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La
puissance économique de lEurope est avérée
François Loos, après avoir été ministre
délégué à lEnseignement supérieur et
à la Recherche dans le premier gouvernement Raffarin, est, depuis le 17
juin 2002, ministre délégué au Commerce extérieur.
Entretien réalisé par Delphine Evmoon.
F&P : A l'ère de la mondialisation, certains pensent que ce mot
est synonyme d'uniformisation. Qu'en pensez-vous ?
François Loos : La mondialisation ne doit pas être synonyme duniformisation,
ceci est valable dans les entreprises, mais aussi dans la vie de tous les jours
de nos concitoyens. Les gens doivent pouvoir conserver leur identité et
la capacité de lexprimer. Ignorer cette exigence constituerait une
faute politique. Je ne crois pas que, dans les nouvelles négociations qui
sengagent à lOrganisation mondiale du commerce (OMC), nous
pourrons nous réfugier dans une stratégie purement défensive
reposant exclusivement sur la seule exception culturelle. Lexception culturelle,
cest le principe fondateur qui rappelle que les biens culturels ne sont
pas des marchandises comme les autres. La France a eu le courage de limposer
dans les négociations internationales. Nous exerçons une veille
constante et attentive, au sein de lUnion européenne et dans les
négociations commerciales à lOMC, pour que la culture ne fasse
pas lobjet de négociations commerciales.
Aujourdhui, ce principe doit être un outil au service dun projet
politique plus large : celui de la diversité culturelle. Cest ce
projet politique, initié par le président de la République,
que je souhaite défendre dans nos contacts bilatéraux avec mes homologues
étrangers. Lobjectif est ladoption à lUNESCO dune
convention mondiale sur la diversité culturelle. Elle donnerait force de
loi internationale aux principes de la déclaration sur la diversité
culturelle que vient dadopter lUNESCO. Une telle convention réaffirmerait
que la diversité culturelle est un droit dont chaque Etat peut se prévaloir.
Le 11 septembre 2001 a eu un impact sur la géopolitique mondiale. Quelles
en sont, selon vous, les conséquences sur l'économie internationale
?
Les attentats du 11 septembre 2001 ont causé des pertes humaines et des
dégâts matériels énormes et ont eu des conséquences
économiques non négligeables. Les menaces que ces attentats ont
fait peser sur l'économie mondiale à l'automne 2001 se sont rapidement
dissipées. Avec la fin des opérations militaires en Afghanistan,
la confiance est revenue et les marchés sont remontés à leur
niveau d'avant les attentats. Pourtant, les marchés se sont à nouveau
retournés en début d'année, mais pour des raisons qui sont
moins liées aux attentats du 11 septembre (crise argentine, dégonflement
bulle de la nouvelle technologie, incertitude sur la reprise américaine
et japonaise, incertitude sur la sincérité des comptes des entreprises
cotées et crise irakienne). Le commerce mondial a enregistré en
2001 sa plus mauvaise performance depuis 20 ans, ce qui ne peut être entièrement
attribué à ces attentats (- 4 %). L'économie mondiale était
déjà en très net ralentissement avant les dramatiques évènements
du 11 septembre. Ceux-ci ont accéléré ce ralentissement.
Peut-on parler aujourd'hui de puissance économique européenne
dans le monde (à quinze, mais également à 25 en 2004) ? La
France peut-elle être considérée comme un moteur économique
européen ?
Oui, bien sûr, la puissance économique de l'Europe est avérée.
Elle est déjà certaine dans le format actuel de l'Union européenne
à quinze et sera renforcée dès 2004 et encore davantage à
moyen terme par un élargissement supplémentaire. Le marché
unique, espace intégré de production et d'échanges, va s'accroître
de 75 millions d'habitants en 2004. L'élargissement va créer une
dynamique de l'interpénétration des économies des actuels
et des nouveaux Etats membres, facteur de croissance accrue pour tous. Toutes
les études disponibles démontrent que l'élargissement va
générer un surplus de croissance pour les quinze et bien davantage
encore pour les dix nouveaux pays qui sont engagés dans une dynamique de
rattrapage économique. L'élargissement va donc renforcer le poids
et l'influence de l'Union européenne dans l'économie et le commerce
mondiaux.
