L’AUTRE VISAGE D’UNE PAKISTANAISE

Par Saulat Syed-Nawab

La femme au Pakistan est battue, dégradée, défigurée, cloîtrée, emprisonnée, et, on ne nous dit pas tout… Tout ne peut pas être dit. Que reste-t-il à cacher ? Pire, que peut-il exister ? Rien ne semble améliorer leur situation concrètement…On retrouve toujours les mêmes thèmes de reportage sur ces pauvres femmes. Mais est-ce l’unique et l’entière réalité ?

La condition de la femme pakistanaise exposée à travers les médias montre indéniablement des faits ; des faits qui d’ailleurs surprennent et surtout révoltent. Cependant, sans vouloir remettre en cause la crédibilité et la bonne foi des médias occidentaux, certains points me frappent.

D’abord, les cas d’études révélateurs de la condition féminine sont exposés dans le sens de la généralité. En d’autres termes, alors que les cas présentés relèvent de l’exception, d’une particularité régionale, l’impression laissée dans l’esprit du public est contraire. Il est vrai que relativiser les faits présentés réduirait l’impact voulu : celui d’aider et compatir avec ces femmes…. Mais objectivement parlant, cela a surtout pour effet de réduire l’audimat. Or, le secteur médiatique est avant tout une source de revenus comme les autres et le scandale en est le meilleur générateur.

Ce qui me déçoit d’autre part est une certaine négligence vis-à-vis de points essentiels dont l’absence mène à la diffusion d’une information quelque peu erronée. On assiste effectivement à une collecte d’informations passive, un amas de renseignements à l’état brut qui conforte la thèse selon laquelle l’islam est à la source de ces actes de barbaries. Amalgame dont l’éclaircissement n’a pas l’ombre d’une présence. Un recueil de témoignages répondant à des questions orientées est offert au public qui n’est que simple réceptionnaire de ces informations et non pas analyste. Aussi, comment comprendre que le témoignage d’un « criminel » appartenant à une tribu, vivant dans un coin arriéré du pays, ou simplement illettré, n’est en fait qu’un témoignage de l’ignorance, de l’erreur et du grand manque d’éducation ?

À défaut de « papauté » musulmane, l’islam, religion accessible à tous, est privé d’une interprétation générale, absolue et définitive, cédant la place à des interprétations personnelle ou collective. Quelle est alors la valeur et la portée attribuable à de tels témoignages ?

La sauvagerie traditionnelle spécifique à des cultures locales, parfois importées, est rapportée telles les valeurs et normes de la société dans son ensemble. Aucun effort d’éclaircissement ou de rectification n’est fait pour indiquer ce dont la religion dispose réellement. C’est une remarque que je pense légitime car l’effort de recherche et de distinction de la réalité par rapport aux pratiques rapportées est le fil conducteur des reportages portant sur les sectes, par exemple. Il y a, d’une part, la version des membres des sectes et, de l’autre, la réalité se cachant derrière ces idéologies.

Quelle est alors la réalité cachée derrière le voile stéréotypé de la femme pakistanaise ? Avant de mettre en valeur le quotidien révélateur d’un autre visage de la pakistanaise, il est intéressant de noter d’abord des exemples de femmes sortant de l’ordinaire pour mieux couper avec le stéréotype.

Les femmes jouent effectivement un rôle significatif, et parfois fondateur, dans la société pakistanaise. On peut citer Maître Hina Jilani et sa sœur, Maître Asma Jahangir, qui occupent chacune des postes non-négligeable : l’une est représentante spéciale à la Commission des droit de l’homme et l’autre, rapporteur spécial à la Commission des droits de l’homme à l’ONU à Genève (où elle a d’ailleurs obtenu un prix en ce sens dans les années 90). Ces deux sœurs sont des féministes actives ayant entraîné un grand mouvement derrière elles, mais surtout, elles incarnent la réussite possible au Pakistan tout en étant une femme.

L’exemple par excellence serait cependant celui de Madame Benazir Bhutto qui a été l’une des rares femmes au monde à diriger un pays en tant que Premier ministre. En ajoutant les paramètres « d’oppression de la femme au Pakistan », cet exploit semble par nature relever du miracle. Ceci est la preuve flagrante que la culture pakistanaise est loin d’être aussi misogyne et étouffante qu’on nous la présente. Dans le cas contraire, l’arrivée au pouvoir d’une femme dans un tel pays serait trop paradoxale, voire l’incarnation d’un oxymore. À travers ces réussites, on peut sentir la grande volonté qui existe en ces femmes. Cela se vérifie d’ailleurs même en-dehors des frontières du pays ; récemment, une jeune avocate américaine d’origine pakistanaise, Asma Hussein, a rencontré un succès national aux Etats-Unis avec son œuvre « American muslim : the new generation » à la suite des événements du 11 septembre 2001.

Se limiter à des cas extraordinaires serait tessayer de voiler maladroitement la violence existant à l’encontre des femmes au Pakistan. Là n’est d’ailleurs pas mon but. L’objectif est en fait de révéler l’autre côté d’une médaille dont on a vu que le revers. 

Malgré les problèmes cruciaux, concernant l’éducation ou la pauvreté, un vent d’épanouissement caresse toutes ces femmes : la culture de l’apparence. Voilées ou pas, elles ont, pour la majeure partie, un penchant considérable pour l’esthétique. Couleurs, bijoux, soie ou velours font leur bonheur quotidien. Les modes changent plus vite que les saisons ; les styles sont toujours plus réfléchis et travaillés. La concurrence entre les femmes rend la tâche toujours plus difficile aux hommes qui s’en occupent. Une journaliste canadienne est allée jusqu’à dire que ces femmes vêtues de leur « shalwar kamiz » n’avaient rien à envier aux modèles parisiens. Il y a deux ans, l’Université de Dauphine à Paris a vivement applaudi le défilé vestimentaire reflétant les tendances des différentes régions pakistanaises organisées par l’Association des jeunes franco-pakistanais. Les stylistes pakistanaises connaissent d’ailleurs un grand essor. Le monde de la télévision, la publicité et l’administration observent une présence féminine de plus en plus grande aussi. De plus, des campagnes de formation ont été lancées pour permettre une intégration de plus grande ampleur dans le secteur médical.

Outre ce progrès social constant une coutume m’a énormément touchée lors de mon propre séjour au Pakistan. Je veux parler ici de la galanterie. Loin d’être une simple manière dépendant de la volonté des hommes, la galanterie y est une institution. Une attention particulière est portée aux femmes qui jouissent d’un traitement de faveur toujours offert avec respect. Relatant mon expérience personnelle, il m’a été à la fois agréable et embarrassant, par manque d’habitude, d’avoir le droit de devancer tous les hommes attendant en file devant le guichet de la banque pour y effectuer ma propre opération. Une inégalité qu’on pourrait qualifier de discrimination positive.

Cet autre visage de la femme pakistanaise n’est pas méconnu, du moins des Pakistanais et Pakistanaises. Sans renier la réalité internationalement médiatisée, il est nécessaire, je pense, de travailler ensemble et individuellement, tous autant que nous sommes, là où nous sommes, pour ne faire de ce stéréotype qu’une rumeur face à notre entière et réelle identité.