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Nous
souhaitons que laccord de partenariat avec lUnion européenne
participe à notre modernisation et à notre développement
Rencontre avec Abdel-Halim Khaddam, Vice-président
de la République arabe syrienne,
par Delphine Evmoon.
F&P : La Syrie a entrepris des réformes économiques,
une logique de partenariat avec lUnion européenne, est entrée
au Conseil de sécurité des nations Unies comme membre non-permanent,
a posé sa candidature pour être membre de lOrganisation
mondiale du commerce
Peut-on dire que la Syrie a définitivement
fait le choix de louverture internationale ?
Abdel-Halim Khaddam : Les réformes sont aussi bien un besoin
individuel quun besoin pour la société. Celles qui
nadoptent pas lorientation du développement et des
réformes sont condamnées à la rigidité. Il
est, par conséquent, logique que la Syrie mette en uvre des
programmes de développement avec, à sa tête, un programme
économique. Disons plutôt : modernisation, réformes
et développements. Ce programme va traiter les différentes
parties de léconomie nationale : industrie, agriculture,
commerce, tourisme ainsi que la réforme du système bancaire
et monétaire. Nous marchons dans cette voie, continuerons et espérons
de très bons résultats. La Syrie a un grand potentiel et
un peuple compétent et travailleur. En ce qui concerne léconomie
internationale, les réformes sont devenues nécessaires et
urgentes. Et si nous nen entreprenons pas, il nous sera très
difficile dacquérir notre place dans le système international.
Nous négocions actuellement un partenariat avec lUnion européenne.
Comme vous le savez, il doit avoir des assises politiques et économiques.
Nous espérons pouvoir y arriver prochainement et souhaitons également
que cet accord participe à notre modernisation et à notre
développement. Il y a, bien sûr, un volet politique : cest
la sécurité entre lEurope et notre région,
et nous pensons que cet accord est très important pour lUnion
européenne mais également pour la Syrie et les autres pays
arabes. En réalité, la Syrie na jamais été
isolée, voire fermée, vis-à-vis de la société
internationale, mais on la considérée ainsi. La Syrie
na jamais appartenu au bloc soviétique. Je crois que vous
avez visité la Syrie plusieurs fois. Il y a bien sûr une
question primordiale qui gouverne nos relations internationales : cest
celle de lagression israélienne contre la Syrie. Certaines
forces internationales appuient Israël. Ce qui met ces pays en désaccord
avec nos orientations. Mais nos relations avec lEurope, les pays
non-alignés et la plupart des autres nations du monde, allaient
et vont bien. Naturellement, nous poursuivrons nos relations extérieures
en prenant en considération nos propres intérêts.
Les relations entre la Syrie et lIrak ont, depuis quelques années,
évolué très rapidement, tant aux niveaux politique
que commercial. Comment expliquez-vous cette évolution quand on
connaît un peu lhistoire des relations entre vos deux pays
?
Tout simplement. La Syrie et lIrak sont des pays arabes. Ils ont
tous deux connu, par le passé, des différends très
amers. Lembargo contre lIrak a eu des conséquences
catastrophiques sur le peuple irakien. Bien entendu, les souffrances de
ce peuple nont pas seulement touché les Syriens mais tout
le monde au niveau international. Il faut donc aider, et cela est naturel,
le peuple irakien à sortir de ses souffrances, notamment parce
que cet embargo est dépourvu de toute logique. Il ny a aucune
justification à cela. Il est vrai que nous avons eu plusieurs différends
profonds avec lIrak. Mais, sur le fond, ces différends sont
moindres que ceux qui existaient entre la France et lAllemagne.
Regardons ce que ces relations sont devenues ! Nous sommes naturellement
deux pays frères. Notre histoire est commune, nos relations sont
étendues. Nos bons rapports sont normaux aujourdhui.
Le président américain parle beaucoup, en ce moment, dune
attaque contre lIrak pour renverser le régime actuel. Dans
cette hypothèse, quelles en seraient les conséquences pour
la Syrie mais également pour la région ?
En réalité, nous souhaitons que les Etats-Unis ne fasse
pas une telle attaque contre lIrak, car elle nest aucunement
justifiée. Ariel Sharon égorge les Palestiniens et se sert
des armes et des avions américains. Il est pourtant couvert par
les Etats-Unis. Ariel Sharon, un criminel, agresse les Palestiniens en
permanence alors que ce sont les Palestiniens qui sont considérés
comme des terroristes. Un citoyen arabe, lorsquil voit une telle
image, ne voit aucune logique dans la politique américaine. Et
voilà la menace contre lIrak. Dans lintérêt
de qui et pourquoi ? En réalité, aucune justification logique
américaine na pu être donnée pour une attaque
contre ce pays. Les Etats-Unis ont nommé certains pays arabes comme
appartenant à laxe du mal. Est-il possible de classer lIrak,
lIran et la Corée du Nord comme appartenant à laxe
du mal et Israël dans lautre camp ? Nous souhaitons que la
logique soit le juge dans la politique américaine. Si lIrak
est agressé, les conséquences seront très dangereuses
dans la région. Le terrorisme sera développé. Les
Etats-Unis se trompent énormément sils croient quils
sont capables denlever les sentiments et les aspirations des gens
dans cette région.