Comment se porte le commerce extérieur de la France ? Existe-t-il
des priorités stratégiques pour notre pays en matière d'échanges
commerciaux ?
Nos échanges seront en recul en 2002. Principalement dirigées vers
nos partenaires européens, les exportations ont, dans un premier temps,
moins souffert de la contraction des demandes asiatique et américaine.
Ce sont principalement les ventes à l'étranger de biens d'équipement
et de biens intermédiaires qui expliquent le recul global de nos exportations,
la demande adressée à la France étant pénalisée
par le ralentissement de l'activité et des investissements dans l'ensemble
des pays de la zone euro et tout particulièrement en Allemagne.
La France est encore présente par rapport à ses principaux partenaires
européens sur des marchés dont le potentiel de croissance est élevé.
La présence française reste forte dans les pays à croissance
modérée du monde arabe et de l'Afrique sub-saharienne, tandis que
l'Allemagne et l'Italie par exemple sont mieux positionnées vers les pays
de lEst et lAsie.
Aider nos entrepreneurs à exporter durablement dans ces zones est une priorité
de ce gouvernement. Le soutien aux PME est également
prioritaire. Nos PME ne contribuent qu'à 32 % des exportations alors qu'elles
représentent 89 % des entreprises françaises qui exportent.
C'est pourquoi, le gouvernement a entrepris plusieurs réformes en faveur
des PME : réforme du CFCE, doublement des crédits des salons à
l'étranger, décentralisation des directions régionales. du
commerce extérieur, assouplissement du régime des coopérants
en entreprise à létranger (VIE).
Certains pays étrangers regrettent parfois que « la France
ne saisisse pas sa chance ou certaines opportunités » en matière
d'investissements ou remarquent que « l'Allemagne et l'Italie sont plus
agressives » concernant le commerce extérieur. Qu'en pensez-vous
? Quels rôles peuvent jouer, non seulement nos grands groupes bien connus,
mais aussi nos PME-PMI à l'international, selon vous ? Inversement, peut-on
dire que la France est une terre d'accueil pour les investisseurs étrangers
?
Le niveau dinvestissements français à létranger
reste élevé. En 2001 par exemple, il sest élevé
à 82 milliards de dollars, ce qui nous place au premier rang des pays de
lUnion européenne. En stock dinvestissements à létranger,
nous avons rejoint et dépassé
le niveau de lAllemagne en 2001, prenant ainsi la deuxième place
au sein de lUnion européenne (avec 515 milliards de dollars), encore
loin derrière le Royaume-Uni (943 milliards de dollars).
La France est une terre daccueil pour les investisseurs étrangers,
comme les statistiques le montrent : en 2002, bien que les chiffres définitifs
ne soient pas encore publiés, nous devrions être au premier rang
de pays de lOCDE pour les investissements directs des étrangers,
devant les Etats-Unis et devant le Royaume-Uni, à un niveau comparable
à celui de lAllemagne. Nous serions au deuxième rang mondial,
devancés uniquement par la Chine.
En 2001, nous étions troisième avec 53 milliards de dollars, derrière
les Etats-Unis (124 milliards de dollars) et le Royaume-Uni
(54 milliards de dollars).
La France dispose datouts importants, par exemple : elle est au cur
du marché unique et de la zone euro. Sa main duvre est très
qualifiée. La France est la première de lOCDE pour la maîtrise
de ses coûts et la compétitivité de ses produits. En termes
de compétitivité des coûts, les performances ont progressé
de + 25 % en 20 ans et de + 11 % pour la compétitivité des prix,
grâce à la maîtrise des coûts salariaux et à la
stabilité monétaire liée à leuro.
