«  Le Pakistan est un pays immense, mais absolument pas fondamentaliste »


L’Université Aga Khan (AKU) a été la première université privée de toute la région à ouvrir ses portes au Pakistan en 1983. Depuis 22 ans, six autres universités ont vu le jour dans le monde, notamment au Kenya, en Tanzanie, en Grande-Bretagne, en Ouganda, en Syrie et en Afghanistan. Des pourparlers sont en cours avec les Égyptiens pour en inaugurer une huitième. L’AKU est divisée en plusieurs départements selon les pays : une faculté des sciences de la santé, incluant une école de médecine et une d’infirmières, les deux travaillant en partenariat avec l’Hôpital Aga Khan au Pakistan, un institut pour le développement de l’éducation, un institut pour l’étude de la civilisation musulmane et l’hôpital universitaire. Au Pakistan, quelque 2 000 étudiants y suivent des cours. Rencontre avec Shamsh Kassim-Lakha, président de l’Université Aga Khan (AKU), à Karachi.


Faits & Projets : Peut-on dire que l’Université Aga Khan est un pont entre les pays et les cultures ?
Shamsh Kassim-Lakha :
Oui, c’est vrai, on peut le dire. Nous essayons d’emprunter les meilleures idées partout dans le monde et de les adapter aux situations locales. Par exemple, l’Hôpital Aga Khan est compétitif avec n’importe lequel d’Occident et la qualité des soins y est au moins équivalente. En fait, cet hôpital est la combinaison des meilleurs systèmes qui existent dans le monde.


Quelle est la valeur ajoutée de l’AKU ?

La meilleure valeur ajoutée est la qualité dans tous les domaines, qualité que nous voulons absolument maintenir. Nous pouvons également ajouter la valeur de dignité dans le travail et celle de la dignité humaine. Et dans cette partie du monde, ces valeurs ne sont pas toujours assez fortes. Je tiens à préciser que cette université et cet hôpital sont dirigés par des Pakistanais, ce qui est également une valeur ajoutée et cela prouve que c’est possible au Pakistan. Nous avons également une éthique de conduite par le fait que les médecins se doivent de dire la vérité aux patients. Nous inculquons également une érudition et un savoir, et nous encourageons les élèves à transmettre ces connaissances dans leur région ou leur pays d’origine. Jusqu’à maintenant, nous nous sommes essentiellement concentrés sur l’éducation et les services, mais nous développons de plus en plus l’aspect recherche.

Quelle est votre vision pour l’avenir ?
Nous devons rehausser le professionnalisme, apporter de nouvelles idées, notamment dans le domaine de la recherche, et se poser perpétuellement des questions comme : quel est le meilleur système de santé ? Quelle est la meilleure manière d’enseigner et quel enseignement apporter ? Comment le mettre en pratique ? Comment motiver encore davantage les enseignants et les élèves ? Si les résultats sont positifs, nous serons alors à même d’influencer la politique dans ce domaine dans le bon sens. Notre institut en Grande-Bretagne enseigne la civilisation islamique. Les Européens, par exemple, ne connaissent pas suffisamment la religion musulmane. Nous espérons, grâce à cet institut, contribuer à une meilleure compréhension des musulmans et de l’islam, de sa civilisation, de ses valeurs, de sa culture et de ses traditions. Nous devons d’abord nous comprendre nous-mêmes pour ensuite enseigner aux autres.


Si vous deviez décrire le Pakistan, que diriez-vous ?

Le Pakistan est un pays immense, mais absolument pas fondamentaliste. Seule une toute petite portion de la population, très marginale, peut être considérée comme telle. Par exemple : c’est comme si je disais que la France est entièrement d’extrême droite parce qu’aux dernières élections présidentielles, Jean-Marie le Pen était au second tour. Cela serait faux et pour le Pakistan, la situation est similaire. Le Pakistan et les Pakistanais veulent devenir un pays démocratique. Pour aider des pays comme le Pakistan, nous devons passer par l’économie et les échanges commerciaux. Les Européens devraient davantage ouvrir leurs marchés aux produits pakistanais. Nous avons besoin de créer des ponts entre les pays et les populations. Des institutions comme la nôtre qui appartiennent à la société civile et nos homologues en Europe et en Inde, par exemples, doivent s’unir et développer les échanges car ensemble nous pourrons faire beaucoup.

(Pour en savoir plus sur Internet : www.aku.edu)