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L'Encyclopédie électronique des massacres et génocides
La structure du site est organisée par continents et par pays. Pour ces derniers, les cas répertoriés sont classés par ordre chronologique. « Le premier objectif est de travailler essentiellement sur l’histoire du Xxème siècle, l’un des plus meurtriers du passé ». Chaque cas est analysé en fonction d’un questionnement commun à partir duquel sont constituées les rubriques propres à cette encyclopédie : le contexte (guerres civile, coloniale et mondiale), les responsables et les exécutants du massacre, les victimes, les témoins, les interprétations et les qualifications des faits, les suites judiciaires éventuelles, les Commissions « Vérité et Réconciliation », les lieux de mémoire (sites ou musées) et une bibliographie. Pour chacun de ces items, des illustrations (photographies, cartes, discours…) et des liens vers des sites spécialisés sont accessibles. La finalité d’un tel projet est de contribuer à rassembler et structurer des données empiriques essentielles sur les massacres et de proposer des analyses pluridisciplinaires. Les deux entrées importantes de l’encyclopédie conduisent à la consultation de répertoires historiques des événements définis comme « massacre » pour chaque pays et de diverses études de cas de massacres. L’encyclopédie offre également un glossaire des termes les plus utilisés et divers textes de réflexion rédigés par les auteurs exprimant les courants de recherche les plus représentatifs. Un comité scientifique international est en charge de valider les travaux des collaborateurs de l’encyclopédie avant qu’ils ne soient mis en ligne. Toute utilisation du site à des fins militantes, politiques ou communautaires est strictement interdite. Rencontre Pourquoi une telle encyclopédie ? Jacques Semelin : Aucune banque de données n’existe dans ce domaine. Les meurtres de masse sont particulièrement importants, durant cette période privilégiée de nos recherches qu'est le XXème siècle.. Mais n’oublions pas que pour comprendre ce qui s’est passé au siècle dernier, il est important de se référer au XiXème. Nous désirons que toutes les personnes qui visitent notre site trouvent les informations les plus fiables sur ce sujet. En quelle langue sera l'encyclopédie ? Les articles seront en anglais, la langue de communication la plus accessible à travers le monde. Mais, si nous en avons les moyens, nous souhaitons traduire les parties concernant chaque pays dans leur langue vernaculaire. Ainsi, ce qui concerne la Colombie sera aussi proposé en espagnol, la Russie, en russe… Comment définissez-vous les termes de massacres, crimes de masse et génocides ? Ces termes sont proches les uns des autres.Le mot le plus connu dans cet ensemble est celui de génocide. Il a été créé en 1944 par le juriste Raphaël Lemkin et adopté en 1948 dans le cadre de la Convention pour la Prévention et la Répression du crime de génocide. Ce texte stipule que le génocide suppose l'intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, racial, ethnique ou religieux en tant que tel. Mais n'oubliez pas que deux autres incriminations juridiques sont aussi très importantes. Celle de « crime contre l'humanité », plus ancienne que celle de génocide puisqu'elle est employée pour la première fois lors du procès des dirigeants nazis à Nuremberg. La notion a été réactualisée lors de l'adoption des statuts de la Cour pénale internationale à Rome en 1998. Elle désigne « une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile » (article 7). Cette incrimination peut s'appliquer à des actes commis en dehors d'un conflit tandis que la notion de « crime de guerre », elle-même peut recouvrir les mêmes violations perpétrées dans le cadre de conflits armés. C'est certainement celle pour laquelle la jurisprudence est la plus importante, depuis l'adoption des conventions de Genève de 1949. La notion de crime de masse, proche du lexique juridique, n'a cependant pas de consistance en droit. Elle est un peu comme une notion passerelle entre le droit et les sciences sociales. En effet, la notion de « crime » en marque le caractère normatif donc possiblement juridique et pénal. Cependant, le rajout « masse » annonce le caractère exceptionnel du crime au sens où il vise un groupe, une masse d'individus/victimes. Mais l'expression peut encore sous-entendre que ce crime spectaculaire n'est pas commis par un seul individu mais bien par un groupe qui, très probablement, bénéficie du soutien d'une masse. Enfin, la notion de « massacre » n'a, de son côté, aucun caractère normatif. C'est pourquoi elle a ma préférence en sciences sociales. Je la définis comme une forme d'action, le plus souvent collective, de destruction de non combattants, en majorité des civils. On peut toutefois parler aussi du massacre des militaires, dès lors qu'ils ont été désarmés. Mais n'y a-t-il pas plusieurs logiques politiques à l’œuvre lors de la perpétration d'un massacre ? Effectivement, je discerne trois logiques politiques qui justifient le massacre aux yeux de ceux qui le commettent. La soumission qui consiste à détruire une partie d’un groupe pour le soumettre totalement. Exemple : le Cambodge. Certains considèrent les faits cambodgiens comme un génocide et d’autres comme un crime contre l’humanité. Les bombardements atomiques américains sur le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale rentrent aussi dans cette logique de détruire pour soumettre. L’éradication du groupe vise à le détruire partiellement pour le chasser de son territoire. Exemples : la région des Balkans et les Indiens d’Amérique. Ces faits sont plus communément appelés purification ou nettoyage ethnique. Dans certains cas, cette logique est poussée encore plus loin quand il ne s’agit pas simplement de chasser les gens, mais de les empêcher de partir et de les tuer tous. C'est à mon sens la logique génocidaire. Exemples : les Tutsis au Rwanda, la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale et les Arméniens. Sans doute aussi certains massacres coloniaux dont on ne sait pas encore assez. La dernière est la logique qui vise à détruire dans l’objectif de s’insurger. On obéit à une cause estimée légitime et pour cela on passe à l’acte terroriste. La terreur pour la terreur. Exemple : Al-Qaeda. Sont liées parfois à cette logique des revendications politique et territoriale. Exemples : les Palestiniens et les Tchétchènes. Mais si vous souhaitez en savoir plus sur ces problèmes de définition, permettez-moi de vous renvoyer à l'un de mes articles en ligne sur le site du CERI intituté « Du massacre au processus génocidaire » (www.ceri-sciencespo.com). * Jacques Semelin
dirige ce projet en tant que directeur de recherche au CERI/CNRS –
Contact : semelin@ceri-sciences-po.org |