Les Balkans : nouvelles ouvertures dans la région
Par Frank J. Yacenda
Aujourdhui, après une décennie qui a vu
lex-Yougoslavie se désintégrer puis se déchirer et
ou le reste de lEurope du Sud-Est est passé dune forme de stabilité
communiste à un chaos à trois dimensions, une page semble se tourner.
De nouveaux signes porteurs despoir et plusieurs initiatives innovatrices
apparaissent tels des brins dherbe au printemps, poussant timidement le
long des montagnes rocailleuses et des vallées de cette région du
globe si longtemps en proie aux divisions. Bien quun observateur neutre
se doive de reconnaître que tous les obstacles, les divisions et les embûches
nont pas disparu de lhorizon, les nouvelles prometteuses commencent
à dépasser en nombre les héritages négatifs et des
opportunités concrètes apparaissent à travers le Sud-Est
de lEurope.
Ces changement
positifs se sont faits en partie lorsque la communauté des nations a réalisé,
au sens large, que tous les efforts possibles et raisonnables devaient être
faits pour empêcher un retour aux guerres des Balkans des années
90 (sans parler de celles qui les ont précédées dans toutes
les époques précédentes). Cette prise de conscience et cette
détermination sont clairement les facteurs qui ont amené lEurope,
les États-Unis et les diverses organisations internationales présentes
dans la région à intercéder avec tant de force dans le différend
civil le plus récent dans lancienne république yougoslave
de Macédoine et à éviter son explosion.
Une décennie de conflits ethniques et civils débouchant sur des
combats sanglants a peut-être vraiment servi de leçon à certains,
puisque la communauté internationale maîtrisait nettement mieux la
situation que lorsque la Slovénie et la Croatie avait commencé leur
marche vers une indépendance auto-proclamée, suivie de la débâcle
bosniaque. Il faut néanmoins féliciter le pays lui-même car
si les Macédoniens, que ce soit les Slaves ethniques ou les Albanais, navaient
pas fait montre dune volonté daccepter les compromis politiques,
la poudrière des Balkans aurait pu encore une fois exploser et le coût
de cet événement aurait été très élevé.
Mais la privatisation, bien que suscitant des divisions, est une question nationale
très importante, comme cest le cas dans toute la région, et
des progrès significatifs se réalisent dans ce domaine. De tels
signes despoir, pour chétifs quils soient, sont aussi visibles
dans les politiques et les économies dautres pays de la région.
Les restes de lancienne Yougoslavie, rebaptisés Serbie-et-Monténégro,
débarrassés de leur ancien dictateur, mais se débattant toujours
avec sa succession, se sont installés dans une coexistence difficile. Toutefois,
ils ont décidé que sils devaient suivre des chemins séparés,
cette décision se prendrait dans les isoloirs et non pas dans les bunkers.
La Slovénie bien que réticente à être associée
ne serait-ce quavec le nom « Balkans », tentée par les
perspectives jumelles dune prospérité accrue et, à
plus court terme, dun statut de membre de lUnion européenne,
a plus ou moins résolument suivi un chemin menant vers lOuest.
Après des débuts chaotiques, la Croatie sadapte aux principes
du marché libre et sattend à être du côté
des pays respectables à la table des nations. Entre temps, le tourisme
sur la côte de Dalmatie est redevenu une réalité.
La Roumanie, le géant endormi de la région, vient de connaître
une croissance économique positive après une décennie qui
avait vu sa croissance diminuer comme une peau de chagrin. Un nouvel optimiste
est de mise et une volonté apparente de régler de vieux problèmes
internes, y compris dans les domaines explosifs que sont les relations ethniques
et les droits de lhomme, domaines longtemps étouffés sous
Ceausescu, suscitée par la perspective plus éloignée dune
entrée dans lUnion européenne a fait son apparition.
La Bulgarie, toujours en proie à des problèmes de crime organisé
(pas inconnus dans la région) a réussi en créant, il y a
sept ans un conseil monétaire, à stabiliser son économie.
Elle jouit aussi dune infrastructure correcte, capable de répondre
aux besoins aussi bien de lindustrie lourde que du tourisme.
Même lAlbanie, autrefois considérée comme la «
folle » de la région, a connu une métamorphose quon
ne peut que qualifier de stupéfiante. Le secteur du bâtiment est
en pleine expansion et, dans le centre de Tirana, les immeubles poussent comme
des champignons, les parcs ont réapparu et remplacé les kiosques
voyants et illégaux du début de lère post-communiste.