Le gouvernement travaille à améliorer lattractivité
de la France en libérant les énergies de nos concitoyens et en favorisant
lesprit dentreprise et dinnovation. Cest le sens des réformes
suivantes : les 35 heures, la révision de la loi de modernisation sociale,
la suppression de la taxe professionnelle sur les salaires et sur les investissements
destinés à la recherche sont des exemples concrets, sans parler
des projets de lois sur linitiative économique et sur linnovation.
Le quarantième anniversaire de la signature du traité de l'Elysée
entre la France et l'Allemagne vient d'être célébré.
Peut-on parler d'une relance du moteur franco-allemand ?
Le traité de l'Elysée, signé voici quarante ans entre la
France et la République fédérale d'Allemagne par le général
de Gaulle et le chancelier Adenauer, a scellé la réconciliation
entre nos deux nations et posé les fondements d'une paix durable sur le
continent.
Il a inauguré une ère de coopération sans précédent
entre nos deux pays et donné une impulsion décisive à la
coopération européenne. Cest sur la base de cette coopération
économique quotidienne avec nos amis allemands que nous avons construit
lEurope. Aujourdhui, la construction européenne est un modèle.
Un modèle dont nous devons nous inspirer pour un chantier plus vaste encore
: construire ensemble une mondialisation maîtrisée et humanisée.
L'anniversaire du traité est l'occasion pour moi de réaffirmer le
rôle d'impulsion que la France et l'Allemagne peuvent continuer à
jouer dans la construction européenne, notamment dans le cadre de l'élargissement
de l'Union mais aussi dans la construction dune mondialisation réussie.
Pour réussir ce projet, il est stratégique de garder des relations
commerciales étroites entre nos deux pays.
LAllemagne demeure le premier client de la France et son premier fournisseur,
avec respectivement 14,7 % des exportations françaises et 16,7 % de nos
importations. En valeur, les échanges franco-allemands lannée
dernière était de 103 Mds deuros, ce qui montre limportance
des liens entre les deux pays.
En 2001, la France est restée néanmoins un investisseur majeur outre-Rhin.
Et nous navons quà nous en féliciter car lAllemagne
contribue à la création demplois en France. LAllemagne
est le deuxième investisseur en France en terme demplois créés,
derrière les Etats-Unis et devant la Grande-Bretagne.
Cest sur la base de ces relations économiques franco-allemandes fortes
que nous réussirons la nouvelle Europe, une Europe élargie et que
nous pourrons offrir un modèle occidental alternatif au reste du monde.
Nous avons ensemble les moyens et les valeurs pour y arriver ! Lhistoire
de la construction européenne depuis 1945 sest faite sur des valeurs
humanistes de paix et de solidarité avec des démocrates comme Schuman,
de Gasperi, ou Adenauer. Depuis cette date, nous avons su concilier nos valeurs
avec les règles commerciales du marché. De sorte que lEurope
est aujourdhui un laboratoire de la mondialisation humanisée et maîtrisée.
Cette expérience est unique dans le monde et je constate au cours de mes
déplacements que beaucoup de pays nous lenvient.
Je compte dans les prochains mois me servir de la force de lamitié
franco-allemande pour peser dans les négociations multilatérales.
Jai proposé à mon homologue allemand, le docteur Gerlach,
de maccompagner dans les mois qui viennent aux Etats-Unis pour, ensemble,
présenter les positions européennes sur les questions commerciales.
Nous avons beaucoup à gagner dune plus grande ouverture des marchés,
encore faut-il quelle se fasse dans un cadre maîtrisé et tenant
compte des grandes questions de lenvironnement, du travail, de la diversité
culturelle et de la santé. En septembre 2003 se tiendra la cinquième
conférence de lOrganisation mondiale du commerce à Cancun
et nous devrons présenter un front uni.
Cest en construisant une Europe forte autour de laxe franco-allemand
que nous pourrons promouvoir notre vision du monde dans les négociations
commerciales internationales et offrir à nos enfants une mondialisation
maîtrisée et humanisée.
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