“Le Moyen-Orient en paix et prospère est un atout pour l’Europe”

Dina Kawar est ambassadrice du Royaume hachémite de Jordanie en France depuis novembre 2001. Après des études de sciences-politiques aux Etats-Unis, elle retourne en Jordanie pour rejoindre le cabinet du prince Hassan avant d’arriver en France et de devenir directrice du cabinet privé de Sa Majesté le roi Abdallah de Jordanie. Entretien réalisé par Delphine Evmoon.

 

F&P : Que pensez-vous de la situation de la femme en Jordanie et de son évolution ? Des crimes d’honneur sont encore commis. Des mesures sont-elles prises à cette encontre ?
Dina Kawar : Le statut des femmes évolue. Depuis 1990, la volonté politique a été de changer les lois concernant les droits des femmes. Les crimes d’honneur sont un phénomène rare, mais la violence liée à ces actes est telle que l’on en parle beaucoup. Ils sont, depuis deux ans, condamnés par la loi comme tout autre crime. D’autres amendements pour protéger les femmes dans leur vie civile sont également passés en Jordanie. Désormais, elles ont le droit de posséder un livret de famille et d’avoir leurs enfants inscrits sur celui-ci en cas de décès de l’époux (auparavant ce droit revenait à la famille). Une commission travaille également sur le code du travail des femmes et leurs protections dans la vie sociale. Un comité étudie actuellement le rôle que les femmes joueront lors des prochaines élections en 2003 et 10 % des sièges (chiffre provisoire) leur seront accordés. Elles sont effectivement très présentes dans les professions libérales (médecins ou avocates), mais peu en politique. Cela sera un début.

De plus en plus de femmes des pays du Maghreb ou du Proche-Orient sont ambassadrices en France. Voyez-vous ce fait positivement ?
Oui, nous avons des ambassadrices pour la Syrie, la Palestine, Bahreïn et la Tunisie. Cela est très important pour notre image de femmes orientales. Leur rôle ne doit pas être minimisé. Elles ont plus de pouvoir qu’on peut le croire, mais elles doivent se rendre compte de leur potentiel et de leurs droits.

La Jordanie est actuellement entourée du conflit israélo-palestinien et de l’Irak, où une guerre semble se préparer. Les impacts sont importants sur l’économie jordanienne. Quelles peuvent être les solutions ?
La solution pour le Moyen-Orient dépend d’une volonté politique qui nécessite une implication plus importante des Etats-Unis et de l’Union européenne. La France fait d’ailleurs beaucoup dans ce domaine. Sans les Etats-Unis, on ne peut pas avancer. On ne peut pas demander aux Palestiniens de résister plus longtemps car leur vie quotidienne n’est pas facile. Les hommes politiques doivent prendre plus de responsabilités et favoriser un dialogue entre les deux parties. J’espère, qu’en Irak, une guerre sera évitée car on ne connaît pas les conséquences sur la population qui a déjà souffert de la guerre avec l’Iran, de la guerre du Golfe et de l’embargo. Les Irakiens ont payé leurs dus et ont le droit de vivre bien. N’oublions pas que les ressources irakiennes sont importantes avec le pétrole, l’eau et le potentiel humain.

Un message ?
Je voudrais que les Français s’intéressent davantage à la Jordanie et je souhaiterais qu’ils aient une image positive de mon pays. C’est un beau « petit » pays, une clé régionale, avec un potentiel important et de nombreux atouts aussi bien économiques et touristiques que culturels. Le monde musulman est méconnu et vaut la peine de l’être. Nous avons de l’espoir. Le Moyen-Orient en paix et prospère est un atout pour l’Europe à tous les points de vue.