Quant au processus politique, bien quembourbé dans des désaccords
entre factions, il na plus, depuis plusieurs années, connu de cataclysme
comme ceux des années 90. Il flotte dans lair un optimisme neuf qui
donne aux autochtones comme aux visiteurs de nouvelles raisons despérer.
Malgré tout, certains problèmes refusent de disparaître :
le plus évident est celui de la Bosnie-Herzégovine daprès-guerre.
Ces deux contrées, elles-mêmes balkanisées par les accords
de paix de Dayton en deux régions distinctes reflétant les divisions
ethniques et religieuses qui ont plongé le pays dans un cauchemar, souffrent
toujours des effets dune criminalité organisée galopante,
de corruption et dinefficacité généralisée.
Tout aussi remarquable est cette autre victime des combats sanglants de lintolérance
ethnique, le Kosovo, province serbe administrée par les Nations unies.
Là, la population de la majorité albanaise obtient de plus en plus
le droit de sautogouverner, alors que les profondes divisions avec la minorité
serbe sont toujours dactualité. Entre temps, quatre ans après
son arrivée dans la région et après avoir dépensé
des milliards deuros, lONU semble incapable de restaurer leau
courante ou lélectricité dune façon régulière.
Et pourtant, à travers la plupart de lEurope du Sud-Est, la situation
saméliore, encouragée en partie par toute une série
dinitiatives régionales désignées par une véritable
forêt dinitiales comme les SPSEE, SECI, SELDI, SDISEE (le Pacte de
stabilité pour l'Europe du Sud-Est, lInitiative de coopération
de lEurope du Sud-Est, lInitiative de développement légal
de lEurope du Sud-Est, lInitiative de développement social
pour lEurope du Sud-Est) et dautres institutions encore, dans le domaine
financier, comme les EBRD, EIB, BSTDB, SEEF, OPIC, TDA (Banque européenne
pour la reconstruction et le développement, Banque européenne dinvestissement,
Banque de développement et de commerce de la mer Noire, Fonds dactions
de lEurope du Sud-Est, ainsi que deux organismes américains : Overseas
Private Investment Corporation - Corporation pour linvestissement privé
à létranger et Trade Development Agency - Agence de développement
du commerce), et bien dautres.
Comme léquipage dun bateau jetant le contenu du navire à
la mer pour essayer de sauver lun des marins, les organisations internationales
semblent toutes anxieuses de ne laisser passer aucune occasion qui pourrait permettre
à ces pays de redevenir ce quils étaient. Même si les
fonds ne sont pas à la hauteur de leur ferveur, ou si les verbes «
retarder » ou « repousser » semblent être les plus utilisés
de la région, ces initiatives ont un résultat concret : au lieu
de saffronter, les capitales de la région communiquent. Elles essaient
de construire un futur meilleur ensemble, plutôt que de repartir dans des
conflits perpétuels. En soit, cest plutôt bon signe.
Les effets de tout ceci pour les entreprises sont prometteurs et porteurs davertissements.
Une compagnie occidentale cherchant un investissement sans risque ferait mieux
de ne pas saventurer en Europe du Sud-Est. Heureusement, les plus audacieuses
de ses congénères peuvent y trouver de nouvelles opportunités,
des marchés à fort potentiel et loccasion de faire des bénéfices
dans des domaines aussi divers que les télécommunications, la production,
les technologies de linformation, les mines, le tourisme, la pharmacie,
lagriculture, les assurances, le pétrole, laviation, les médias,
la construction et la santé.
Comme dans de nombreux marchés en émergence, ou même dans
les marchés plus développés, les compagnies étrangères
peinent à avancer en labsence dun partenaire local puissant.
Ces associés doivent faire lobjet dune sélection draconienne
puis dun suivi rigoureux et dune attention sans faille. On ne compte
plus les coopérations qui ont périclité pour cause de mensonge
ou, ce qui est aussi répandu, dinaction. Au vu de la faiblesse générale
des structures légales ou juridiques, sans oublier la corruption présente
dans de nombreux pays de la région, les précautions sont essentielles.
Ceci dit, de nombreux progrès récents, y compris une amélioration
des infrastructures bancaires et financières, rendent la région
très intéressante à explorer. Après tout, celle-ci
compte 56 millions dhabitants, forme un pont entre lEst et lOuest,
le Nord et le Sud, et représente un marché dont le potentiel ne
peut qualler croissant.
Dans ces pays de lEurope du Sud-Est, dont la situation a suscité
tant de sarcasmes, il semble évident que les intérêts commerciaux
pourraient devenir un rempart contre un retour vers le chaos qua été
leur passé.