes les formes de terrorisme (d’État,
transfrontalier et international). Le Pakistan a rejoint les États-Unis
et a été un partenaire-clé dans la guerre contre
les Talibans en Afghanistan. Nous avons aussi, dans le cadre de la lutte
contre les extrémistes, interdit sept organisations militantes
et/ou extrémistes et en avons placé une sous surveillance.
Al-Qaeda est interdit sur notre territoire. Nous avons déjà
arrêté plus de 500 de ses activistes et démantelé
avec succès son réseau. Nous avons pleinement coopéré
avec la coalition dirigée par les États-Unis et livré
aux Américains un bon nombre de terroristes connus de cette organisation.
Le présent gouvernement est conscient que cette lutte n’est
pas terminée. Quant à l’allégation que nos
services de renseignement sont un État dans l’État,
c’est une accusation frivole et tout aussi dénuée
de fondement. C’est une institution d’État, qui fonctionne
selon les ordres du gouvernement fédéral.
Je voudrais dire clairement
qu’au Pakistan, aucune institution n’est au-dessus des lois,
et chacune accomplit son devoir selon les paramètres de la législation
du pays.
Pour certains experts
en géopolitique, le Pakistan constitue le danger de demain. Qu’en
pensez-vous ?
Le Pakistan est un
membre responsable de la Société des Nations. Il a régulièrement
joué un rôle constructif dans les affaires internationales.
Nous avons toujours apporté une contribution considérable
aux causes dont l’objectif est d’améliorer le sort
du commun des humains.