Sa Majesté le Roi Abdullah II :
“ Nous espérons que d’autres entreprises françaises viendront et profiteront des opportunités que leur offre la Jordanie ”
entretien avec Delphine Evmoon.

Quels sont les objectifs de Sa Majesté pour la Jordanie en matière des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ?
Les compétences de nos diplômés pourront être mieux exploitées afin que la Jordanie occupe le premier rang de la révolution des NTIC, au moins dans la région. En adoptant et en adaptant les NTIC, les petits pays peuvent bien en tirer profit pour accroître la productivité de leur économie. En tant que tel, la Jordanie doit faire vite son entrée dans cette économie mondiale basée sur la connaissance. Cela ne peut se réaliser que lorsque les NTIC, dans toutes leurs formes, seront adoptées par les différents secteurs de la société, dont l’éducation, le monde des affaires et le gouvernement. En introduisant les NTIC dans l’enseignement, le marché de l’emploi profitera de l’arrivée de nouveaux professionnels bien formés, dotés des connaissances perfectionnées, ayant une meilleure compréhension du marché et de ses besoins et qui sont capables d’y réussir.
Les secteurs public et privé sont appelés à faire introduire les NTIC dans leur vécu quotidien et dans leurs stratégies afin d’être compétitifs dans l’ère des marchés libres et de la globalisation. Les directives gouvernementales d’adopter le e-gouvernement faciliteront et inciteront, dans une certaine mesure, les hommes d’affaires et les citoyens à réfléchir aux bénéfices qu’ils peuvent tirer des NTIC.

Quelle place souhaiteriez-vous donner à internet et aux NTIC ?
Comme je viens de le signaler, l’internet en particulier, et les NTIC en général, joueront un rôle primordial dans la transformation de la Jordanie en une économie basée sur la connaissance. Cela influencera la manière de penser de nos enfants, la manière selon laquelle les hommes d’affaires conduiront et feront évoluer leurs affaires et enfin le chemin que le gouvernement suivra pour servir les citoyens. Les NTIC pourront être un moteur de la croissance de l’économie, surtout si nous réussissons à en devenir un centre régional.

Quels sont vos objectifs pour le peuple jordanien ?
Le meilleur. Tout notre travail vise à assurer à chaque individu une vie sûre, digne, prospère et chargée de sens. Nous voulons créer les conditions sociales, politiques et économiques qui permettront à notre peuple de libérer tout son potentiel et de contribuer ainsi au développement du pays.

Les zones de libre-échange sont de plus en plus nombreuses en Jordanie. Une zone de libre-échange avec les Etats-Unis vient de voir le jour. Quelle place économique entendez-vous donner à votre pays dans la région ?
Qu’elle ait au moins une place significative ! La Jordanie a entrepris des efforts en vue de changer ses priorités nationales. Après des années de tension et de privation à cause du conflit, construire une économie forte est la plus urgente des priorités pour la Jordanie, et pour tous les pays de la région. Ces priorités viennent d’être définies. Nous n’en sommes qu’au début. Il reste beaucoup à faire pour atteindre les résultats escomptés. La Jordanie a accompli de grands progrès dans ce sens, avec la création des zones de libre-échange. Nous considérons que l’existence d’une économie régionale forte est bénéfique pour tous. Dans cet esprit, la Jordanie fait de son mieux pour soutenir et faciliter l’émergence de cette économie et pour permettre à la coopération régionale de modifier la nature des relations entre les états et celles existantes entre le secteur privé des pays de la région.

Un large programme de privatisation a été initié. Quelle place souhaiteriez-vous donner au secteur privé au sein de l’économie du pays ?
En Jordanie, nous avons travaillé d’urgence sur la création d’un vrai partenariat entre les deux secteurs, privé et public. Nous sommes fermement convaincus que le secteur privé devrait être le moteur de la réforme économique. Le secteur privé est largement représenté au sein du Conseil Economique Consultatif.
Ce qui atteste notre engagement en faveur d’un rôle plus large du secteur privé dans la politique économique du pays. J’aimerais voir le secteur privé mener, sans obstacle, le train de notre économie et y occuper une place centrale.

Par rapport aux pays voisins, que peut offrir la Jordanie de plus pour attirer les investisseurs étrangers ?
Tout d’abord, la Jordanie fait la différence dans les secteurs où elle est très compétitive, comme le tourisme, l’industrie des engrais et même les NTIC. Par ailleurs, l’orientation de l’économie jordanienne vers l’exportation constitue un encouragement pour l’investissement dans le secteur industriel et celui des services. Cette orientation est évidente à travers la création des “Qualifying Industrial Zones” (QIZ) et à travers les accords conclus entre la Jordanie et plusieurs pays : accord sur la création des zones de libre-échange avec
les Etats-Unis, accords de libre commerce arabe et l’accord de partenariat avec l’Union européenne. Ces accords font de la Jordanie une porte ouverte aux marchés internationaux. Dernièrement, nous avons inauguré la Zone économique spéciale d’Aqaba qui est unique pour toutes formes d’investissements.
Enfin, nos ressources humaines, hautement qualifiées, constituent l’assise principale et le premier facteur incitant à choisir la Jordanie comme lieu de prédilection de l’investissement.

La Jordanie entretient de bonnes relations avec l’Union européenne. Comment concevez-vous l’avenir de ces relations ?
L’Union européenne a un rôle majeur à jouer dans la région. C’est un rôle qui lui est dévolu du fait de l’histoire, de la géographie et des impératifs stratégiques. Le processus de partenariat Euro-méditerranéen lancé à Barcelone fin 1995, est pour l’Union européenne l’occasion de renforcer ses relations politiques, économiques et culturelles avec ses voisins du sud. Nous, en Jordanie, sommes impatients de donner à ce partenariat un sens et une réalité afin que celles et ceux qui y croient, le soutiennent davantage dans les années à venir. En ce qui concerne le Moyen-Orient, nous souhaitons voir de nouveaux investissements européens dans nos pays, et de nouveaux hommes d’affaires européens venir profiter des opportunités d’affaires existant ici.

Que pensez-vous de la place qu’occupe la France en Jordanie et de l’avenir de cette présence ?
Au fil des années, la France et la Jordanie ont entretenu des relations très proches. Feu mon père, Sa Majesté le Roi Hussein, a eu des visites régulières en France et a toujours apprécié nos relations avec
la France. Je crois que nos relations pourront être plus approfondies et ce dans tous les domaines, culturel, politique et économique. Nous agissons dans ce sens, et je crois que nous avons réalisé beaucoup de progrès. Quant à la présence française en Jordanie, les entreprises françaises, comme France Télécom, Lafarge, Accor, Suez Lyonnaise des Eaux et d’autres, ont investi en Jordanie et elles sont de vrais partenaires du développement économique du pays. Nous espérons que d’autres suivront et profiteront des opportunités que leur offre la Jordanie.