Quel est le rôle de la Syrie dans le processus de paix ? Actuellement,
les répercussions de cette instabilité régionale
ont un impact sur léconomie, le tourisme et les investissements
étrangers. Quelles sont les solutions pour une paix durable ?
Je suis daccord avec vous sur le fait que la situation dans la région
nest pas stable et se complique progressivement, notamment à
la lumière de la politique israélienne exercée contre
les Palestiniens. Par conséquent, lopposé de linstabilité,
cest la paix. Les répercussions de la situation se font ressentir
sur léconomie, le tourisme et sur la vie des autres pays.
Tous les Arabes ont donc adopté la paix comme un choix stratégique.
Nous navons pas de conditions pour la paix. Nous demandons juste
que soient respectées les résolutions du Conseil de sécurité,
qui ont mis en place les assises de la paix dans la région. Israël
refuse de les mettre à exécution.
Les solutions sont donc difficiles à se mettre en place, si
je puis dire ?
En tout cas, il est impossible que la situation reste en létat.
Les difficultés dont on parle se trouvent-elles du côté
arabe ? Nous avons négocié avec les Israéliens à
Washington plus de six années. Tout dabord, ils ont refusé
de se retirer au-delà des limites territoriales du 4 juin 1967.
Ensuite, ils ont lié la paix à la sécurité.
Mais quelle sécurité ? Celle dIsraël. Celle des
Arabes nest-elle pas importante ? Pendant une certaine période,
nous avons aperçu une lueur au fond du tunnel : acceptation du
retrait des lignes territoriales de 1967 et séances de travail
avec les Américains sur les objectifs dune sécurité
pour les deux parties et non pas unilatérale pour Israël.
Puis Itzhak Rabin a été assassiné. Shimon Peres a
été élu. Benyamin Netanyahu na rien fait. Le
problème nest pas du côté arabe. Lesprit
politique israélien est dominé par la sécurité
dIsraël. La sécurité doit être, en fait,
la conséquence de la paix. Voyons maintenant ce qui se passe en
Palestine. Ariel Sharon a été élu pour mettre en
place la sécurité. Voilà plus dun an de cela
et où en t-on avec la sécurité ? La situation économique
israélienne est très mauvaise ainsi que sa situation politique
et psychologique. Est-ce que la force lui a procuré la sécurité
? Nest-il pas temps quil comprenne que seule la paix rime
avec sécurité et stabilité ? Si nous regardons la
situation, nous constatons quIsraël veut une hégémonie
dans la région tout en se basant sur des théories mythologiques.
Il est étrange que tout le monde parle de fondamentalisme islamique
et personne ne parle de fondamentalisme juif.
Quel pourrait être le rôle de lUnion européenne
dans le processus de paix et que pourriez-vous en attendre ?
En réalité, ce rôle dont vous parlez doit être
déterminé par lUnion européenne elle-même.
En réalité, lEurope peut jouer un rôle allant
de 5 à 100 %. Pourquoi ? Tout dabord, parce que lEurope
constitue lautre rive de la Méditerranée. De plus,
elle est liée avec la région par de nombreux intérêts
communs. Sans oublier les rapports culturels. Par conséquent, les
Européens sont les mieux placés pour bien comprendre la
nature des problèmes régionaux. Actuellement, les Européens
adoptent une bonne position politique et elle est plus avancée
quauparavant. Elle dit quil faut mettre en application les
deux résolutions du Conseil de sécurité (242, 338).
Mais quen est-il en pratique ? Israël, de son côté,
ne les applique pas. LEurope ne pourrait-elle pas prendre des mesures
contre ce pays qui refuse de suivre ces résolutions ? Par exemple,
65 % du commerce extérieur israélien est avec lEurope.
Des sanctions économiques pourraient être adoptées
contre Israël. La partie arabe serait positivement sensible à
tout pas réalisé, dans la pratique, par lUnion européenne.
Le rôle de lUnion européenne pourrait être important.
De toutes les manières, Israël ne nous menace pas avec des
avions européens.
On entend assez souvent de la part dinvestisseurs étrangers
quil est parfois difficile de travailler avec la Syrie car le système
économique nest pas transparent. Que pouvez-vous en dire
?
