“La parité en politique reste un enjeu car elle n’est pas une réalité”
Le 8 mars correspond, chaque année, à la journée mondiale de la femme. Et ce mois-ci, saisissant l’occasion de cet événement, nous avons choisi, pour faire le point sur la situation des femmes en France, de rencontrer Marie-Jo Zimmermann, députée, présidente de la Délégation parlementaire pour les droits de la femme à l’Assemblée nationale, rapporteur général de l’Observatoire de
la Parité depuis 2002 et fervente admiratrice d’Ingrid Betancourt et de Françoise Giroud.
Entretien réalisé par Delphine Evmoon.

F&P : Peut-on, selon vous, parler de parité entre hommes et femmes en politique en France ?
Marie-Jo Zimmermann : Aujourd’hui, non. Pourquoi la parité en politique reste t-elle encore un enjeu ? Parce qu’elle n’est pas une réalité. Il y a eu des progrès. Des lois ont été votées permettant ainsi une évolution de la place de la femme en politique. Mais le problème reste encore la manie des uns et des autres à vouloir changer en permanence les modes de scrutin et il faut alors rester très vigilant sur la place occupée par les femmes sur les listes électorales, qu’elles soient régionales ou européennes. Il faut monter sérieusement au créneau pour que la parité soit sauvegardée.

D’où vient ce phénomène ?
Je pense à deux facteurs. Le premier est dû à l’héritage de l’histoire. Il est vrai qu’en France la politique relevait davantage du domaine des hommes que des femmes. Pendant les deux guerres mondiales, quand les hommes partaient au front, les femmes faisaient avancer le reste du pays. Un seul personnage a réussi à faire comprendre à la population le rôle qu’elles ont joué pendant cette période, c’est le général de Gaulle qui leur a donné le droit de vote en 1944. Le second est que les femmes ont un énorme défaut : elles ne savent pas se mettre en avant et ont un manque de confiance en elles.

Les femmes ont-elles la volonté de se lancer dans la politique ?
Je ne le crois pas, surtout pour les générations allant de 40 à 55 ans, car la politique de fait pas partie de leurs engagements. Elles se tourneront davantage vers le système associatif. Les jeunes d’aujourd’hui ont une approche plus engagée.

Quelle est actuellement la place de la femme en politique en France ?
Concrètement, la femme commence progressivement à y avoir sa place. Elles sont enfin rentrées dans les conseils municipaux de villes de plus de 3 500 habitants, confrontent le terrain, découvrent la proximité quotidienne avec l’électeur et peuvent ainsi petit à petit prétendre à d’autres fonctions comme intégrer au conseil général où elles ne sont encore que 8 % (scrutin uninominal). Quelque 30 à 35 % de femmes sont présentes dans les conseils régionaux et devraient prochainement, avec le nouveau mode de scrutin, dépasser les 40 %. Dans les instances nationales, les femmes représentent 12,3 % des députés et 10,9 % des sénateurs. A l’UMP, nous sommes actuellement 38 parlementaires femmes sur un nombre total de 352.

Peut-on parler d’égalité juridique entre hommes et femmes ?
Certaines inégalités persistent, par exemple, dans l’âge légal du mariage. Il est de 18 ans pour les hommes et de 15 ans pour les femmes. J’envisage de déposer une proposition de loi qui ramènerait l’âge légal à 18 ans pour tout le monde.

Et concernant l’égalité professionnelle ?
L’égalité professionnelle n’existe pas et nous constatons encore des différences de salaires. Mon prochain combat de députée n’est pas de faire voter une loi supplémentaire, mais de faire appliquer celles qui existent, surtout dans les entreprises, notamment la loi Génisson votée en 2001. Cette dernière renforce en fait la loi Roudy de 1983 qui imposait aux sociétés de plus de 50 salariés d’établir un rapport sur la situation comparée des hommes et des femmes et de proposer au comité d’entreprise de débattre sur ce thème. La loi Génisson développe le dialogue social sur l’égalité professionnelle. Les négociations collectives doivent s’appuyer sur un rapport annuel de la situation comparée des hommes et des femmes à l’intérieur de l’entreprise. Ce dernier sert de base à une analyse de la situation portant en particulier sur les conditions générales d’emploi (effectifs, durée et organisation du travail, congés, embauches et départs, positionnement professionnel, évolutions de carrière, promotions), les rémunérations, la formation et les conditions de travail. Pour résumer, en 1972, l’égalité salariale est votée. En 1983, l’égalité professionnelle est décrétée. En 2001, une nouvelle loi repasse car la celle de 1983 n’a pas été appliquée. Où va t-on ?

Pourquoi ce combat ?
Quand j’ai été candidate aux élections législatives en 1998, je l’étais dans une circonscription où le député a été invalidé. A cette minute, trois hommes se sont présentés. Le député invalidé m’a imposé et j’ai été élue, puis réélue en 2002, avec près de 62 % des votes. J’ai pris conscience que pour réussir il faut se battre.