Jai parlé au début de notre entretien des réformes
entreprises par la Syrie dans le domaine économique. Comme je lai
souligné, elles vont toucher tous les domaines, y compris les domaines
monétaire et financier.
Quelle est la place économique et politique quoccupe
la Syrie aujourdhui, non seulement dans la région mais dans
ses relations avec les pays voisins, et que pourrait-elle devenir ?
Nous aspirons à réaliser le partenariat arabe. Nous avons
signé des accords de libre-échange économique et
nous devons passer au stade de marché commun arabe. Et, par conséquent,
nous espérons devenir, ensemble, une force économique régionale.
Nos rapports régionaux sont très bons. Il existe un certain
nombre de conventions avec la Turquie, lIrak, lIran, la Jordanie,
lEgypte et lArabie Saoudite ainsi quavec le Liban. Nous
sommes tous complémentaires. Je suis sûr et certain que les
prochaines années montreront que la Syrie va occuper une place
prépondérante, non seulement dans la région, mais
également au-delà, surtout lorsque nous arriverons à
mettre en pratique nos réformes économiques et culturelles
mais aussi celles qui concernent léducation et le fonctionnement
du secteur public. Nos orientations sont très claires et notre
président est très enthousiaste à la mise en exécution
de tous ces programmes. Notre peuple a non seulement une forte capacité
à apprendre, mais sadapte également rapidement au
développement. Toutes les conditions sont réunies pour que
nous réussissions.
Un message ?
Nous aspirons à une large coopération avec lUnion
européenne, avec, à sa tête, la France. Nos deux pays
ont de très bonnes relations et nous uvrons à leur
développement. Nous avons confiance dans les orientations politiques
françaises pour la région en général. Nous
avons des relations à la fois culturelles et psychologiques entre
les deux peuples. Lorsque nous parlons dEurope, en Syrie, cest
limage de la France qui se dessine dans les esprits.
We
hope that the agreement of partnership with the European Union will be
part of our modernization and development efforts
An interview with Abdel-Halim Khaddam, Syrias
Vice President,
by Delphine Evmoon.
F&P: Syria has undertaken economic reforms, is negotiating
a partnership with the European Union, has become a non-permanent member
of the United Nations Security Council and applied to join the World Trade
Organization. Can we say that Syria has definitively decided to open itself
up to the outside world?
Abdel-Halim Khaddam: The reforms are as much an individual requirement
as a requirement for the society. Those who do not adopt the way of development
and reforms are condemned to rigidity. As a result, it is logical that
Syria implement development programs, headed by an economic program. Lets
speak of modernization, reform and development instead. This program will
cover the various components of the national economy: industry, agriculture,
commerce and tourism as well as the reform of the banking and monetary
system. We are going down this road, let us continue and hope for good
results. Syria has great potential, and competent and hard-working people.
As for the international economy, reforms have become necessary and urgent.
And it we dont undertake them, it will be very difficult for us
to take up our place in the international system. We are currently negotiating
a partnership with the European Union. As you know, there will be political
and economic conferences. We hope to be able to get there soon and also
hope that this agreement will be part of our modernization and development
efforts. There is, of course, a political section: the security between
Europe and our region, and we think that this accord is very important,
not only for the European Union, but also for Syria and the other Arab
countries. In reality, Syria has never been isolated, or closed, vis-à-vis
international society, but was thought of in this way. Syria never belonged
to the Soviet bloc. You have visited Syria several times. There is, of
course, a crucial question that governs our international relations: that
of Israeli aggression against Syria. Certain international forces support
Israel, which puts these countries at odds with us. But our relations
with Europe, non-aligned countries and most of the worlds other
nations were good and are good.Naturally, we will pursue our exterior/foreign
relations while taking our own interests into consideration.
Over the last couple of years, relations between Syria and Iraq
have evolved very rapidly, both politically and in terms of trade. How
do you explain this development, given the history of relations between
your two countries?
Very simply. Syria and Iraq are Arab countries. In the past, they both
experienced very bitter differences of opinion. The embargo of Iraq had
disastrous consequences for the Iraqi people. Of course, the suffering
of the Iraqi people not only touched Syrians but also every one at the
international level. Thus the suffering of the Iraqi people must be alleviated,
especially as the embargo is illogical. There is no justification for
it. It is true that we have had several profound differences of opinion
with Iraq. But, fundamentally, these differences are less that those between
France and Germany. Look at what happened to their relationship. We are
naturally two brother countries. We have a common history and our relations
extensive. Our good relationship is not unusual.
At the moment, the American president is talking a lot about attacking
Iraq to overthrow the current regime. What would the consequences be for
Syria and the region?
We hope that the United States will not attack Iraq, because it would
be unjustified. Ariel Sharon kills Palestinians, and uses American weapons
and planes. He is, however, protected by the United States. Ariel Sharon,
a criminal, constantly attacks the Palestinians, but it is the Palestinians
who are considered terrorists. When an Arab citizen sees such an image,
he sees no logic in American policy. And then there is the threat to Iraq.
In whose interest and why? No logical American justification can be made
for an attack against this country. The United States has designated certain
Arab countries as belonging to an axis of evil. Is it possible to classify
Iraq, Iran and North Korea as belonging to an axis of evil and put Israel
in the other camp? We hope that reason will be the judge in American policy.
If Iraq is attacked, the repercussion will be very serious in the region.
Terrorism will increase. The United States is kidding itself if it thinks
it is capable of getting rid off the feeling and aspirations of people
in this region.
What is Syrias role in the peace process? The repercussions
of regional instability are currently having an impact on the economy,
tourism and foreign investment. What is the solution for a lasting peace?
I agree with you that the situation in the region is not stable and is
getting progressively more complicated, especially in the light of Israel
policy against the Palestinians. Consequently, the opposite of instability
is peace. The repercussions of the situation are being felt on the economy,
tourism and on the life of other countries. All Arabs have thus adopted
peace as a strategic choice. We are just asking that the Security Council
resolutions that established peace talks in the region be respected. Israel
refuses to implement them.
Will the solutions be difficult to carry out?
In any case, it is not possible that the situation remains the way it
is. Are the difficulties people mention on the Arab side? We have negotiated
with the Israelis in Washington for over six years. First, they refused
to withdraw to the borders of June 4, 1967. Then, they linked peace to
security. But whose security? That of Israel. Isnt that of Arabs
important? For a time, we perceived a light at the end of the tunnel:
acceptance of the withdrawal to the 1967 borders and working sessions
with the Americans on the objectives of security for both parties and
not unilateral for Israel. Then Rabin was assassinated. Peres was elected.
Netanyahu did nothing. The problem isnt on the Arab side. Israeli
politics is dominated by Israeli security. Security should be, in fact,
the outcome of peace. Look at whats happening in Palestine. Sharon
was elected to put security into place. There has been more than a year
of this and where are we with security? The Israeli economic situation
is very bad as is its political and psychological situation. Has the use
of force helped Israel obtain security? Isnt it time that it understood
that only peace goes hand and hand with security and stability? If we
look at the situation, we see that Israel wants to obtain regional hegemony
on the basis of mythological theories. It is strange that everybody is
talking about Muslim fundamentalism, and no one is talking about Jewish
fundamentalism.
What role can the European Union play in the peace process?
In fact, the role you are talking about should be determined by the European
Union itself. In fact, Europe can play a role from 5 to 100%. Why? First,
because Europe constitutes the other shore of the Mediterranean. In addition,
it is linked to the region by several common interests, not to forget
cultural relations. Therefore, the Europeans are the best placed to understand
the nature of regional problems. The Europeans are currently adopting
a good political position, which is more advanced than in the past. Europe
says that the Security Council resolutions (242, 338) should be applied.
But where are we in practice? Israel, for its part, is not applying them.
Cant Europe take measures against this country, which refuses to
comply with these resolutions? For example, 65% of Israels foreign
trade is with Europe. Economic sanctions could be applied to Israel. The
Arab side will appreciate every positive, practical step taken by the
European Union. The role of the European Union could be a large one. In
any case, Israel is not threatening us with European planes.
Foreign investors often say that it is sometimes difficult to work with
Syria because the economic system is not transparent. What do you think?
At the beginning of our interview, I talked about the economic reforms
undertaken by Syria. As I pointed out, these reforms will affect all sectors,
including the monetary and financial sectors.
What role does Syria currently play in the region and how could
it develop?
We aspire to Arab partnership. We have signed free-trade agreements and
have to proceed to the stage of an Arab common market. We consequently
hope to become a regional economic force together. Our regional relationships
are very good. There are a certain number of conventions with Turkey,
Iraq, Iran, Jordan, Egypt and Saudi Arabia as well as with Lebanon. We
all complement each other. I am sure that the next few years will demonstrate
that Syria will have a dominant role, not only in the region, but also
beyond, especially when we manage to put into practice our economic and
cultural reforms as well as those concerning education and the functioning
of the public sector. Our leanings are very clear and our president is
very enthusiastic about the implementation of all these programs. Our
people not only have a strong capacity to learn, but also adapt rapidly
to change. All the conditions are right for us to succeed.
Do you have a message for our readers?
We aspire to widespread cooperation with the European Union, with France
at its head. Our two countries have a very good relationship and we are
working to develop them. We have confidence in Frances polices for
the region in general. There are both cultural and psychological links
between the two peoples. When we talk of Europe in Syria, it is the image
of France that takes shape in peoples minds.
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